Tous les producteurs québécois qui ont su investir dans des poulaillers à aires ouvertes touchent aujourd’hui des compensations financières des classificateurs. Photo : Archives/TCN.
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L’avant-gardisme du Québec lui procure un avantage dans le marché des œufs de poules en liberté. Mais pour combien de temps?
Les producteurs québécois ont vite compris le désir des consommateurs soucieux du bien-être animal. Depuis plusieurs années, ils n’hésitent pas à investir dans la construction des poulaillers à la fine pointe des connaissances pour permettre à leurs élevages de se déplacer à leur gré.
En retour, ils reçoivent des classificateurs une compensation financière pour la production de ces œufs à valeur ajoutée.
« Cela faisait plusieurs années que les classificateurs voyaient l’émergence de ce marché. Au départ, ils ont proposé des primes à des producteurs qui étaient prêts à bâtir de nouveaux bâtiments à aires ouvertes », explique Sylvain Lapierre, président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ).
Mais, par la suite, des producteurs ont choisi de prendre le risque financier de bâtir eux aussi des poulaillers de ce genre dans l’espoir d’obtenir eux aussi un contrat avec un classificateur dans les deux ou trois années suivantes.
Ce pari s’est avéré gagnant. En effet, non seulement le marché de table s’est développé au fil des années, mais des entreprises de transformation ont aussi développé des produits à base d’œufs de poules en liberté pour répondre à la demande des consommateurs.
Hellman’s propose par exemple une mayonnaise fabriquée exclusivement avec des œufs de cette provenance. Tout comme McDonald’s, qui se fait une fierté de cuisiner ses sandwichs déjeuners avec de tels œufs. Si bien que le Québec approvisionne les marchés des provinces maritimes, ainsi qu’une partie de l’Ontario.
Résultat : tous les producteurs québécois qui ont su investir dans des poulaillers à aires ouvertes touchent aujourd’hui des compensations financières des classificateurs. « Le marché est en équilibre », constate Sylvain Lapierre avec satisfaction.
Un équilibre fragile
Cet équilibre est cependant fragile, puisque des producteurs de l’Atlantique ont commencé à prendre le virage. Même chose en Ontario.
« Notre défi dans les prochaines années, ce sera de faire en sorte que nos producteurs continuent de toucher leurs primes lorsque la production [de poules en liberté] se mettra en place dans les autres provinces », indique M. Lapierre.
Ce dernier ne se fait pas alarmiste. Selon lui, la demande poursuit sa progression. « On entend dire que de grandes chaînes, comme Costco, comptent ne vendre que des œufs de poules en liberté », confie-t-il. Le danger, poursuit-il, c’est que des entreprises prennent des décisions rapides pour profiter de l’expansion du marché sans se commettre à long terme. Le poids financier retomberait alors sur les épaules des producteurs.
« C’est le danger dans notre production. Quand une compagnie fait une annonce, on veut qu’elle se commette à long terme pour éviter que des producteurs orphelins se retrouvent avec une production pour laquelle il n’y a plus de marché », insiste le président. La FPOQ demande donc aux classificateurs-transformateurs de sensibiliser les acheteurs : leurs clients doivent éviter de prendre des décisions rapides sans une garantie d’approvisionnement à long terme. « Quand un producteur met en place une production, il le fait pour 20 ans », rappelle M. Lapierre.
« C’est certain que nous, les producteurs du Québec, voulons répondre aux besoins des consommateurs. Avec les classificateurs, nous nous assurons de bien approvisionner le marché », conclut-il.