Bovins 26 novembre 2025

Ferme Louber : des pâturages au cœur de la transition climatique 

Depuis que Caroline Fortin et Kaven Bégin ont repris la Ferme Louber en 2018, ils poursuivent le travail amorcé par les parents de Kaven, Bernard Bégin et Louise Bisson, tout en y ajoutant leur propre vision : conjuguer rentabilité, bien-être animal et réduction de l’empreinte carbone. 

Située à Sainte-Marie, dans la région de Chaudière-Appalaches, l’entreprise compte aujourd’hui près de 390 vaches de boucherie et environ 3 400 porcs en engraissement, sur une superficie cultivée d’environ 1 800 acres.

« Nos deux productions se complètent bien, autant pour la répartition du travail que pour la fertilisation des champs », explique Kaven Bégin. Le fumier de bovin sert à enrichir les sols, tandis que celui des porcs contribue au maintien de la fertilité des pâturages. Cette complémentarité, alliée à une gestion agricole rigoureuse, permet à la ferme de tirer le meilleur parti de chacune de ses ressources.

BOvins pour le climat

Depuis un an, la Ferme Louber participe au projet BOvins pour le climat, une initiative provinciale visant à mesurer et à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les entreprises bovines. Le couple a d’abord réalisé un bilan carbone complet, un exercice exigeant, mais révélateur. « Le montage du premier bilan nous a demandé beaucoup de temps, raconte Caroline, mais c’est essentiel pour comprendre où l’on peut s’améliorer. »

Leur principal chantier : l’amélioration des plantes fourragères. En collaboration avec un agronome, ils ont entrepris des sursemis de légumineuses riches en protéines afin d’accroître la qualité nutritionnelle des pâturages et la productivité par acre.

Des pâturages plus sains permettent de produire plus de kilos de viande par acre et de mieux capter le carbone dans le sol.

Caroline Fortin

Pour comparer les résultats, Caroline a implanté des bandes témoins dans ses champs. « On mesure les différences entre les zones améliorées et celles laissées telles quelles. C’est concret; on voit comment nos pratiques influencent le rendement et la santé du sol. »

Du fumier valorisé et des pertes réduites

L’autre volet du projet touche à la gestion du fumier. La ferme expérimente la couverture des amas de fumier afin de limiter les pertes d’azote et la volatilisation des matières fertilisantes. « C’est un geste simple, mais qui fait une différence, explique Kaven Bégin. En couvrant nos amas, on conserve mieux les nutriments et on réduit les émissions. »

Cette pratique vient renforcer un système déjà bien rodé. Le couple épand lui-même les fumiers de porc et de vache sur ses terres, réduisant ainsi les besoins en engrais minéraux. « Nos deux productions se répondent, ajoute Caroline. Le fumier de vache ne suffirait pas pour toutes nos superficies, mais, combiné à celui des porcs, il permet de fertiliser efficacement nos champs. »

Le pâturage, au cœur de la philosophie de la ferme

La gestion des pâturages constitue un autre pilier de leur démarche. À la Ferme Louber, 100 % des vaches sortent au pâturage, parfois jusqu’à la mi-décembre. « On a beaucoup de petites parcelles clôturées et on déplace le troupeau aux trois ou quatre jours », décrit Caroline. Cette rotation permet aux plantes de se régénérer et de maintenir une couverture végétale dense, essentielle à la séquestration du carbone.

« Les pâturages sont un formidable outil environnemental, souligne-t-elle. Ils valorisent des terres que d’autres productions ne pourraient pas utiliser. » En optimisant la rotation et la durée de présence aux champs du bétail, les propriétaires parviennent à allonger la saison de pâturage, réduisant ainsi les besoins en fourrages récoltés et en carburant.

Une vision durable et réaliste

Si Caroline et Kaven se décrivent comme des passionnés, ils n’en demeurent pas moins pragmatiques.
« La passion, c’est bien, mais il faut que ce soit rentable », insiste Kaven. Loin des discours idéologiques, ils prônent un équilibre entre performance économique et responsabilité environnementale. « On essaie d’avoir des techniques efficaces sans tomber dans l’extrême », résume Caroline.

Impliquée au sein des Producteurs de bovins du Québec, elle souligne que la production bovine québécoise, dans son ensemble, « est déjà bien positionnée sur le plan environnemental. Beaucoup de bonnes pratiques existent déjà, mais souvent dans le silence ».

Avec leurs trois enfants – Noémie, 10 ans, William, 12 ans, et Annabelle, 14 ans –, qui participent déjà aux travaux de la ferme, Caroline et Kaven envisagent l’avenir avec optimisme. L’entreprise compte aussi deux employés à temps plein, Mike Maheu et Maxime Bernard.

« On croit beaucoup à l’avenir de la production bovine au Québec, conclut Caroline Fortin. C’est une production qui valorise nos terres, notre savoir-faire et notre environnement. »

BOvins pour le climat

• Quoi : Réduire les émissions de méthane en production vache-veau, bouvillon d’abattage et ovine du Québec par des pratiques rentables et durables.

• Qui : Centre de développement du porc du Québec (CDPQ) en collaboration avec le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ), les Producteurs de bovins du Québec (PBQ), le Centre d’expertise en production ovine du Québec (CEPOQ) et qui réunit des fermes et des conseillers partout au Québec

• Combien : 50 producteurs participants

• Où : partout au Québec, visionner la carte interactive https://novaboeuf.shinyapps.io/shinyapp/

• Comment : Ce projet est financé par le gouvernement du Québec, dans le cadre du Plan de mise en œuvre 2023-2028 découlant du Plan pour une économie verte 2030.