Vie rurale 26 août 2025

Les rôles traditionnels sous pression

L’arrivée d’un bébé a complexifié le quotidien de la productrice laitière Amélie Brien et de son conjoint, Maxime Gagnon, lequel occupe un emploi à temps plein à l’extérieur de la ferme comme inspecteur à la voirie.

« Vu que je suis en production laitière, j’ai le train de soir à faire, donc quand mon conjoint est à la maison, moi non. Les moments passés en famille ne sont pas toujours évidents », décrit celle qui est copropriétaire, avec ses parents, de la ferme laitière Mylixy, à Racine, en Estrie. Son horaire atypique fait également en sorte que son conjoint et elle doivent souvent s’occuper de leur bébé de 18 mois à tour de rôle, mais jamais ensemble. 

« Il faut que [mon conjoint] accepte que je sois moins disponible, mais en même temps, nous, à la ferme, on a décidé d’avoir deux employés à l’année plutôt qu’un seul pour pouvoir prendre des moments de congé. Sinon, ce ne serait juste pas possible pour la conciliation travail-famille », admet-elle.

Cette solution, combinée au début de la fréquentation d’une garderie pour son fils, lui a permis d’avoir du temps le soir et la fin de semaine pour passer des moments en famille. « Si je n’avais jamais de congés, c’est sûr qu’il [mon conjoint] ne serait pas resté », estime la productrice. 

Elle a également dû faire comprendre à son père, avec qui elle travaille à la ferme, que certaines tâches pouvaient parfois attendre. « Il est de la génération ‘‘travail, travail, travail’’, alors des fois, c’est seulement de faire la part des choses et de lui faire accepter qu’il n’y a rien qui presse, et que je peux prendre ma soirée ou ma fin de semaine. »

Nancy Morin

La coach d’affaires Nancy Morin observe qu’avec les nouvelles générations, le modèle traditionnel qui réservait les tâches de la ferme au père et celles de la maison à la mère a évolué. « Maintenant, je pense que c’est vraiment l’embauche d’employés qui permet d’avoir plus de temps pour s’impliquer dans la famille quand l’un des deux conjoints travaille à l’extérieur de la ferme », dit-elle.
Mme Morin donne l’exemple de l’un de ses clients, qui a décidé d’embaucher un travailleur étranger temporaire pour pouvoir continuer à s’occuper de ses enfants. « Pour lui, c’était important d’aller voir ses garçons jouer au hockey. Mais c’est sûr que ce choix impose aussi d’augmenter les performances de l’entreprise pour pouvoir payer des ressources supplémentaires », prévient-elle.

Dans les fermes laitières, le train, c’est 7 jours sur 7, tôt le matin et tard le soir, alors il y a forcément des soupers de famille et même des fêtes d’enfants où on ne peut pas être présent. 

Nancy Morin

Concernant la répartition des tâches, Pierrette Desrosiers, psychologue spécialisée dans le milieu agricole, insiste sur le fait qu’il n’est pas toujours réaliste de faire une répartition parfaite. « L’important, c’est que chaque partenaire ait le sentiment de contribuer de manière équitable », précise-t-elle.