Déneigement Forget est actif dans les secteurs de Saint-Hippolyte, Sainte-Sophie et Saint-Jérôme. Photo : Gracieuseté de Déneigement Forget
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S'abonner maintenantEmbaucher de la main-d’œuvre qualifiée – et, surtout, fiable — demeure un parcours du combattant pour les entreprises en déneigement, un secteur où les horaires de travail instables compliquent la donne. Mais le contexte économique actuel et la bonification des taux horaires offerts semblent faciliter, un tant soit peu, l’exercice.
« Depuis l’année passée, les taux d’intérêt ont grimpé et les gars, et leurs familles, commencent à avoir besoin d’un peu plus d’argent, analyse Audrey-Claude Lemaire, de Déneigement Forget. Le 10 000 $ ou 12 000 $ de plus qu’ils (les déneigeurs) peuvent faire durant l’hiver peut faire une différence. »
« De mon côté, je trouve que c’est un peu moins difficile (de recruter) depuis deux ans », affirme celle qui travaille avec son conjoint Olivier Forget, et le frère de ce dernier, Francis. Producteurs laitiers dans les Basses-Laurentides, ils offrent un service de déneigement résidentiel et commercial dans les secteurs de Saint-Hippolyte, Sainte-Sophie et Saint-Jérôme.

Déneigement Forget emploie cinq opérateurs pour la saison hivernale. Il ne restait d’ailleurs plus qu’une embauche à faire, au moment de l’entrevue avec L’UtiliTerre. « On est en août et l’équipe est presque complète, se réjouit Audrey-Claude Lemaire. Des fois, j’ai dû attendre jusqu’en octobre. C’était pas mal plus stressant. »
« Des gens qui veulent travailler, il y en a, réagit le vice-président de l’Association des déneigeurs résidentiels et commerciaux du Québec (ADRCQ) et propriétaire des Entreprises Jeroca, Jean-Roch Cardinal. Mais, des fois, ils ne se présentent pas ou ils n’ont pas toutes les compétences nécessaires. La main-d’œuvre qualifiée demeure difficile à trouver. »
Une opinion partagée par Valérie Lavigne, qui œuvre comme gestionnaire administrative chez Déneigement KPM, à Mascouche. À la fin août, l’entreprise, propriété de Kevin Poulin, conjoint de Mme Lavigne, cherchait de huit à dix personnes pour compléter son équipe de 50 travailleurs.
Il va peut-être falloir qu’on en recrute 15 au total parce qu’il y en a toujours de cinq à six qui abandonnent à la première tempête.

Un frein, des bonifications
La situation pourrait toutefois être bien différente, si les règles de l’assurance-emploi étaient moins restrictives, estiment les intervenants sondés.
À l’heure actuelle, les prestations d’un employé de la construction, par exemple, qui profite de l’assurance-emploi durant l’hiver, peuvent être amputées de moitié, s’il travaille quelques heures par semaine comme déneigeur.
La situation est loin d’être nouvelle. L’ADRCQ plaide depuis quelques années auprès des autorités fédérales afin que les règles soient assouplies pour les travailleurs en déneigement. Mais les résultats tardent à se manifester, déplore le vice-président du regroupement, Jean-Roch Cardinal, de Saint-Jérôme.

Dans les circonstances, les entreprises en déneigement ont entrepris depuis quelques années de bonifier les conditions salariales de leurs employés. Cette hausse, additionnée notamment au coût élevé des équipements, n’a d’ailleurs pas manqué de se refléter sur le prix des contrats.
« On dépasse le 30 $ de l’heure pour les opérateurs, affirme M. Cardinal. En bas de 30 $, il n’en reste plus beaucoup. Et, dans mon cas, je paie le même salaire pour les pelleteurs, s’ils ont un permis de conduire et peuvent conduire un pick-up ou un véhicule. »
Déneigement KPM offre, pour sa part, un taux horaire minimal de 30 $ et peut atteindre jusqu’à 40 $ pour un opérateur qui a fait ses preuves. L’entreprise garantit également de 200 à 250 heures pour la saison et met l’accent sur « l’effet de gang, de famille », souligne Valérie Lavigne.
L’entreprise offre des récompenses, des déjeuners et des vêtements. « La reconnaissance est importante », dit Mme Lavigne.
Les opérateurs de Déneigement Forget profitent pour leur part d’un taux horaire oscillant entre 40 et 45 $, en plus de se voir garantir 200 heures de travail par année.
« Ceux qui sont avec nous depuis longtemps gagnent 60 $ de l’heure, dit Audrey-Claude Lemaire. Ça semble gros, mais, en même temps, sur 200 heures, ce n’est rien. Je n’ai pas le choix de payer ce prix-là, si on veut les garder avec nous. »
Croître ou pas?
Active dans le déneigement depuis environ un demi-siècle, la famille Beauchemin, des Fermes JN Beauchemin et fils, à Saint-Ours, près de Sorel, compte surtout sur les membres de la famille élargie pour opérer ses six tracteurs et sa saleuse durant l’hiver, explique Renaud Beauchemin.
Selon lui, les opportunités pour prendre de l’expansion, surtout pour des contrats de travaux manuels (pelletage), ne manquent pas. Mais la famille de producteurs laitiers, qui veille entre autres au déneigement du stationnement de l’hôpital de Sorel, a volontairement choisi de limiter la croissance de ses services hivernaux.

« C’est tellement complexe et difficile qu’on préfère le statu quo », dit Renaud Beauchemin.
Chez les Forget, de Saint-Jérôme, c’est l’intérêt de la relève qui incite les propriétaires actuels à poursuivre l’aventure. « Nos fils sont à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec, explique Mme Lemaire. Ils ont aussi un intérêt pour tout ce qui est mécanique. C’est la raison pour laquelle on ne lâche pas. Des fois, on ne se le cachera pas, on aimerait juste regarder la neige tomber. »
Jean-Roch Cardinal et Valérie Lavigne affirment pour leur part viser la croissance. Le premier, qui offre un service de balayage durant l’été, a acheté un immeuble industriel pour entreposer ses équipements et être propriétaire, plutôt que locataire, tandis que la seconde et son conjoint ont fait le grand saut il y a cinq ans en passant de 8 à 36 tracteurs. Leur flotte en compte désormais 48.
L’abandon de trajets par certains de leurs compétiteurs est notamment à l’origine de la croissance de Déneigement KPM. « L’entrepreneuriat, c’est excitant, dit Mme Lavigne. Mais c’est aussi un énorme stress. Je peux comprendre que ça peut être lourd pour certains entrepreneurs. »
Selon elle, les soubresauts parfois extrêmes de la météo mettent sa volonté, ainsi que celle de son conjoint, à rude épreuve. Mais, à la veille d’une nouvelle saison hivernale, la flamme demeure intacte, assure-t-elle.