Ovins 7 février 2025

Dans l’ombre des plus gros transformateurs

BROMONT – Depuis quelques mois, le troupeau de 80 brebis laitières de Matvei Sosnovski et Nadya Kravchenko, propriétaires de la fromagerie Brebis de Bromont, en Estrie, ne fournit plus à la demande. Certains des fromages fermiers transformés par le couple gagnent en popularité auprès d’une clientèle croissante qui découvre les avantages de ce type de produits. 

« On cherche à augmenter nos volumes en achetant du lait produit dans d’autres fermes, mais on n’est pas capables d’en trouver. Les producteurs sont fidèles à leur fromagerie. Donc, on est un petit peu coincés », rapporte l’éleveuse. Les quatre appels lancés sur les réseaux sociaux, dans les derniers mois, sont restés lettre morte.

C’est que le lait de brebis est recherché, avec de plus gros transformateurs comme la Fromagerie Nouvelle France, qui cherchent aussi à faire croître leur production de fromages. Sans compter que les producteurs préfèrent généralement conclure des ententes d’approvisionnement avec les plus gros transformateurs « pour la stabilité que cela leur offre », indique Tommy Lavoie, parmi les plus gros producteurs de lait de brebis de la province, avec un cheptel de 250 brebis laitières.

La fromagerie Brebis de Bromont, de son côté, compte sur un troupeau de 80 têtes, qui pourrait éventuellement être augmenté à 100, le maximum que peut accueillir la bergerie. Or, la fromagerie a la capacité de transformer le lait d’environ 200 brebis, signalent les propriétaires. Dans ce contexte, ils songent à se tourner vers le lait de vache pour compléter leur production de fromage, à défaut de pouvoir se procurer du lait de brebis provenant d’une autre ferme.

C’est clair que ce serait bien d’augmenter le nombre de producteurs [de lait de brebis], parce que le marché est là et la demande est là. Nous, on est même prêts à payer un petit extra pour acheter le lait d’autres producteurs.

Nadya Kravchenko, co-propriétaire de la fromagerie Brebis de Bromont

De la ville à la campagne

Originaire d’Europe de l’Est, lui de Russie et elle du Kazakhstan, le couple n’avait aucune expérience en agriculture avant de se lancer dans ce projet, il y a un peu plus de cinq ans. « On ne se qualifiait pour aucun programme d’aide. On a donc tout construit progressivement, avec nos économies », raconte fièrement M. Sosnovski, qui occupe un second emploi dans le secteur de la construction. Il a tout de même suivi une formation de base en production ovine à l’Université Laval avant d’acheter ses premières brebis, alors que sa conjointe a suivi une formation sur la fabrication du fromage. 

Aujourd’hui, leurs produits se vendent bien, mais pas question de doubler la taille de leur troupeau laitier pour rentabiliser leur entreprise, disent-ils. Cela impliquerait de trop gros investissements en temps et en argent. « On préfère rester petit et miser sur le développement du côté agrotouristique, car on est dans un coin parfait pour ça », spécifie M. Sosnovski.

Malgré les nombreuses heures de travail, les deux producteurs ne regrettent pas leur choix d’avoir quitté la ville pour vivre leur rêve à la campagne, surtout pour leurs quatre enfants, qui sont leur principale source de motivation, disent-ils.

Le burduf, un fromage inspiré d’une recette roumaine, se vend comme des petits pains chauds à la fromagerie Brebis de Bromont. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Le burduf, un fromage inspiré d’une recette roumaine, se vend comme des petits pains chauds à la fromagerie Brebis de Bromont. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Un fromage roumain concocté à la demande de leurs clients

Parmi les produits chouchous de la fromagerie Brebis de Bromont, le burduf est un formage d’origine roumaine qui a été développé par Matvei Sosnovski et Nadya Kravchenko à la demande de leurs clients européens, qui cherchaient à retrouver le goût de leur enfance. Après quelques tests, les fromagers sont arrivés à un goût très proche du produit d’origine, estiment-ils. « Un de nos clients nous a confié qu’il n’avait pas mangé de fromage burduf comme ça depuis 15 ans », confie M. Sosnovski. Selon lui, la fraîcheur de leur produit se distingue des produits importés, lesquels sont aussi souvent « fabriqués avec un mélange de lait de brebis et de lait de vache pour réduire les coûts », soutient-il. Ce fromage frais, en forme de boule à la texture soyeuse et semi-ferme, a une saveur parfois prononcée selon la technique de fabrication, et légèrement salée. Il était traditionnellement fabriqué par des bergers dans les montagnes.