Pommes de terre 26 mars 2025

Pomme de terre : après une saison favorable, l’incertitude plane

Le Canada et le Québec ont enregistré des résultats positifs en 2024. Néanmoins, la prochaine saison s’annonce incertaine, notamment en raison de la menace tarifaire au sud de la frontière.

En 2024, la production canadienne a augmenté de 1,25 % par rapport à 2023, atteignant 128 173 000 quintaux. 

L’Est du Canada, notamment le Nouveau-Brunswick (14,3 %) et le Québec (27,84 %), a connu une meilleure saison en 2024, souligne Victoria Stamper, directrice générale chez Producteurs unis de pommes de terre du Canada (UPGC). 

Par contre, l’Ouest a subi des baisses de récolte en raison de la météo, entre autres le Manitoba (-6,6 %) et l’Alberta (-6,2 %).

Victoria Stamper, directrice générale des Producteurs unis de pommes de terre du Canada

La transformation en tête

Mme Stamper signale l’importance qu’a pris le secteur de la transformation au Canada (68 % de la production), surtout dans l’Ouest. En termes de superficie ensemencée, l’Alberta (76 500 acres) et le Manitoba (78 600 acres) s’approchent de l’Île-du-Prince-Édouard (85 300 acres). Cependant, le taux de croissance a légèrement diminué, passant de 3 à 5 % par année à 1 à 2 % par année maintenant.

La demande pour la croustille se maintient, « avec une croissance des marques privées ». En ce qui a trait aux semences, « après deux ans de déclin dans les acres certifiés, on a vu une augmentation en 2024 », annonce la DG.

Les variétés historiques diminuent, remplacées par des nouvelles à cause des changements climatiques et de plus gros rendements

Victoria Stamper, directrice générale chez Producteurs unis de pommes de terre du Canada

Quant au secteur de la table, où la demande est stable, « on a eu une bonne récolte en 2024 ». 

Une baisse de la production aux États-Unis

Aux États-Unis, la production a diminué de -5,06 %, passant de 440 132 quintaux en 2023 à 417 848 quintaux en 2024. L’Idaho et Washington, qui représentent 56 % de la production totale, ont connu une baisse respective de -5,65 % et de -3,84 % en 2024. Selon Mme Stamper, cette baisse s’explique principalement par la diminution de la superficie plantée dans le secteur de la transformation. 

En revanche, dans l’Est américain, plus précisément dans le Maine, qui s’est orienté davantage vers la transformation, la production a augmenté de 8,68 %. 

La menace tarifaire et la faiblesse du huard

« Selon la plus récente décision [en date du 6 mars 2025], les pommes de terre canadiennes sont exemptées temporairement de la liste des produits visés par les droits de douane américains, puisqu’elles figurent dans l’ACEUM », déclare Victoria Stamper. D’après elle, avant même de prendre en compte les tarifs douaniers, c’est la faiblesse du dollar canadien par rapport au dollar américain qui désavantage les producteurs canadiens lorsqu’ils achètent des intrants et des équipements aux États-Unis.

Quant à l’imposition possible des droits de douane, la DG affirme que l’industrie devrait se concentrer sur ce qu’elle peut contrôler, rester unie et discuter des options possibles. « Tarifs ou pas, dit-elle, à long terme, de telles discussions sont utiles afin d’explorer d’éventuelles opportunités ailleurs qu’aux États-Unis. »

La grande question est évidemment de savoir si les Américains continueront d’acheter au Canada avec un tarif douanier de 25 %. « Côté table, l’Est des États-Unis ne produit pas nécessairement assez de pommes de terre pour son propre marché. Donc, les Américains devraient continuer d’acheter au Canada, car avec le prix du transport, ils ne vont peut-être pas se tourner vers l’Idaho à l’Ouest. »

Au Canada, rappelle Mme Stamper, les exportations surpassent les importations. « Pour le secteur de la table, le ratio est approximativement de 4:1, tandis que pour le secteur de la transformation, il est de 20:1. »

Pour les semences, la situation est différente. « On exporte beaucoup de nos semences au sud de la frontière, surtout l’Alberta et la Colombie-Britannique, mais on en importe aussi pour certaines variétés utilisées pour les croustilles qu’on ne produit pas assez. »

Dans le contexte actuel, la principale difficulté pour les producteurs canadiens réside dans les intentions de plantation pour cette année, conclut Victoria Stamper.

