Selon projections des PLQ basées sur leurs données historiques, il ne pourrait rester que 3 551 fermes laitières d’ici 2030, alors qu’on en dénombre 4 333 actuellement. Photo : Shutterstock
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S'abonner maintenantLes investissements que requiert la mise aux normes pour le bien-être animal seront une bouchée difficile à avaler pour les petites fermes de 50 kilos de quota et moins, constatent Les Producteurs de lait du Québec (PLQ) et des conseillers en gestion. Si certaines de ces entreprises sont en bonne position financière pour passer au travers, la disparition de plusieurs autres, plus endettées, est appréhendée.
« Les petites fermes peuvent être résilientes, mais ça reste que ce sont des investissements majeurs pour elles. Celles qui sont très endettées, qui n’ont jamais vraiment fait de modernisation des installations avant, celles-là, à mon avis, sont menacées », croit le directeur général du Groupe multiconseil agricole Saguenay–Lac-Saint-Jean, Denis Larouche.
D’ici 2027, les vaches ne pourront plus être attachées continuellement. À au moins une période de leur cycle de production, elles devront avoir la possibilité de se mouvoir. Pour répondre à cette exigence, plusieurs éleveurs font des ajustements afin que leurs vaches taries et leurs taures soient logées en stabulation libre. D’ici 2029, par ailleurs, tous les vêlages devront se faire en stabulation libre, dans des cours ou des pâturages. Depuis l’an dernier, les veaux ne peuvent plus être attachés à l’intérieur.
Des départs appréhendés
Selon des projections des PLQ présentées aux producteurs lors des réunions d’information organisées dans les régions, il pourrait ne rester que 3 551 fermes laitières d’ici 2030, alors qu’on en dénombre 4 333 actuellement. Environ 70 % des départs sont susceptibles d’être des fermes de 50 kilos de quota et moins.
Les coûts importants à assumer pour la mise aux normes en matière de bien-être animal font partie des éléments pris en compte dans cette estimation.
Selon un portrait réalisé en 2020-2021 par Valacta auprès de 2 100 fermes, 69 % des entreprises possédant 50 vaches et moins avaient des investissements à faire pour se conformer aux nouvelles exigences. Du côté de celles possédant plus de 150 vaches, la proportion était moindre, soit de l’ordre de 50 %.
La conseillère en gestion Caroline Collard, du Centre multi-conseils agricoles, dans Chaudière-Appalaches, témoigne du fait que trois des fermes d’environ 50 kilos de quota qu’elle accompagne ont justement l’intention de vendre d’ici le printemps, plutôt que d’investir pour répondre aux normes.
Oui, on le sent, que ça commence, avec les dates butoirs qui arrivent. Il y a des fermes qui ne seront pas capables, parce qu’elles sont trop serrées financièrement ou parce qu’elles n’ont pas de relève. Les coûts de construction, pour elles, c’est trop un gros step.
Des fermes en bonne posture
Les conseillers en gestion sondés par La Terre indiquent, en revanche, qu’il y a aussi des petites fermes en bonne posture financière pour assumer les investissements. « Il y en a qui vont bien, assure Caroline Collard. Un producteur pour qui ça va bien financièrement, qui a peu de dettes et qui a de la relève ne va pas fermer pour ça. »
Moins d’actifs, plus de dépenses
Une étude menée en 2023 par le Groupe multiconseil agricole Saguenay–Lac-Saint-Jean auprès de 300 fermes de toutes tailles montre que les entreprises de moins de 50 kilos sont celles ayant le plus de dépenses à assumer pour se conformer. De plus grands changements sont requis pour adapter leurs installations, qui, souvent, ont subi peu de rénovations auparavant. En contrepartie, elles ont beaucoup moins d’actifs et de revenus que les plus grosses pour absorber l’investissement.
Quatre groupes de différentes tailles ont été comparés dans cette analyse : 20 fermes de moins de 50 kilos, 114 fermes de 50 à 85 kilos, 139 fermes de 85 à 200 kilos et 32 fermes de plus de 200 kilos.
« On a évalué combien ça pouvait coûter, la ventilation, les parcs de vêlage, les veaux, les vaches taries, etc. On a chiffré que ça représentait au-dessus de 200 000 $ pour les fermes de moins de 50 kilos, dont la valeur d’actifs est de moins de 3 M$ », indique le directeur général, Denis Larouche. En contrepartie, les dépenses pour les fermes de plus de 200 kilos ont été estimées à 150 000 $, avec des actifs de plus de 20 M$.
« L’envergure de l’investissement est beaucoup plus importante pour les petites entreprises », ajoute cet agronome expert en économie agricole. « Souvent, aussi, ce n’est pas un comportement naturel pour elles d’investir ou d’acquérir du quota pour croître », dit-il, soulignant que ces entreprises n’ont souvent pas la préparation requise pour assumer de telles dépenses rapidement.