Phytoprotection 11 avril 2025

De nouveaux ravageurs appellent à l’adaptation des techniques de lutte

Les changements climatiques apportent avec eux de nouvelles espèces de ravageurs du maïs sucré, mais les armes biologiques développées pour lutter contre la pyrale du maïs pourraient être adaptées, croit l’Institut de recherche et développement en agroenvironnement (IRDA), qui vient tout juste d’obtenir le feu vert pour tester ces approches.

La plus importante production de grains du Québec doit apprendre à conjuguer avec de nouveaux ravageurs : alors que les producteurs de maïs sucré ont surtout été confrontés à la pyrale du maïs jusqu’au début du siècle, voilà que de nouveaux venus, comme le ver-gris occidental des haricots (VGOH), ou des espèces migratrices, comme le légionnaire d’automne ou le ver de l’épi, viennent leur causer des maux de tête. 

« La pyrale était plus présente dans le passé et l’est de moins en moins, on en piège beaucoup moins qu’avant, fait valoir le chercheur en entomologie maraîchère à l’IRDA, Maxime Lefebvre, précisant que son équipe a analysé les données du Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) pour chiffrer ce constat. Et à l’opposé, le VGOH, lui, a été détecté au Québec plus tardivement, dans les années 2010, et ses populations sont en augmentation depuis. »

Maxime Lefebvre, chercheur en entomologie maraîchère à l’IRDA. 

Lueur d’espoir

Mais si la pression sur les cultures change, il y a de l’espoir, poursuit-il. C’est que les techniques de lutte biologique développées par l’IRDA, par exemple le lâcher de trichogrammes, ces petites guêpes qui parasitent les œufs de la pyrale du maïs et qui génèrent ainsi d’autres individus prédateurs plutôt que de multiplier les ravageurs, pourraient s’appliquer à d’autres espèces, dont le VGOH.

On a un projet qui vient d’être accepté pour les trois prochaines années, où on va se pencher justement sur le lâcher multiespèces de trichogrammes, donc plusieurs espèces de trichogrammes qui vont aller contrôler le VGOH, mais aussi le ver de l’épi.

Maxime Lefebvre

Il mentionne que les trichocartes auxquelles sont habitués les producteurs seraient ainsi mieux adaptées aux lépidoptères présents aux champs.

Il ajoute que les connaissances acquises lors du premier projet de recherche ont aussi permis de proposer des pistes pour rationaliser le recours aux pesticides chimiques, notamment en déterminant par piégeage quels ravageurs étaient présents dans les cultures afin de cibler les meilleurs moments pour intervenir.

Les trichocartes qu’on installe sur les plants de maïs relâchent des trichogrammes, des petites guêpes parasitoïdes qui s’attaquent aux œufs de différentes espèces de ravageurs. Le chercheur Maxime Lefebvre note que d’autres techniques, comme le lâcher de trichogrammes par drones, sont étudiées pour les plus grandes superficies; par exemple, dans le maïs grain. 

« On a élaboré une stratégie plus raisonnée où, par exemple, on réfléchit un peu plus à la pression réelle, c’est-à-dire basée sur du dépistage ou du piégeage, en comparaison avec des approches plus calendrier ou fixes. On va protéger le maïs à des stades plus vulnérables, donc à la panicule ou aux soies fraîches, pour tenter d’avoir des traitements qui, lorsqu’ils sont vraiment nécessaires, soient plus justifiés ou raisonnés qu’une approche calendrier », illustre-t-il, mentionnant que malgré les coûts liés au suivi, au dépistage et au piégeage, une analyse technico-économique réalisée chez un producteur a permis de conclure que cette méthode offrait une meilleure protection des cultures sans engendrer de coûts supplémentaires. 

Le chercheur anticipe d’autres améliorations pour lutter contre les nouveaux lépidoptères qui constituent une menace pour la culture du maïs sucré, à commencer par les données qui seront récoltées dès cette année. « Les premiers tests qui ont été faits, c’est avec une quantité donnée de trichogrammes par hectare. On va tenter d’optimiser ce nombre-là pour lutter contre le VGOH et voir le potentiel de certaines espèces précises de trichogrammes versus le ver de l’épi », conclut-il.