Sarah-Maude Larose, directrice de mise en marché des Producteurs de pommes de terre du Québec.

Une meilleure saison au Québec 

Selon Sarah-Maude Larose, directrice de mise en marché chez les Producteurs de pommes de terre du Québec (PPTQ), « la saison 2024 a été meilleure qu’en 2023, bien que cela reste partagé d’une région à l’autre », principalement en raison des conditions météorologiques. 

Cela dit, « en compilant les données de production globale, les volumes sont supérieurs à la moyenne 5 ans de 6 % ».

Quatre secteurs en bonne santé 

Dans la table, 90 % des volumes en épicerie proviennent du Québec. Dans cette catégorie, les volumes sont en hausse, particulièrement dans les variétés jaunes, connues pour offrir de meilleurs rendements que les autres types de patates, indique Mme Larose.

Dans le secteur de la croustille, la consommation se maintient. Comme au Canada, les marques privées sont en croissance au Québec.

C’est une tendance qui se démarque dans le contexte économique actuel. Les consommateurs recherchent un prix.

Sarah-Maude Larose, directrice de mise en marché des Producteurs de pommes de terre du Québec

Dans le prépelage, « les volumes ont augmenté, entre autres pour répondre aux besoins des transformateurs ».

Enfin, la demande de semences demeure également soutenue année après année. « Par contre, précise-t-elle, nos volumes sont stables parce que les producteurs sont limités par les fenêtres d’expédition durant la saison. »

Dans le secteur de la croustille, la consommation se maintient. Comme au Canada, les marques privées sont en croissance au Québec. Photo : Shutterstock

Sous le signe de l’incertitude

À l’instar des producteurs canadiens, l’incertitude plane sur la saison 2025 pour les producteurs québécois à cause de la menace tarifaire au sud de la frontière.

Selon des données compilées par les PPTQ, 25 % de la production québécoise est exportée vers les États-Unis. Le prépelage et la table constituent les deux plus importants secteurs d’exportation vers les États-Unis, et sont donc à risque.

Sarah-Maude Larose souligne toutefois que le Québec est un exportateur net de pommes de terre, tandis que les États-Unis sont des importateurs nets. Les besoins des Américains et la proximité de la province avec leurs bassins de consommateurs donnent au Québec un avantage compétitif, fait-elle valoir. Néanmoins, les coûts des producteurs pourraient augmenter à cause des intrants, équipements et pièces de machinerie principalement importés des États-Unis. En outre, si les clients américains cessent éventuellement de s’approvisionner au Québec et dans les autres provinces, les producteurs devront écouler leurs productions dans deux gros bassins de consommateurs, soit l’Ontario et le Québec, ce qui pourrait mettre le marché sous pression.

Sur la scène mondiale

L’Europe a été affectée par des conditions météorologiques défavorables en 2024, mais s’attend à une augmentation de la superficie plantée de 4 % en 2025, mentionne Victoria Stamper.

La Chine et l’Inde, les deux plus grands producteurs mondiaux, continuent de croître, surtout dans le secteur de la transformation. « Ils vendent à plus bas prix et prennent des parts de marché, surtout dans les pays asiatiques, mais pas encore en Amérique du Nord », indique-t-elle.

Alors que beaucoup de frites européennes sont importées aux États-Unis, le groupe belge Agristo implantera une usine de transformation dans le Dakota du Nord, qui devrait être opérationnelle en 2028.

« Selon nos sources, deux entreprises indiennes sont aussi intéressées à s’installer aux États-Unis », révèle Mme Stamper.