Vie rurale 26 août 2025

Les défis d’une relation amoureuse avec un non-agriculteur

Dans un monde où la norme est de travailler de 9 à 5, du lundi au vendredi, il peut être difficile de concilier les horaires atypiques du travail à la ferme et la vie de couple avec un non-agriculteur. Pourtant, plusieurs duos ainsi formés réussissent à s’épanouir malgré deux réalités qui ne se rejoignent pas toujours.

Clara Choquette a rencontré son conjoint à L’amour est dans le pré, cette téléréalité qui ouvre une porte sur le monde agricole à des prétendants qui ne sont pas issus de ce milieu. « Je pense que de passer par là, c’est une bonne introduction; ça te prépare un peu à ce que ta vie va être à la ferme et tu le vois tout de suite si ça colle ou pas », confie celle qui est enseignante dans une école primaire. 

Malgré tout, Clara a eu plusieurs surprises après avoir emménagé à la ferme, il y a huit ans, notamment par rapport aux horaires chargés.

L’industrie bovine, je ne connaissais pas ça. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait des périodes très, très occupées. Il y a eu des adaptations à faire. Disons que quelqu’un qui s’attend à pouvoir aller au zoo, au cinéma ou au restaurant pendant l’été peut être déçu, mais maintenant, je n’attends plus après lui.

Clara Choquette

Son conjoint, Gabriel Picard, copropriétaire de la Ferme Tourne-Sol, à Val-Paradis, en Abitibi, reconnaît d’ailleurs que le plus gros de l’adaptation a été fait par sa conjointe, car il est plus difficile pour lui de déplacer les périodes de vêlages ou le temps des foins. C’est forcément Clara qui a dû laisser son patelin, en Estrie, pour s’installer à près de 11 h de route de chez elle.

Clara Choquette préfère entrer dans le monde de son conjoint agriculteur, Gabriel Picard, plutôt que de lui demander l’inverse. « C’est un choix personnel, mais quand c’est les foins, on va manger aux champs avec lui. On va participer aux tâches de la ferme en famille plutôt que de faire des activités à l’extérieur. » Photo : Gracieuseté de Clara Choquette

Comprendre la réalité de l’autre 

Selon la psychologue Pierrette Desrosiers, plusieurs défis propres au monde agricole peuvent en effet venir complexifier la vie de couple, surtout si l’un des partenaires connaît mal ce milieu, souligne-t-elle. Celle qui est aussi conjointe d’un producteur agricole donne en exemple les longues heures de travail, l’incertitude liée à la météo et aux animaux, la proximité du travail et de la vie familiale, la course à la performance, qui peut entraîner un endettement, ou encore le manque de main-d’œuvre, qui augmente la charge de travail et réduit les moments de répit. 

C’est la « flexibilité psychologique » qui, dans ce contexte, devient l’une des plus importantes clés pour s’adapter aux différentes contraintes du monde agricole, précise Mme Desrosiers. « Il ne s’agit pas d’avoir des attentes nulles, mais de comprendre que les périodes de travail intense, comme les foins, sont une réalité qui doit être compensée par du temps de qualité en couple ou en famille à d’autres moments. Mais en même temps, le producteur agricole doit comprendre que la période des foins, ça ne doit pas durer 12 mois par année », rappelle-t-elle. 

David Desmarais, qui a aussi rencontré son conjoint, Alex Berthiaume, à L’amour est dans le pré, il y a cinq ans, confirme qu’il faut une grande capacité d’adaptation pour vivre à la ferme pour quelqu’un qui, comme lui, « venait zéro du milieu agricole ». « Parce qu’autrement, c’est sûr que tes plans changent tout le temps, alors ça se peut que quelqu’un soit malheureux dans ce milieu-là », confie celui qui occupe un emploi à temps plein comme gestionnaire d’un organisme sans but lucratif. Malgré tout, il dit apprécier ce mode de vie dans ses temps libres, et son implication lui permet d’ailleurs de mieux comprendre la réalité de ce métier et d’ajouter « son grain de sel » par rapport aux différents projets, notamment la construction d’une nouvelle étable en stabulation libre qui s’amorce pour eux.

Ce n’est pas juste un travail, être producteur agricole; ça fait aussi partie de notre vie. On a une ferme en arrière, alors on en parle souvent. Je suis inclus dans les décisions, mais reste que c’est 100 % l’entreprise à Alex; moi, je suis un bénévole émérite.

David Desmarais
Selon Alex Berthiaume et David Desmarais, une bonne communication dans le couple aide à mieux comprendre et à mieux s’adapter à la réalité de chacun. Photo : Gracieuseté d’Alexandre Berthiaume

Un mode de vie qui ne peut pas être imposé

Un trop grand décalage entre les attentes du partenaire non agricole et la réalité de l’autre mène généralement à une rupture, selon différents intervenants questionnés par La Terre, dont Hélen Bourgoin, coach familiale en milieu agricole, qui partage elle-même sa vie avec un producteur agricole. 

Hélen Bourgoin

« Les gens qui ne viennent pas du milieu agricole ont souvent une vision bucolique de la vie à la ferme. Mais c’est loin d’être un conte de fées. Ça demande d’accepter que son partenaire puisse arriver en retard pour le souper au même titre qu’un pilote d’avion, ou qu’un autre professionnel », compare-t-elle.  Une situation que connaît bien Roxanne Beaulieu, propriétaire de la ferme laitière Roxy, en Mauricie. La productrice dit avoir vécu plusieurs échecs amoureux dans le passé, notamment parce qu’elle est seule à la tête de son entreprise agricole et que cela lui demande beaucoup de temps. « Ça reste que si on est au restaurant et que j’ai une vache qui commence à mal filer, évidemment, le souper et le chum prennent le bord. Il n’est jamais la priorité. Et puis, ce n’est pas un mode de vie super plaisant pour quelqu’un qui n’a pas cette passion-là, alors je ne peux pas l’imposer », confie-t-elle. 

Pour différentes raisons, dont une nouvelle relation de couple prometteuse, la productrice a d’ailleurs décidé récemment de vendre son troupeau laitier et de mettre la clé sous la porte de sa ferme.
« Quand j‘ai rencontré mon copain actuel, il savait déjà que j’allais vendre la ferme, et il me l’avait dit très clairement qu’il n’avait pas d’intérêt à m’aider quand il est en congé. Moi, je ne le ferais pas pour quelqu’un, alors je ne vois pas pourquoi je le laisserais faire ça pour moi », confie-t-elle.