Pierre-Luc Barré et Virginie Bourque ont été couronnés Jeunes agriculteurs d’élite du Canada, section Québec, au début de l’année. Photos : Marie-France Létourneau
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S'abonner maintenantPierre-Luc Barré carbure aux défis. Ce n’est donc pas étonnant qu’il se soit lancé dans la culture de pommes de terre en 2012, même si les sols de sa ferme à Saint-Damase, en Montérégie, ne sont pas idéaux. Aujourd’hui, il a non seulement gagné son pari, mais il planche sur différents projets qui lui permettront d’optimiser davantage ses opérations.
La réduction des pertes et du gaspillage alimentaire est entre autres dans la mire du producteur et de sa conjointe, également partenaire d’affaires, Virginie Bourque.
Des initiatives en ce sens devraient être mises de l’avant à l’automne 2025, laissent entendre les deux producteurs, couronnés Jeunes agriculteurs d’élite du Canada, section Québec, au début de l’année. Le couple participera à la grande finale canadienne en novembre, à Toronto.
« Il y a environ 10 % de rejets pour lesquels on n’est pas payés, soit par le transformateur ou parce qu’on l’a déclassé ici, à la ferme, explique Pierre-Luc Barré, 36 ans. Il y a des saisons où ça peut être 15 %. Ça vaut la peine de se pencher là-dessus. »
Le duo a visiblement une idée précise de ce qu’il envisage de faire, mais il préfère attendre que tout soit ficelé avant de lever le voile sur ses projets. Chose certaine, il souhaite « faire différent ». « Ça reste notre minding », lance Pierre-Luc Barré, qui a succédé à son père Yves, à la barre de la ferme qui porte le nom de ce dernier.

Rendement
En matière de production maraîchère, la famille Barré n’a jamais craint la diversité. Des betteraves à sucre, des artichauts, des piments forts et des oignons espagnols, notamment, ont poussé sur ses terres, à différentes époques.
Depuis 2012, la pomme de terre y est toutefois reine. Initiée sur une superficie de 12 hectares, la production s’étendra en 2025 sur environ 180 des 510 hectares en culture de la ferme. Du maïs sucré, du maïs-grain, du soya et des haricots y sont également récoltés. Une part grandissante est accordée aux engrais verts.
Si la pomme de terre a la réputation de bien pousser dans des sols sableux, Pierre-Luc Barré a fait la démonstration qu’il est également possible d’obtenir de bons rendements avec un sol de type loam argileux. À la condition d’avoir les équipements appropriés, précise-t-il toutefois.
C’est l’enjeu qu’on vit. Il faut être suréquipés pour les surfaces qu’on veut faire, avec le type de sol qu’on a. Mais, en même temps, ça nous permet, sur une moyenne olympique, d’avoir des rendements qui battent le modèle québécois.
La Ferme Yves Barré affiche des rendements de 1 038 quintaux à l’hectare, contre une moyenne nationale de 787. Ses pommes de terre sont exclusivement destinées au marché de la transformation, celui des frites congelées en particulier.
Équipements de pointe
Au cours de la dernière décennie, les producteurs maraîchers de Saint-Damase se sont par ailleurs donné les moyens de leurs ambitions en investissant entre autres dans la construction d’entrepôts à atmosphère contrôlée et d’une récolteuse automotrice sur chenille.
Ils affirment en outre avoir été les premiers en Amérique du Nord à acquérir un trieur optique en 2023. L’équipement, qui a tout d’une usine mobile grand format, a propulsé la productivité de la ferme. « Ça a été notre meilleur investissement », calcule Pierre-Luc Barré.
Celui-ci ne détaille pas les sommes investies, mais, depuis 2012, les actifs de l’entreprise ont grimpé de 5,1 M$ à 15 M$, dit-il.
Autre donnée : le BAIIA (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements) est de 25 % en moyenne depuis 2019, et ce, même si la météo a fait des siennes certaines années. « Selon nous, c’est excellent pour la production de pomme de terre », estime le producteur.
Question d’amortir ses équipements avec d’autres cultures, la Ferme Yves Barré effectuera d’ailleurs des tests. Elle cultivera cette année des betteraves rouges sur cinq hectares. La culture de carottes pourrait aussi être mise à l’essai.

Accès aux terres
Pour l’heure, l’accès aux terres demeure cependant l’enjeu principal, selon Pierre-Luc Barré. Cet accès à des superficies supplémentaires vise à faciliter l’essentielle rotation des cultures. « Ce n’est pas évident, dit-il. On essaie d’échanger, de louer et d’acheter [des terres] un peu. »
Le défi en est un de taille, car, à terme, la ferme souhaite atteindre 1 000 hectares en culture, dont 200 en pommes de terre. « On a encore un bout à faire », laisse tomber l’agriculteur.
Celui-ci est par ailleurs impliqué au sein des Producteurs de pommes de terre du Québec, à titre de premier vice-président, en plus de présider la division prépelage du regroupement. Cet engagement lui permet de demeurer à l’affût de tout ce qui bouge dans le secteur.
Selon lui, le chaos économique entraîné par l’entrée en poste du président américain Donald Trump n’est pas sans susciter de l’inquiétude. « Environ 50 % des volumes de pommes de terre du Québec sont exportés aux États-Unis », affirme le producteur.
Depuis l’ajout en 2018 de quelque 20 000 pieds carrés d’entrepôts, le travail de la famille Barré a d’ailleurs bien changé. « Avec les entrepôts, on a des patates à l’année, tandis qu’avant, il fallait tout livrer à l’automne », précise Virginie Bourque.
Détail : la variété de pommes de terre rouges Chieftain a la faveur populaire à la Ferme Yves Barré. Elle représente environ 70 % des tubercules récoltés.
« C’est devenu notre chouchou, au fil des ans, parce qu’elle performe bien, même dans des conditions pas toujours faciles, dit Pierre-Luc Barré. Certains ont de la difficulté à l’entreposer, mais – je touche du bois – ça va très bien pour nous. »

De la place pour la relève
Pour assurer la croissance de leur entreprise, Pierre-Luc Barré et Virginie Bourque affirment ne pas craindre de consulter et de s’entourer de gens compétents.
« Je ne dors pas toujours très bien, reconnaît l’agriculteur. Il y a parfois des mauvaises saisons et des taux d’intérêt qui nous donnent du fil à retordre. Mais il faut toujours rester créatifs. »
Le couple, qui a trois filles âgées de 8, 10 et 11 ans, voit d’ailleurs loin. « C’est un peu pour ça que j’ai la pédale dans le plancher, affirme Pierre-Luc. Je veux leur monter quelque chose d’assez gros pour qu’il y ait de la place pour tout le monde et que chacun ait sa sphère. »