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S'abonner maintenantRevirement de situation : plusieurs acériculteurs qui craignaient de terminer la saison 2026 avec de faibles rendements ont été surpris par leurs érables, qui ont enlignés de généreuses journées de coulées en avril, se soldant par d’excellents rendements, près de leurs records. Les érablières situées dans certaines régions plus nordiques affichent cependant un retard qui inquiètent encore leurs propriétaires. Bienvenue au cinquième opus de notre série qui suit cinq acériculteurs tout au long de leur saison.

Pierre-Luc Ferland, Estrie
Nombre d’entailles : 9 500
Fin de l’entaillage : 19 février
Première évaporation : 8 mars
Dernière évaporation : 20 avril
Rendement en date du 21 avril : 5,54 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« On a arrêté hier. C’est la fin, mais je suis très content du dénouement final, avec 5,54 lb/entaille. Considérant que je ne m’attendais même pas à avoir mon 4 lb/entaille, je suis très heureux! », décrit Pierre-Luc Ferland, dont l’érablière est située à Racine, en Estrie. C’est avec une certaine surprise qu’il frôle son record de 2024. « Cette année était une saison vraiment spéciale, avec des journées froides où rien ne coulait pendant plusieurs jours. Ensuite, quand ça se mettait à couler, ça coulait vraiment. Et on a fini ça en beauté, le 20 avril. Le rythme à la fin, on n’a pas vu ça souvent, faire autant de barils, surtout quand on n’avait plus de gelées. Je m’attendais à ce que ça ne tough pas plus que trois jours, mais ça a vraiment été bon », exprime l’acériculteur, spécifiant qu’après le 11 avril, il a obtenu des journées de cinq barils produits par jour, ce qui est inhabituel pour une fin de saison.

Frédéric Marinier, Laurentides
Nombre d’entailles : 32 000
Fin de l’entaillage : 20 février
Première évaporation : 7 mars
Dernière évaporation : 17 avril
Rendement en date du 21 avril : 5,6 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« Je suis vraiment étonné du résultat. À 4,5 livres à l’entaille, j’aurais été satisfait, mais on a fini avec 5,6 lb/entaille. C’est notre record de tous les temps! Sauf que je vais te dire quelque chose, c’était un vrai marathon. On a eu plusieurs coulées qui ont duré 24 heures de temps. Le manque de sommeil, c’était intense, plus que les autres années », commente Frédéric Marinier, d’Oka. En comparaison, il explique qu’en 2024, il avait produit 41 900 litres de sirop répartis sur 42 journées à faire fonctionner l’évaporateur, tandis que cette année, le même volume a été produit en 21 jours de bouillage. Le suspense des rendements aura duré jusqu’à la toute fin, car les nuits sans gel le laissaient croire que les érables allaient diminuer le rythme des coulées. « Mais non! Cette année, ça coulait beaucoup, même si ça ne gelait plus en fin de saison. L’eau était moins sucrée et on faisait encore des journées de cinq barils. J’ai lâché le 17 avril, ça sentait le bourgeon dans la cabane et ça niaisait avec la presse, alors on a tiré sur la plug », commente-t-il avec satisfaction. Ces derniers barils en bonus se révèlent les plus payants, puisque les coûts fixes sont déjà amortis, ajoute-t-il.

Mathieu Toupin et Andréanne Guilbert, Mauricie
Nombre d’entailles : 22 000 entailles
Fin de l’entaillage : 13 février
Rendement en date du 21 avril : 3 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« Ça coule! On a pas mal de sirop de produit, et hier, c’était notre plus grosse coulée de l’année. On a fait une demi-livre en 24 heures, on a fini de bouillir à 2 heures du matin, et à 11 h, on va recommencer à bouillir, car je suis plein partout [d’eau d’érable]. On ne dort pas beaucoup, mais on aime ça de même! » affirme Mathieu Toupin. Les prévisions météorologiques annonçant des gelées encore pour cinq jours, couplées aux 30 centimètres de neige qui demeurent encore au sol dans les secteurs nord de l’érablière laissent croire que la production de sirop se poursuivra chez sa conjointe, Andréanne Guilbert, et lui. Le couple a ainsi bon espoir d’atteindre son objectif de 5 lb/entaille sur son site de Trois-Rives. Le goût du sirop est très bon, souligne Mathieu. « Je pense qu’on va se rendre en mai, à moins qu’on ait des 20 degrés, ce qui nous ferait faire du sirop filant », anticipe l’acériculteur. À noter qu’il a eu chaud; la pompe de son concentrateur à osmose a grillé. Une chance qu’il en possédait une en réserve, car les chemins étaient impraticables en raison des ponceaux arrachés par la crue des eaux qui isolait son érablière.

