Volailles 26 juin 2025

Des poulaillers plus clairs pour réduire le stress des oiseaux

Le système d’éclairage à la DEL récemment installé dans le poulailler de Fanny Gauthier-Patoine, productrice d’œufs de consommation à Saint-Adrien, en Estrie, reproduit un éclairage d’une intensité semblable à celle du soleil, sans scintillement et uniforme dans tout le bâtiment.

Depuis qu’elle a fait l’acquisition d’un système d’éclairage à la DEL il y a quatre ans, la productrice d’œufs Fanny Gauthier-Patoine a notamment constaté des effets positifs sur la productivité de ses oiseaux. Photo : Gracieuseté de Fanny Gauthier-Patoine

« Quand le monde entre, il s’exclame : “Oh, mon doux, c’est bien trop clair ici!” Mais je les invite à venir marcher avec moi pour observer les poules, qui sont super calmes », rapporte la productrice.

Traditionnellement, c’est plutôt un éclairage plus bas qui était privilégié pour réduire l’agressivité des oiseaux entre eux. Or, cette idée est requestionnée par des fabricants de systèmes d’éclairage de nouvelle génération [voir le texte ci-contre], comme Guy Courcelle, qui a développé le système Blue Line il y a une quinzaine d’années. « Il faut s’imaginer que l’oiseau, quand il vivait dehors, il vivait en dessous de 60 000 à 100 000 lux [unité de mesure du flux lumineux par unité de surface], soit l’éclairage moyen du soleil. Quand vous rentrez dans certains bâtiments d’élevage en Amérique du Nord, en Europe aussi au départ, mais moins maintenant, on a des luminosités qui vont de 5 à 20 lux », compare-t-il. Selon lui, les oiseaux paraissent effectivement plus calmes dans la pénombre, mais ce genre d’environnement reste stressant pour eux. « Il faut savoir que le noir est une source de stress pour plusieurs animaux, qui se sentent plus facilement vulnérables face aux prédateurs. Alors, en apparence, oui, vos poulets ont l’air calmes, car ils ne bougent pas trop, mais c’est la nature qui veut ça. Ils se disent : “Si je n’bouge pas, mon prédateur n’me voit pas.” Or, dans un tel environnement, automatiquement, le stress bondit et le rythme cardiaque est dans le plancher. » Les programmes d’éclairage qu’il conçoit pour les bâtiments de poulet de chair, par exemple, sont programmés pour atteindre 120 lux au démarrage des poussins, alors que les façons de faire d’il y a 20 ans tournaient autour de 40-50 lux, soit « trois fois moins », souligne-t-il. 

Bien-être et appétit vont aussi de pair

Un éclairage sombre est souvent encore privilégié puisqu’il favorise un gain de poids des oiseaux, remarque de son côté Alain Perron, consultant en éclairage agricole pour l’entreprise Purrple. « C’est vrai et c’est faux en même temps. Les oiseaux moins actifs vont engraisser plus vite, mais si on stimule leur activité avec l’éclairage, on stimule aussi l’appétit, et en plus, ils vont avoir une meilleure ossature, une meilleure circulation », donne-t-il en exemple.

Cette nouvelle approche de l’éclairage agricole s’appuie donc sur le principe qu’en reproduisant un éclairage plus proche du soleil, auquel l’oiseau serait exposé en vivant dehors, l’environnement du bâtiment favorisera un meilleur bien-être, et, par ricochet, de meilleures performances.

Pour avoir une bonne productivité, on est obligés d’avoir un très bon contrôle sur le stress animal, et ça passe aussi par l’éclairage.

Guy Courcelle
Guy Courcelle

« C’est prouvé que de hauts taux de cortisol, produit avec le stress, affectent le métabolisme. Donc en diminuant le stress, on améliore aussi la conversion des aliments, et donc les performances », résume M. Courcelle. Bien entendu, l’éclairage fait partie d’un tout, rappelle-t-il, et ne garantit pas un succès à lui seul, mais en le combinant aux autres éléments de base, comme la bonne qualité de nourriture, de l’air et de l’eau, « ça peut maximiser les performances et devenir un allié », soutient-il. 

Selon la productrice d’œufs Fanny Gauthier-Patoine, c’est d’abord la simplicité d’utilisation de ces nouveaux systèmes d’éclairage, les économies d’énergie qu’ils permettent et leur durée de vie qui l’ont attirée quand est venu le temps de choisir son équipement lors de la construction de son poulailler, il y a environ quatre ans. « Les lumières étaient un peu plus chères, mais il y avait une subvention d’Hydro-Québec », spécifie-t-elle. À l’usage, elle a toutefois constaté des effets positifs sur la productivité de ses oiseaux. « Mes résultats sont super bons. J’ai peu d’œufs fêlés et en l’espace de trois ans, j’ai pu faire passer les poules d’un cycle de ponte de 12 mois à 15 mois. Il y a d’autres éléments qui entrent en ligne de compte, mais je suis persuadée qu’il y a une différence au niveau de la production à cause de l’éclairage », déduit-elle.