Le copropriétaire de la Distillerie La Manufacture, Laurent Roche-Ballard, aimerait que Québec cherche des façons d’aider les distilleries artisanales, comme la sienne, à garder les profits qu’elles font avec la vente de bouteilles à même le lieu de production, plutôt que d’en remettre une partie à la SAQ. Photo : Caroline Morneau/TCN
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S'abonner maintenantLes distillateurs du Québec voient d’un bon œil le projet de loi 11 du gouvernement provincial, qui viendrait leur donner plus de latitude administrative pour mener à bien leurs activités, mais estiment que les mesures proposées ne répondent pas aux réels besoins de leur industrie.
« Le projet de loi est quand même très superficiel. Ce n’est pas ça qui va amener de l’oxygène aux entreprises d’ici », croit le président de l’Union québécoise des microdistilleries, Nicolas Bériault.
À titre d’exemple, les changements proposés au cadre réglementaire pour la vente de boissons alcoolisées donneraient plus de souplesse aux distillateurs pour collaborer entre eux, notamment pour l’embouteillage d’alcool, lorsque l’un n’a pas les équipements requis. Actuellement, la loi est peu permissive à cet effet.

« Est-ce que ça enlève quelques barrières qui peuvent être vues comme de la paperasse? Oui, mais, est-ce que c’est un game changer pour l’industrie? Non », fait valoir le président, qui est aussi copropriétaire de la Distillerie 3 Lacs, à Salaberry-de-Valleyfield, en Montérégie. Selon lui, l’industrie des spiritueux, après ces changements, restera « étouffée dans un cadre réglementaire datant de la prohibition » qui devrait faire l’objet d’une refonte « globale et réelle ».
« Les microbrasseries ont le droit de timbrer elles-mêmes et de faire la livraison directement aux bars ou aux restaurants, mais pas l’industrie des spiritueux. On doit forcément passer par le réseau de la SAQ avant que nos bouteilles se retrouvent dans un restaurant ou un bar, ce qui ne fait aucun sens », donne-t-il en exemple, précisant que cette contrainte alourdit énormément le transport des bouteilles.
Le copropriétaire de la Distillerie La Manufacture, dans les Laurentides, Laurent Roche-Ballard, est un adepte des partenariats avec d’autres entreprises, mais n’a pas l’impression que les assouplissements proposés par Québec lui donneront beaucoup plus de latitude qu’en ce moment à cet égard.

« Ce sera plus simple de faire certaines affaires, mais ça ne changera pas grand-chose. C’est un allégement de paperasse », constate celui qui préférerait que Québec cherche des façons d’aider les distilleries artisanales comme la sienne à garder les profits qu’elles font avec la vente de bouteilles à même le lieu de production, plutôt que d’en remettre une partie à la SAQ. Selon lui, l’enveloppe du Programme d’appui au positionnement des alcools québécois pourrait, par exemple, être « optimisée » et davantage orientée vers le soutien aux microdistilleries pour la vente directe sur le lieu de production, en compensant la majoration perçue par la SAQ.
Pour Nicolas Bériault, l’argent à remettre à la SAQ pour chaque vente, même lorsque la société d’État ne s’occupe pas de la commercialisation du produit, est un point majeur qui vient miner la rentabilité du secteur. « Le modèle de vente locale n’est pas viable actuellement, et il faudrait que ça change pour soutenir une économie locale forte », insiste-t-il.