Depuis la fermeture de l’abattoir d’Olymel à Vallée-Jonction et la baisse des capacités d’abattage au Québec, plusieurs producteurs de porc de l’Ontario, qui faisait abattre leurs animaux ici, ont dû se tourner vers les États-Unis, indique René Roy, président du Conseil canadien du porc. Photo : Martin Ménard/Archives TCN
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S'abonner maintenantLes producteurs porcins canadiens ne sont pas tous touchés de la même manière par les tarifs américains. « Ça dépend vraiment de chaque province, parce que le modèle d’affaires est souvent dicté par la géographie », signale l’éleveur René Roy, qui préside le Conseil canadien du porc (CCP).
La situation serait plus critique en Ontario, qui exporte un million de porcs vivants par année vers des abattoirs au sud de la frontière. Ces porcs étaient auparavant abattus au Québec, mais depuis la fermeture de l’usine Olymel de Vallée-Jonction, les éleveurs ontariens ont dû trouver un autre endroit pour faire transformer leurs animaux, rapporte M. Roy.
Aller aux États-Unis était alors une option raisonnable, mais là, avec les tarifs de 25 %, ça les met dans une situation très difficile. C’est clair qu’on tombe dans des marges qui sont rouges et que c’est impossible de pouvoir fonctionner à long terme avec des marges comme ça. S’il n’y a pas de soutien à l’industrie, il y en a qui vont devoir faire face à des choix qui seront difficiles.
René Roy signale que des travaux sont déjà en cours pour augmenter la capacité d’abattage à l’échelle canadienne, notamment en Ontario, mais que cela ne règle pas le problème à court terme, puisque le développement de telles infrastructures est long.
Entre-temps, le CCP a demandé au gouvernement fédéral d’aider l’industrie porcine en priorité, puisque contrairement à d’autres types de productions manufacturières, « il faut que les animaux sortent ». « Les producteurs ne peuvent pas retenir les porcs très longtemps », précise son président.
Les producteurs québécois, de leur côté, s’en sortiraient, pour l’instant, assez bien parce que peu de porcs vivants sont abattus en dehors des frontières. La Saskatchewan, l’Alberta et le Manitoba exportent, quant à eux, surtout des porcelets vivants vers les États-Unis, mais ce marché « est pour le moment très lucratif, avec une forte demande, ce qui amoindrit l’effet des tarifs sur les marges de profits des producteurs », résume M. Roy.
Du côté de la transformation, il précise que le CCP a déjà eu plusieurs rencontres avec les principaux joueurs canadiens pour évaluer leur préparation face aux tarifs, et que la plupart ont été capables de s’adapter en trouvant, « quoique pas toujours facilement », des solutions de rechange.
De plus, les contre-tarifs annoncés par le gouvernement fédéral sur la viande de porc en provenance des États-Unis pourraient aider les produits des transformateurs canadiens à être plus compétitifs sur les tablettes, dans l’éventualité où les coûts de production, tant du côté de l’élevage que de la transformation, augmenteraient.
« C’est sûr que si les États-Unis servent leur marché domestique en premier, ça devrait aussi créer un effet de vacuum sur d’autres marchés comme le Mexique ou l’Asie. Ça devient une porte pour réorienter nos produits canadiens », précise M. Roy, qui rappelle toutefois que ces marchés d’exportation risquent d’être moins payants que le marché des États-Unis, notamment pour des questions de coût de transport.
Des craintes face à la hausse possible des coûts de la moulée
Le président des Éleveurs de porcs du Québec, Louis-Philippe Roy, craint que les contre-tarifs imposés par le Canada sur plusieurs produits d’importation en provenance des États-Unis, dont les céréales, fassent bondir le coût de l’alimentation des porcs. « L’AQINAC [Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière] a déjà identifié une liste de produits qui font partie de l’alimentation des animaux pour demander qu’ils soient exclus des contre-tarifs, parce que sinon, on va avoir des coûts de production plus élevés et ça va créer de l’inflation », signale-t-il. Une situation également redoutée par le président du Conseil canadien du porc, René Roy, qui estime que les éleveurs canadiens pourront néanmoins se débrouiller avec plusieurs aliments produits au pays.