Phytoprotection 11 avril 2025

Bientôt une solution biologique contre la tordeuse de la canneberge

Une petite chenille qui menace la production de canneberges pourrait bientôt être mise en échec grâce à une solution biologique innovante. Des chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) développent actuellement un biopesticide à base d’un baculovirus pour lutter contre la tordeuse des canneberges, l’insecte nuisible le plus dévastateur pour cette culture.

Sans intervention, ce ravageur peut anéantir une récolte entière. Un enjeu de taille pour le Canada, deuxième producteur mondial avec plus de 200 000 tonnes métriques de canneberges par an, principalement cultivées au Québec et en Colombie-Britannique.

Jean-Philippe Parent, chercheur en entomologie à AAC

Un mode d’action unique

Le baculovirus agit de manière spectaculaire. « Les larves de la tordeuse sont infectées en ingérant des feuilles déjà contaminées. Une fois dans le système digestif, le virus se propage dans le corps de l’insecte, liquéfiant ses tissus internes. L’insecte finit par éclater, libérant le virus sur les feuilles environnantes, ce qui permet d’infecter d’autres chenilles », explique Jean-Philippe Parent, chercheur en entomologie à AAC. La tordeuse succombe généralement à l’infection en sept à dix jours.

Ce pathogène présente également l’avantage d’être très ciblé.

Ce baculovirus est spécifique à la tordeuse des canneberges. Il est sans danger pour les humains et les autres insectes, y compris les pollinisateurs.

Jean-Philippe Parent

Un virus mis en veilleuse

Le virus à l’origine de ce biopesticide n’est pourtant pas nouveau. Il avait été identifié pour la première fois en 1992 en Colombie-Britannique, après que des chercheurs eurent observé des chenilles présentant des symptômes étranges : un comportement léthargique, un corps flasque et une liquéfaction des tissus. Le baculovirus avait alors été isolé… puis conservé au congélateur pendant près de 30 ans.

C’est en 2022 que Michelle Franklin, chercheuse scientifique à AAC, a entrepris de le « réveiller ». Avec son équipe, elle a mis au point un procédé pour le produire en quantité suffisante afin de développer un biopesticide viable.

Des essais concluants

Les premiers tests en champ ont été menés l’été dernier sur de petites parcelles, certaines traitées avec le virus; d’autres, non. « Les résultats ont montré une diminution significative du nombre de tordeuses dans les parcelles traitées », rapporte Jean-Philippe Parent.

De nouveaux essais sont prévus à l’été 2025, en Colombie-Britannique et au Québec, pour valider l’efficacité du produit dans différents environnements. « On veut s’assurer que le virus est efficace partout. Ce n’est pas tant le climat qui influence les résultats que les variations génétiques entre les populations de tordeuses de différentes régions », explique le chercheur.

Une solution attendue

Le biopesticide offrirait une solution de rechange aux insecticides de synthèse et représenterait une avancée particulièrement intéressante pour les producteurs biologiques, qui disposent actuellement de peu d’options efficaces contre ce ravageur.

La commercialisation pourrait commencer d’ici deux ans. L’entreprise Andermatt Canada a déjà exprimé son intérêt, ce qui pourrait accélérer le processus.

Le Centre de recherche et d’innovation sur la canneberge (CRIC) collabore au projet depuis deux ans pour en encadrer les aspects réglementaires. L’utilisation du baculovirus devra être strictement balisée, souligne Didier Labarre, directeur général et scientifique du CRIC.

Autre avantage : le produit pourrait être appliqué avec les équipements de pulvérisation déjà en place chez les producteurs. Il aurait aussi une longue durée de conservation, ce qui faciliterait sa gestion et réduirait le gaspillage.