Maude Beaudoin, Montérégie
Nombre d’entailles : 2 500
Fin de l’entaillage : 19 janvier
Première évaporation : 8 mars
Dernière évaporation : 14 avril
Rendement en date du 21 avril : 5 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« Ça coulait de nuit dans les dernières journées. De petites coulées, mais on continuait à produire. Il y avait des sceptiques à l’érablière (dont mon père!), qui ne croyaient pas qu’on atteindrait notre 5 lb/entaille, mais finalement j’ai eu raison, cette fois-ci. Nous l’avons eu », lance avec entrain Maude Beaudoin, une acéricultrice de Saint-Hugues, en Montérégie. Le sirop de la fin de saison était plus foncé, avec un goût plus robuste; idéal pour confectionner ses produits transformés, comme sa cassonade à l’érable, son caramel ou sa gelée à l’érable. La deuxième année d’opération de son entreprise acéricole a été marquée par deux grosses coulées, dont celle du 9 avril, qui ont tenu toute l’équipe sur le qui-vive, en raison de la capacité d’entreposage de l’eau d’érable qui atteignait ses limites. Maude, sa mère et son père sont particulièrement heureux que les améliorations portées l’an dernier à leur réseau de tubulure aient augmenté l’efficacité de la collecte d’eau. Le repos du guerrier sera néanmoins bienvenu. « Ça fait au-dessus d’un mois qu’on est à la cabane non-stop. C’était une grosse période, alors on est quand même contents d’avoir terminé », avoue l’acéricultrice. Seul point négatif, trois tiques ont été retrouvées sur les membres de l’équipe lors des travaux de désentaillage, dont une qui a eu le temps de piquer. Maude conseille aux autres acériculteurs de faire attention, même si c’est le printemps.

Weena Beaulieu, Bas-Saint-Laurent
Nombre d’entailles : 46 500
Fin de l’entaillage : 23 février
Première évaporation : 11 mars
Rendement en date du 21 avril : 1,73 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« La saison des sucres vient réellement de commencer. Ça coule tous les jours et on bouille tous les jours. Hier soir [20 avril] il faisait -11 °C. C’est long avant de commencer à couler, mais ça coule super bien », dépeint-elle. L’eau est sucrée à 2,3 °Brix et la qualité du sirop est excellente. « On a vraiment un beau sirop ambré savoureux, avec un goût typique d’érable », atteste Weena Beaulieu. L’acéricultrice située à Biencourt, dans le Bas-Saint-Laurent, laisse toutefois transparaître un brin de nervosité. « Ça n’a pas de sens. On a bouilli seulement 14 jours et nous sommes le 21 avril. Habituellement, à ce temps-ci, on a fait 30 ou 34 jours de sirop. On n’a pas atteint le 2 lb/entaille. On est à 1,73 lb/entaille. Disons qu’on a hâte de changer de chiffre », signifie-t-elle. Autant chez elle que chez ses voisins, l’espoir de connaître une grande saison des sucres s’effrite. « On ne sait jamais, ça pourrait s’étirer. Il y a encore beaucoup de neige. En 2014, nous avions commencé le 4 avril, et le 21 avril, nous avions le même rendement qu’aujourd’hui. Nous avions terminé le 7 mai à 4,85 lb/entaille », nuance-t-elle. Comme quoi il faut attendre au dernier souffle de l’évaporateur pour juger d’une saison.