Philippe Doucet
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S'abonner maintenantLa vente de Ferme d’Hiver et le démantèlement de la ferme hydroponique G.S.P.M., deux fermes verticales commerciales subventionnées par les gouvernements, ont suscité le mécontentement de plusieurs producteurs agricoles. Ces fermes ont interrompu leurs activités moins de deux ans après leur mise en service.

À Magog, en Estrie, le producteur maraîcher de proximité Claude Erb s’est dit révolté d’apprendre que Ferme d’Hiver, une entreprise spécialisée dans la production de fraises en bâtiment fermé, a reçu une aide financière de plus de 32 M$ du gouvernement du Québec.
Puis, quand on a appris que c’était en vente parce qu’il y avait des problèmes de survie de cette ferme-là, on était encore plus choqués. On se demande si quelque part, avant de donner de l’argent, [les responsables au gouvernement] étudient les plans d’affaires. Nous, quand on installe notre ferme, on regarde s’il y a viabilité. Mais eux, on dirait qu’ils distribuent de l’argent sans s’en occuper.
Michaël Rouleau, un producteur en serres ornementales de Saint-Michel, en Montérégie, est amer de voir que de grosses compagnies reçoivent d’importantes subventions du gouvernement provincial alors qu’il a peiné à obtenir des fonds du ministère de l’Agriculture pour un projet de chauffage de ses installations en 2023. Il explique que le ministère a d’abord refusé son projet de 1,8 M$ en prétextant sa non-viabilité. Il a fallu attendre près de deux ans pour qu’une demande de révision lui permette finalement d’obtenir une subvention de 233 000 $. « Oui, il y a de la grogne quand tu entends que des compagnies comme Ferme d’Hiver reçoivent des millions du gouvernement, que finalement [c’est à vendre] et que tu entends parler à gauche et à droite qu’il est non viable. C’est tellement d’investissements pour ce que ça rapporte, alors que moi, tous les chiffres étaient là et je me suis fait refuser alors que ce n’était pas [un gros montant] », mentionne le producteur de 37 ans, qui a bâti son entreprise de A à Z depuis 2010.
Philippe Doucet a 40 ans. La prime à l’établissement pour la relève de La Financière agricole du Québec vient de lui glisser entre les doigts. Pourtant, il tente de l’obtenir depuis cinq ans pour l’aider à exploiter une petite ferme d’élevage à Trois-Rivières, en Mauricie. « Ils ne considèrent pas que notre entreprise est suffisamment rentable, déplore le producteur. Mais après, tu vois des projets comme [Ferme d’Hiver] et visiblement, c’est beaucoup plus facile au Québec de demander 32 M$ pour un projet complètement champ gauche, qui va faire plaisir et qui va permettre de prendre de belles photos, plutôt que de donner 320 fois 100 000 $ à des petites entreprises pour qui ça changerait la vie! » En 2024, l’entreprise a enregistré 45 000 $ de revenus bruts.