Oeufs 7 avril 2025

La face cachée du déclin de l’œuf oméga-3


Les indices de baisse de popularité des œufs enrichis d’oméga-3 pourraient cacher un marché en croissance. Les ventes de cette catégorie d’œufs auraient reculé de 23 % au cours de la seule année 2023, selon l’évaluation périodique publiée en novembre 2024 par la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ).

À l’inverse, les consommateurs ont acheté plus d’œufs de poules en liberté (+13 %), d’œufs réguliers (+6 %) et d’œufs biologiques (+3 %) en 2023 que l’année précédente.

La différence de prix entre les œufs oméga-3 et les œufs réguliers pourrait expliquer cette désaffection des acheteurs, croit Sylvain Lapierre, président de la FPOQ.

« Les consommateurs de ces produits sont des clients moins fidèles que les acheteurs d’œufs biologiques. Ils sont prêts à payer 50 cents ou un dollar de plus la douzaine. Mais ils seront portés à acheter des œufs réguliers si les épiciers font de gros rabais pour en faire des produits d’appel », explique-t-il.

« La catégorie oméga-3 conventionnelle est en déclin, mais les œufs oméga-3 de poules en liberté sont en croissance », souligne Nicolas Marchand, chef de l’exploitation chez Groupe Nutri. Photo : Gracieuseté du Groupe Nutri

Le président poursuit : « Nous avons vu des fluctuations dans cette catégorie au cours des 10 dernières années. Mais, en fin de compte, on constate qu’il s’en consomme moins qu’auparavant. »

Nicolas Marchand, chef de l’exploitation chez Groupe Nutri, partage ce constat. « Ça fait plusieurs années qu’on voit un déclin de cette catégorie-là », confirme-t-il, en ajoutant un bémol : ces chiffres, compilés par l’agence Nielsen à partir des données fournies par les grandes bannières, sont peut-être trompeurs. 

Les classificateurs, en effet, ont développé une grande variété de produits au fil des ans. Leur but? Attirer des clientèles qui apprécient les aliments à valeur ajoutée et qui se soucient du bien-être animal. C’est ainsi qu’on retrouve des œufs enrichis d’oméga-3 parmi les produits biologiques ou de poules en liberté. La question est de savoir dans quelle catégorie sont comptabilisés ces produits, s’interroge Jean-Luc Turgeon, vice-président des ventes nationales chez Burnbrae : « Est-ce que les ventes d’œufs de poules en liberté oméga-3 sont comptabilisées dans “Poule en liberté” ou dans “oméga-3”? Ou dans les deux? »

Interrogée à ce sujet, la firme Nielsen a confirmé que les ventes au détail des œufs oméga-3 de poules en liberté sont enregistrées dans la catégorie des œufs de poules en liberté, et non dans la catégorie oméga-3. 

Marché mature

En fait, la popularité des œufs enrichis d’oméga-3 serait en progression, autant chez le Groupe Nutri que chez Burnbrae.

« De façon générale, l’oméga-3 est un marché mature chez Burnbrae. On voit moins de grosses progressions qu’auparavant, mais on constate une croissance quand on additionne tous les segments d’oméga-3 comme l’oméga-3 brun, l’Oméga deuxième génération ou encore l’Oméga Pro. Toutes ces variétés satisfont des clientèles qui avaient délaissé l’oméga-3 conventionnel », indique Jean-Luc Turgeon.

Nicolas Marchand, chez Groupe Nutri, parvient sensiblement aux mêmes conclusions : « La catégorie oméga-3 conventionnelle est en déclin, mais les œufs oméga-3 de poules en liberté sont en croissance. »

Valeur ajoutée

Les œufs oméga-3 coûtent évidemment plus cher à produire. Ce sont les classificateurs qui absorbent cette hausse de coûts. C’est donc dans leur intérêt de bien jauger les fluctuations du marché pour ne pas perdre leur plus-value.

Le nerf de la guerre, c’est d’avoir des prévisions alignées le plus possible sur la demande. L’objectif, c’est de le vendre en oméga-3 et pas ­nécessairement de le vendre à autre chose.

Nicolas Marchand, chef de l’exploitation chez Groupe Nutri

« C’est sûr qu’il est plus facile de suivre la demande pour les produits issus de la diète des poules. On n’a qu’à changer la nourriture pour avoir le produit souhaité », souligne M. Turgeon. « Ça nécessite un petit peu plus de planification pour tout ce qui est relatif au logement des poules. Le producteur doit faire un investissement, changer ses équipements, et adapter ses cultures si c’est du biologique. Le cahier de charges est beaucoup plus important dans ces cas-là. »

Le marché de la transformation permet d’écouler les stocks invendus. « Par exemple, on a des œufs cuits durs oméga-3 sur le marché. Et on est en train de lancer des œufs de poules en liberté cuits durs et écalés déjà prêts pour le consommateur. Ça nous permet de passer les surplus de production et de passer les grandeurs qui ne sont pas consommées au niveau du marché de table », indique Jean-Luc Turgeon.