Volailles 7 avril 2025

La réduction des poulaillers risque de profiter aux Américains


Les poulaillers québécois sont de plus en plus petits. Et si cette tendance se maintient, cette réduction pourrait fournir l’occasion aux Américains d’envahir le marché, prévient la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ).

« Si on recule de plusieurs années, nous avions des poulaillers de 50 000 à 75 000 poules. Au fil des années, les producteurs ont choisi de construire des poulaillers de 20 000 ou 25 000 poules pour ­diminuer leur risque ou pour diviser la compagnie avec leurs enfants », explique Sylvain Lapierre, président de la FPOQ.

Le programme d’aide au démarrage a aussi contribué à ce phénomène de réduction des troupeaux, poursuit M. Lapierre, sans remettre en question le bien-fondé de ce programme. Par ce programme lancé en 2006, un nouveau producteur par année se voit octroyer un droit d’utilisation de 6 000 unités de quota.

Sylvain Lapierre, président de la FPOQ. Photo : Gracieuseté de la FPOQ

« C’est un excellent programme », insiste Sylvain Lapierre. Mais, somme toute, le nombre de poules par producteur a diminué peu à peu, constate la fédération. Cette baisse entraîne une perte graduelle des économies d’échelle qui permettent aux producteurs d’abaisser le coût de production. Et, du même coup, de demeurer compétitifs face à toute concurrence étrangère.

« On pourrait se dire que ce n’est pas grave puisqu’on est payé selon les coûts de production, peu importe si ça coûte plus cher de bâtir deux poulaillers de 15 000 poules plutôt qu’un seul de 30 000 », explique le président. 

« Mais il est essentiel de garder le prix des œufs au plus bas possible pour s’éloigner du mur tarifaire et pour éviter que le prix des œufs de provenance étrangère soit compétitif malgré les frais de douane », fait-il valoir. « C’est pour notre bien et celui du consommateur. »

Menace américaine

Les différents accords commerciaux de libre-échange avec les États-Unis et l’Organisation mondiale du commerce permettent l’importation d’œufs au Canada, rappelle Sylvain Lapierre. 

Les classificateurs et les transformateurs peuvent aussi importer des œufs si les producteurs canadiens ne sont pas en mesure de répondre à des besoins temporaires du marché. « Monsieur ou madame Tout-le-Monde peut aussi faire entrer des œufs en coquille à condition de payer les tarifs douaniers de 163 % », ajoute-t-il.

Avec l’actuelle flambée des prix des œufs aux États-Unis, le système québécois apparaît nettement bien armé pour faire face à une éventuellement importation massive américaine. Mais il ne faut pas laisser tomber la garde, prévient le président : « Le prix courant aux États-Unis ne reflète pas nécessairement les coûts de production. » 

Il enchaîne : « Le modèle d’affaires américain est très différent du nôtre. Certaines entreprises vivent un drame avec la pandémie de grippe aviaire, alors que d’autres en profitent pour vendre leurs œufs à 10 $ US la douzaine même si elles ne sont pas affectées. Le seul problème pour eux, c’est de chercher où mettre tout cet argent-là. »

En revanche, d’autres entreprises vont accepter de vendre à perte pour forcer leurs compétiteurs à déclarer faillite. Elles sont prêtes à perdre des millions pour envahir un marché et éliminer la concurrence. « Actuellement, ils remplissent leurs coffres en préparation à une offensive », craint Sylvain Lapierre. Au début mars, le Wall Street Journal a dévoilé l’ouverture d’une enquête antitrust par le département américain de la Justice sur une possible manipulation des prix à l’épicerie par les grands producteurs d’œufs américains. L’enquête vise à déterminer si des entreprises comme Cal-Maine Foods ou Rose Acre Farms se sont entendues pour augmenter les prix ou limiter l’offre.

La vigilance s’impose

L’actuelle attitude belliqueuse des dirigeants américains n’est pas de nature rassurante, souligne le président. À coups de messages sur les réseaux sociaux, l’administration Trump ne cache pas ses intentions de faire tomber le système de gestion de l’offre canadien.    

« Il y a toujours de l’inquiétude quand vient le temps de renouveler les ententes commerciales. Nos gouvernements nous disent qu’ils veulent protéger les producteurs agricoles, mais ils ont souvent fini par concéder de petites brèches au fil des négociations. Il faut donc demeurer vigilants, continuer de les informer de la portée de leurs concessions et leur fournir des arguments pour défendre les intérêts de l’industrie canadienne », dit-il. En revanche, les producteurs doivent contribuer à la recherche d’efficacité.

« À la Fédération, on étudie la façon d’inverser la tendance pour éviter de se retrouver dans un cas extrême avec seulement des poulaillers de 10 000 à 15 000 poules. On a un souci de recherche d’efficacité », affirme Sylvain Lapierre. 

« Toutes nos décisions sur la gestion et la mise en place du système de production visent à demeurer efficaces et à conserver le prix de nos œufs le plus bas possible pour le consommateur », conclut-il.