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Métiers agricoles : place aux femmes

Depuis plusieurs années déjà, on voit plus de femmes que d’hommes dans les cours universitaires d’agronomie du Québec. Or, voilà que le nombre de femmes qui s’inscrivent dans des formations techniques associées à des métiers traditionnellement réservés aux hommes vient de connaître un bond remarquable.

« Nous avons 35 à 40 % de femmes dans nos cours de production animale, alors qu’elles formaient seulement 15 à 20 % des groupes il y a cinq ans. De plus, en acériculture, les femmes sont maintenant plus nombreuses et comptent pour 25 % des étudiants », mentionne Sylvain Beaulieu, enseignant au Centre de formation agricole Saint-Anselme, près de Lévis.

Un constat généralisé

Au programme Gestion et technologies d’entreprise agricole du Collège Macdonald à Montréal, 46 % des nouveaux étudiants étaient des filles en 2018, contre 21 % il y a 10 ans.

En Abitibi-Témiscamingue, René Roy, conseiller pédagogique du Centre de formation Harricana, remarque le même phénomène. Il précise qu’en 2012, aucune femme n’était inscrite au cours d’opérateur de machines d’abattage d’arbres, alors que cette année, un étudiant sur cinq admis dans ce programme est une femme. Il explique cette nouvelle réalité par un changement de perception chez les jeunes filles de moins de 20 ans. « Elles comprennent qu’elles ont leur place dans ces métiers non traditionnels et qu’elles y trouveront d’autres femmes. Ça crée un effet d’entraînement », dit-il, ajoutant que les compagnies encouragent également leur venue. « Les entrepreneurs disent que les femmes sont plus consciencieuses et effectuent leurs vérifications
préventives avec assiduité. Elles coupent peut-être moins de bois par jour, mais elles brisent moins la machinerie, ce qui est plus rentable », plaide M. Roy.

Encore du chemin à faire

La présence des femmes dans les différents métiers agricoles s’accentue, mais il y a encore du chemin à faire, juge Nathalie Bissonnette, professionnelle de recherche au Conseil du statut de la femme. « On voit plus de femmes qui travaillent dans les champs, notamment dans les petites exploitations bio. Cette visibilité aide à changer les mentalités », remarque-t-elle. Elle nuance ses propos en disant qu’il y a encore une perception très genrée des tâches en agriculture, où la femme doit s’occuper de la comptabilité et des enfants, alors que l’homme est sur le tracteur. « De plus, seulement 6 % des productrices sont propriétaires uniques et 27 % sont copropriétaires des fermes », dénonce-t-elle.

Nathalie Bissonnette ajoute que même si une fille veut travailler en agriculture et prendre la relève de l’exploitation familiale, « le père pense encore aujourd’hui à laisser son entreprise à son fils en premier, ce qui fait que les filles s’établissent plus tard en moyenne. On le voit », indique la chercheuse, qui proposera des solutions dans le cadre de son étude sur le sujet, qui devrait paraître dans les prochains mois. 

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