Pommes de terre 26 mars 2025

Pro-Bio : une aventure bio entre innovation et défis agricoles

Tant dans le secteur de la pomme de terre que dans celui de la patate douce biologique, Pro-Bio, de Saint-Léonard-d’Aston, dans le Centre-du-Québec, se distingue par son aptitude à innover et à relever les défis techniques, tout en restant fidèle à ses principes écologiques.

L’entreprise a été créée en 2016 dans le but d’opérer une transition biologique complète à la ferme de Samuel et Gabriel Richard, qui cultivaient principalement des pommes de terre pour le marché de la transformation. « Le défi était de transformer l’ensemble de ces terres en cultures biologiques, un processus long et complexe échelonné sur trois ans qui s’est terminé en 2023 », souligne Guillaume Allyson, responsable du développement commercial et des ventes chez Pro-Bio.

« Nous avons récemment vendu la marque et la clientèle de Pro-Bio à la coopérative Symbiosis, tout en nous retirant de la production maraîchère », explique Samuel Richard. Pro-Bio a également cédé ses équipements de production de patate douce à un producteur membre de la coopérative. Symbiosis continue désormais la production et la commercialisation de la patate douce de la marque Pro-Bio, poursuivant ainsi l’activité entamée sous la direction des frères Richard.

Guillaume Allyson, responsable du développement commercial et des ventes chez Pro-Bio

L’entreprise occupe aujourd’hui une superficie d’environ 1 200 acres. Un autre aspect intéressant du travail de Pro-Bio a été l’introduction de la patate douce dans leur rotation culturale. En 2020, l’entreprise a démarré la culture de ce légume tropical, en raison des besoins de diversification dans les rotations des cultures biologiques.

On voulait quelque chose qui sorte un peu des sentiers battus, mais pour lequel on avait de l’expertise, confie . La patate douce est arrivée comme une option viable pour diversifier nos cultures, tout en répondant aux exigences de la rotation des cultures.

Guillaume Allyson, responsable du développement commercial et des ventes chez Pro-Bio

En 2020, environ 15 acres ont été consacrés à la production de patates douces, et ce chiffre est monté à 40 acres au fil des ans.

Les défis de la culture de la patate douce au Québec

La culture de la patate douce au Québec présente des défis uniques. « C’est un légume tropical, donc il ne supporte pas le gel », explique M. Allyson. Il faut réchauffer la terre pour permettre à la culture de se développer correctement. Ce processus nécessite l’utilisation de paillis plastique pour réchauffer le sol, une méthode qui n’est pas sans poser des problèmes d’adaptation aux ­équipements existants.

« Les équipements utilisés pour la culture de la patate douce sont souvent développés aux États-Unis, mais ils ne sont pas adaptés aux conditions du Québec », souligne Guillaume. « C’est pourquoi, ajoute-t-il, nous avons développé notre propre planteur semi-automatisé et une récolteuse spécifique aux conditions du Québec. » Ces équipements sont adaptés aux besoins de la ferme et permettent de récolter jusqu’à quatre rangées de patates douces en même temps.

L’importance de l’adaptation au marché local

Au début de son aventure avec la patate douce, Pro-Bio a dû s’adapter à un marché encore peu familier avec ce légume. « La première année, ce n’était pas parfait, raconte Guillaume Allyson, mais notre client, Avril, a été flexible et a accepté de mettre en ­marché notre produit, même si son aspect ne respectait pas les standards habituels. » Cette collaboration avec Avril a été déterminante pour faire découvrir la patate douce bio du Québec au public.

En outre, les défis liés à la commercialisation des produits bio sont bien présents. « Nous avons fait le choix de travailler principalement avec des détaillants locaux, comme les grandes chaînes d’épiceries du Québec, pour rester fidèles à notre marché », précise Guillaume Allyson, qui doit aussi faire face à un volume de commandes plutôt modeste.

La culture de la patate douce – un légume tropical – au Québec nécessite l’utilisation de paillis plastique pour réchauffer le sol.

S’adapter à la réalité bio

L’entreprise se distingue également par sa volonté de maintenir la qualité de ses produits tout en respectant les critères stricts de l’agriculture biologique. « C’est un défi de maintenir des prix compétitifs dans un marché bio où les marges sont parfois plus faibles », explique Guillaume. « On y arrive, dit-il, grâce à notre capacité à nous adapter rapidement aux conditions de marché et à rester proactifs. »

Pro-Bio est également conscient des défis inhérents à la commercialisation biologique, notamment dans le secteur institutionnel. Bien qu’un projet de transformation des patates douces en frites ou en cubes surgelés ait été envisagé, l’entreprise a décidé de l’abandonner en raison de la difficulté à justifier la valeur ajoutée du bio dans un marché axé sur la réduction des coûts. « Le marché institutionnel n’est pas encore prêt à payer la prime du bio », selon lui.

Quant à l’avenir, Guillaume Allyson reste optimiste, mais réaliste. « Nous avons des projets d’élargissement et de développement de notre marché, mais toujours dans une logique organique et progressive », dit-il. Pro-Bio continue à se concentrer sur le marché local québécois, avec des objectifs d’expansion vers d’autres provinces de l’est du Canada et une croissance continue dans la grande distribution. « Pour l’instant, nous n’avons pas ­l’intention de viser les États-Unis, mais si l’opportunité se présente, nous y réfléchirons », conclut-il.