Ophélie Bouchard pourrait se voir fermer la porte du programme d’aide au démarrage de 6 000 pondeuses de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec parce que ses parents sont propriétaires d’une entreprise de production de pommes de terre. Photo : Gracieuseté d’Ophélie Bouchard
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Des étudiants issus de familles agricoles s’inquiètent de se voir fermer l’accès d’un programme d’aide au démarrage de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ). Une crainte que la FPOQ relativise toutefois, spécifiant que la refonte du programme est encore en cours et que les nouvelles balises n’ont pas encore été déterminées.
Ophélie Bouchard est actuellement étudiante universitaire à temps plein en agronomie. Dans le cadre de sa formation, elle prévoit s’inscrire à des cours de spécialisation en production avicole, parce qu’elle rêve de pouvoir démarrer un élevage commercial de poules pondeuses un jour, sachant qu’elle ne pourra pas prendre la relève de l’entreprise de ses parents, spécialisée dans la production de pommes de terre au Saguenay. À cette fin, elle avait déjà commencé à monter son dossier de candidature pour le soumettre au programme d’aide au démarrage de 6 000 pondeuses (PAD 6000) de la FPOQ dans quelques années. Or, elle a été surprise d’apprendre que l’organisation planifiait, dès 2026, d’en fermer l’accès aux candidats qui, comme elle, proviennent d’une famille agricole prospère. « On nous demande d’être formés, d’avoir un plan d’affaires et d’être professionnels, mais moi, mes parents sont déjà agriculteurs. C’est un avantage, ça ne serait pas supposé être un inconvénient », déplore-t-elle en entrevue avec La Terre.
Elle rapporte que dans son programme, plusieurs de ses compatriotes partagent cette déception, citant l’exemple d’une amie qui ne peut pas soumettre son dossier au programme parce que son oncle est propriétaire d’une production avicole, alors que ce dernier ne lui donnera jamais de parts de son entreprise.
Selon elle, cette orientation prise par la FPOQ vise à écarter les candidats dont les parents « font assez d’argent avec l’agriculture pour aider leurs enfants à démarrer un projet agricole », dit-elle.
Mais eux [les parents], ils peuvent avoir d’autres enfants à faire vivre, ils ne sont peut-être pas intéressés à financer un autre projet. Et pourtant, je suis bloquée [au programme] à cause d’eux.

Encore sur la planche à dessin
Le président de la FPOQ, Sylvain Lapierre, croit que ces rumeurs qui circulent à propos de la refonte du programme PAD 6000 émanent d’une présentation très embryonnaire du projet qui a été faite aux producteurs dans le cadre des tournées régionales à la fin février. « Mais la refonte est encore sur la planche à dessin; on n’a rien décidé encore », spécifie-t-il.
Il admet néanmoins que la Fédération souhaite restreindre l’accès à ce programme pour le recentrer sur son objectif premier. « À la base, c’était pour partir de nouvelles familles en agriculture. Mais ça fait plusieurs années qu’on observe les candidatures et qu’on se dit que ce n’est peut-être pas logique que quelqu’un qui a déjà du quota dans le poulet ou les vaches, ou plusieurs hectares de terre, se serve de ce programme pour accéder au quota et diversifier son entreprise. Ça fait deux-trois ans qu’on se pose la question », révèle le président de la FPOQ.
L’organisation a d’abord pensé mettre le programme sur pause, mais a finalement décidé de le poursuivre en travaillant parallèlement à des améliorations avec l’aide d’une firme indépendante qui la guide pour savoir « où poser des limites et comment trouver les bonnes balises ». Un exercice qui est toutefois « loin d’être facile », souligne M. Lapierre. « Ça va probablement en favoriser certains, et en défavoriser d’autres, mais ce qu’on veut, c’est que le programme survive et qu’il puisse être là encore vingt ans, et non que les producteurs aient l’impression qu’il ne remplit plus son rôle, qui est de donner du quota à des gens pour qui ça fait véritablement une différence », ajoute-t-il.
La refonte devrait être présentée cet automne au conseil d’administration de la FPOQ, qui pourra ensuite approuver ou non les changements.
Un nouveau producteur par année depuis 2006
Le programme d’aide au démarrage de 6 000 pondeuses (PAD 6000) a été mis en place en 2006 par la FPOQ. Il vise essentiellement à favoriser la naissance de nouvelles entreprises dans ce secteur en octroyant le droit d’utiliser, à certaines conditions, un quota d’un maximum de 6 000 pondeuses à un nouveau producteur chaque année. Le choix final du récipiendaire se fait par tirage au sort parmi les candidatures retenues. De 2019 à 2024, 7 nouveaux récipiendaires ont commencé la production, portant le nombre d’entreprises issues de ce programme à 22 depuis sa mise en place. (Source : FPOQ et MAPAQ)