Phytoprotection 11 avril 2025

L’IRDA s’arme pour lutter contre les punaises pentatomides dans les vergers

La punaise marbrée, qui donne tant de maux de tête aux pomiculteurs américains, est bien installée au Québec. Mais l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) veille au grain pour suivre la dispersion du ravageur et développer des outils pour aider les producteurs de pommes d’ici à lui faire la lutte.

Brune, verte, à trois taches, marbrée : toutes les punaises pentatomides ne riment pas nécessairement avec dommages sur les fruits. C’est l’un des constats de l’équipe de l’IRDA qui travaille depuis 2019 à développer des techniques attracticides pour le dépistage et la lutte contre ces espèces. 

« Il y a quatre ans, la punaise pentatomide n’était pas connue, on ne savait même pas lesquelles étaient dans les vergers, quelle était la prépondérance d’une versus l’autre, quels dommages elles faisaient, rappelle Mikaël Larose, chargé de projets au laboratoire de production fruitière et intégrée de l’IRDA. Par exemple, la punaise verte, on en voit énormément, mais on s’est rendu compte qu’elle ne fait pas de dommages sur les fruits. »

Pour acquérir des connaissances à leur sujet, mais surtout pour cibler les punaises pentatomides susceptibles de déclasser les fruits – comme la punaise marbrée, aussi appelée punaise diabolique –, l’équipe de l’IRDA s’est donc attelée à la tâche de tester différents types de phéromones pour les attirer vers différents types de pièges. Elle a aussi constaté que les cultivars Honeycrisp et Gingergold, très prisés des consommateurs, étaient plus vulnérables, alors que McIntosh semblait mieux s’en tirer. Elle a aussi réussi à déterminer la fenêtre où les punaises causent le plus de dommages.

Étonnamment, au mois d’août, environ quatre à huit semaines avant la récolte, c’est là que les dommages sont les plus apparents et qu’ils vont déclasser les fruits. Donc, c’est vraiment cette période-là qui est critique en tant que telle.

Mikaël Larose

En attente de lignes directrices

Même si aucun traitement phytosanitaire n’est actuellement strictement dirigé vers les pentatomides, des produits à large spectre déjà utilisés dans les vergers peuvent les atteindre par la bande. L’installation en bordure de parcelles de grands pièges tous les dix mètres permet aussi de récupérer un grand nombre d’individus, fait valoir le chercheur. 

« Ça dépend vraiment de la volonté du producteur et de son suivi agronomique. On est aux balbutiements. Ça va prendre encore quelques années de recherche avant d’arriver avec des lignes directrices très, très précises », dit-il, invitant tout de même les producteurs à se « faire l’œil » grâce aux fiches synthèses développées par l’IRDA. 

À terme, la punaise diabolique mettra-t-elle en péril la production de pommes au Québec? « Je ne veux pas être prophète de malheur, mais c’est inévitable : on la capture année après année sur certains sites, on sait qu’elle est présente, qu’elle est capable de passer l’hiver, note-t-il. Donc, c’est une question de temps avant qu’elle ne s’établisse et que ses populations augmentent, au point où on va voir des dommages dans les champs. »

Sur une note plus positive, le chercheur indique que le contrôle des mauvaises herbes peut contribuer à réduire la pression de ces ravageurs. On peut aussi s’attendre à ce que des parasites suivent la progression des punaises. D’autres organisations travaillent aussi sur des plantes-pièges, poursuit-il.

« Et en parallèle, dans le laboratoire, ça fait une décennie qu’on travaille sur des filets d’exclusion qui sont aussi capables d’exclure la punaise pentatomide, précise-t-il. Est-ce que c’est l’avenir de la production? C’est encore à déterminer. Mais si le filet est capable de bloquer la grêle, le carpocapse, la punaise, peut-être que ça  vaut la peine de continuer à travailler sur ce sujet. »