Pommes de terre 26 mars 2025

Un débouché pour les pommes de terre déclassées

Dans la perspective de la Stratégie de valorisation de la matière organique adoptée par le ministère de l’Environnement prévoyant notamment que 70 % de la matière organique soit recyclée d’ici 2030 au Québec, le Consortium de recherche de la pomme de terre du Québec (CRPTQ) a dévoilé au printemps 2024 les résultats de ses expérimentations menées sur un composteur rotatif fabriqué par la compagnie Brome Compost.

D’entrée de jeu, le CRPTQ avait un ­intérêt particulier pour ce projet puisqu’en tant que centre de recherche destiné au développement de nouvelles variétés de semences de pomme de terre mieux adaptées aux changements climatiques et plus résistantes aux maladies, il se retrouvait en fin de saison avec d’importantes quantités de pommes de terre à gérer qui n’étaient pas destinées à la consommation humaine.

Au terme de près de trois ans d’études et d’essais menés entre 2021 et 2024 à Pointe-aux-Outardes, sur la Côte-Nord, le CRPTQ en est arrivé à la conclusion que le composteur rotatif s’avère un outil prometteur pour les producteurs de pommes de terre, à la condition cependant de mener des travaux additionnels qui permettront de bonifier les connaissances et de préciser les paramètres clefs à bien maîtriser pour un fonctionnement et des résultats optimaux.

Michael Cosgrove, directeur général du CRPTQ

Un aspect non négligeable à considérer est la main-d’œuvre nécessaire pour alimenter le composteur, surveiller l’évolution du compost et par la suite, en disposer.

Michael Cosgrove, directeur général du CRPTQ

Le point faible : la lacération

Le maillon faible du système est assurément le mélangeur-lacérateur dans lequel sont déposées les pommes de terre avant d’être transportées jusqu’à l’intérieur du composteur rotatif. « Cet équipement a montré de très faibles performances dans la lacération des pommes de terre. L’ajout de trois couteaux au mélangeur n’a pas amélioré la lacération. D’autres possibilités pourraient être évaluées. Il est donc nécessaire de trouver un équipement plus efficace pour traiter des quantités plus importantes que celles du projet », est-il mentionné dans la fiche technique produite par le CRPTQ.

À l’intérieur du composteur, un ratio de 60 % de pommes de terre pour 40 % de bois déchiqueté est recommandé. Cette dernière matière amène plus de structure et une meilleure circulation de l’air que la sciure de bois, ont constaté les chercheurs. 

En contrepartie, un mélange de sciure de bois et de bois déchiqueté peut corriger la teneur en eau du mélange si les pommes de terre étaient plus humides au début de l’opération. Le temps de séjour recommandé des pommes de terre dans le composteur est de 28 à 35 jours. La fréquence de rotation du composteur est à toutes les 10 à 12 heures. Le cylindre avec lequel le CRPTQ a mené son projet mesurait près de 20 pieds sur 5 pieds de diamètre et était rempli presque à moitié avant le début de l’opération de compostage.

Dans les essais, le CRPTQ a constaté que régulièrement, une proportion de 20 % et plus de pommes de terre demeuraient non compostées au terme du processus. « Ce résultat pourra sans doute être amélioré en améliorant le procédé de lacération et en ajustant le temps de séjour et les quantités introduites dans le composteur », conclut Michael Cosgrove.