De façon générale, l’étude du MAPAQ montre que la régie à moindres risques permet des rendements similaires à ceux observés en régie conventionnelle. Les gains les plus notables s’observent dans la réduction des risques sur la santé et l’environnement. Photo : Shutterstock
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S'abonner maintenantLes résultats de la vitrine pour une gestion à moindres risques dans la fraise d’été et la fraise d’automne, un projet chapeauté par le MAPAQ entre 2022 et 2024, suggèrent qu’il est possible de produire des fraises en limitant les risques sur la santé et l’environnement, sans nuire au rendement et à la rentabilité de l’entreprise. Bilan des trois dernières années d’expérimentation.
Vincent Méthot cultive des fraises et des framboises sur ses terres du secteur Saint-Nicolas, à Lévis. Avec son père François, sa mère Lise Gosselin, et son frère François-Guillaume, il prête ses terres à la vitrine mise en place en 2022 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour une gestion à moindres risques de la fraise d’été et d’automne.
La vitrine veut notamment vérifier si le contrôle des insectes ravageurs (punaise terne, drosophile à ailes tachetées, anthonome de la fleur du fraisier, etc.) dans la culture des fraises par le remplacement d’une partie de pesticides chimiques par des produits moins dangereux pour la santé des producteurs et l’environnement présente un intérêt en matière de rendements et de coûts de production. Six producteurs de fraises (cinq en 2022) répartis dans cinq régions du Québec ont réservé une parcelle de culture qu’on a divisée en deux sections afin de comparer la performance des régies traditionnelles et à moindres risques du petit fruit.
Dans le cas du producteur de Saint-Nicolas, le bilan de l’expérimentation apparaît généralement positif. L’utilisation de produits moins dommageables pour la santé et l’environnement n’a pas eu d’effet significatif sur ses coûts de production. Les coûts entre la régie à moindres risques et la méthode conventionnelle ont varié entre -1,37 % en 2024 et +1,18 % en 2023.
Le rendement au champ s’est cependant révélé légèrement inférieur, signale Christian Morin, agronome-conseil de l’entreprise. La cause de ce différentiel reste indéterminée. Le choix des produits utilisés pourrait l’expliquer, croit l’agronome, qui ajoute que la lutte à l’anthracnose demeure difficile, peu importe la régie utilisée.
Pour Vincent Méthot, qui utilisait déjà une régie mixte de ses champs, la baisse de rendement demeure trop faible pour le décourager à poursuivre avec une régie à moindres risques. Il faudra prendre un peu de recul afin d’analyser plus en détail les résultats de l’expérience, dit-il, mais « ça nous donne confiance en ce qu’on faisait, alors on risque de continuer. »

Résultats de la vitrine
Les résultats généraux de la vitrine apparaissent nuancés. La régie à moindres risques se révèle généralement avantageuse pour la fraise d’automne. Son coût de production par rapport à une régie conventionnelle varie entre -993,44 $ et +723,44 $ par hectare, pour une moyenne de -150,29 $ (entre -19,1 % et +15 %).
Les auteurs de l’étude signalent que les coûts de production d’une gestion à moindres risques se sont révélés beaucoup plus élevés dans un des six sites d’expérimentation alors qu’ils ont été équivalents ou moindres dans les cinq autres cas.
La situation pour la fraise d’été paraît moins spectaculaire. Le coût d’une gestion à moindres risques indique une hausse moyenne de 33,78 $ par
hectare (-420,99 $ et +506,80 $, ou -26,3 % et +52 %). Les auteurs de l’étude expliquent ce revirement par le remplacement d’un produit peu coûteux, comme le Matador® 120 EC et le UP-CydeMC 2,5 EC, par des produits à moindres risques plus coûteux.
De façon générale, l’étude du MAPAQ montre que la régie à moindres risques permet des rendements similaires à ceux observés en régie conventionnelle. Les gains les plus notables s’observent dans la réduction des risques sur la santé et l’environnement. L’utilisation de
produits moins dommageables a permis de réduire de manière significative les indices de risque sur la santé (IRS), jusqu’à -86,7 %, et sur l’environnement (IRE), jusqu’à -85,4 %.
L’optimisation d’une régie à moindres risques dépend d’une série de facteurs, souligne cependant Vincent Méthot. Il faut être accompagné, s’informer, utiliser les produits selon les spécifications du fabricant, procéder au dépistage efficace des maladies et des insectes ravageurs, etc.
La vitrine s’est par ailleurs révélée utile pour les acteurs sur le terrain, ajoute Patrice Thibault, agronome au Réseau de lutte intégrée Orléans (RLIO).
« Ça nous a permis de valider nos protocoles d’intervention sur le terrain et d’assurer un transfert de connaissances aux membres de nos équipes et aux producteurs, en plus de stimuler l’intérêt pour la lutte aux pathogènes », dit-il.
La vitrine en résumé
Objectifs :
1) Mesurer les effets d’une gestion à moindres risques de la fraise d’été et de la fraise d’automne;
2) Offrir un accompagnement spécialisé aux producteurs et aux clubs-conseils qui souhaitent réduire leur usage de pesticides;
3) Faire connaître aux entreprises des techniques de gestion intégrée des ennemis des cultures.
Méthode : Un champ est sélectionné sur chaque site, puis il est divisé en deux. La première partie demeure en régie conventionnelle. La seconde, en régie à moindres risques. Quatre zones de récolte sont identifiées de façon aléatoire sur chacune des deux parcelles afin de prendre des mesures de rendement et de qualité sur les fraises.
Fréquence de dépistage : deux fois par semaine pour la parcelle conventionnelle et la parcelle expérimentale
Sites : Laurentides, Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches, Montérégie et Bas-Saint-Laurent.
Durée : 3 ans (2022 à 2024).