Acériculture 10 avril 2026

Deux semaines critiques pour la saison des sucres 

Alors que les acériculteurs des régions plus chaudes du Québec poussent un soupir de soulagement après avoir enregistré deux semaines de coulées abondantes qui les rapprochent de leurs objectifs de rendements, ceux des régions plus froides se souhaitent la même chose, eux qui amorcent avec du retard et un brin d’inquiétude le cœur de leur saison. Voici le quatrième volet de la saison des cinq acériculteurs suivis par La Terre


Gracieuseté de Frédéric Marinier
Gracieuseté de Frédéric Marinier

Frédéric Marinier, Laurentides 

Nombre d’entailles : 32 000 
Fin de l’entaillage : 20 février 
Première évaporation : 7 mars 
Rendement en date du 8 avril : 3,96 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

Le très lent début de saison vécu par Frédéric Marinier et Vanessa Bowes a pu être oublié en deux semaines. « Honnêtement, à un moment donné, on se demandait à quoi ressemblerait cette saison. Je commençais vraiment à douter. Et on s’est mis à avoir de grosses journées de sirop. Le 30 mars, nous avons fait [4 450 litres] de sirop. On ne savait plus où mettre l’eau. Je n’ai pas dormi. C’est dur sur le body, mais c’est bon pour le moral », décrit le producteur d’Oka. Depuis le 4 avril, l’eau est moins sucrée, avec un taux de sucre de 2 °Brix, mais le goût du sirop demeure très bon. « On a eu une journée de 19 °C, sauf que c’était nuageux, alors l’eau est restée belle », dit le copropriétaire de la Sucrerie La Marinière. Malgré tout, le temps avance. « Ça tire sur la fin. Hier, on n’a pas eu de coulées; ça dégouttait. Aujourd’hui [le 8 avril], on va sûrement bouillir et pogner les 4 lb/entaille. Demain, ils annoncent 16 °C et, ensuite, peut-être une dernière gelée la nuit et d’autres journées de 16 °C. On va surfer là-dessus et essayer de faire encore une livre de plus à l’entaille. C’est faisable, alors je garde espoir d’atteindre mon objectif de 5 lb/entaille », explique Frédéric Marinier.  


Gracieuseté de Pierre-Luc Ferland
Gracieuseté de Pierre-Luc Ferland

Pierre-Luc Ferland, Estrie 

Nombre d’entailles : 9 500
Fin de l’entaillage : 19 février 
Première évaporation : 8 mars
Rendement en date du 8 avril : 3,7 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

« J’ai environ 75 % de mon quota de fait. C’est vraiment en dents de scie cette année. Aujourd’hui, ça s’annonce bien, mais hier, je n’ai rien fait. C’est très rare ici que ça ne coule pas un 7 avril en raison du froid. C’est une journée perdue. Encore une! Mais l’autre différence cette année, c’est que quand ça coule, tiens ta tuque, car on sort du sirop plus qu’à l’habitude », témoigne Pierre-Luc Ferland. La qualité du sirop est excellente, avec un goût fin qui se maintient, dit-il. « On n’a pas eu d’énormes chaleurs; c’est bon pour la qualité », fait valoir le copropriétaire de l’Entreprise acéricole Ferland, située à Racine. Les prévisions météo le laissent entrevoir qu’il atteindra peut-être son objectif. « On a un 15 °C qui s’en vient qui risque de faire mal, mais on aura aussi une gelée, qui nous remonte le moral. Et l’eau est encore belle », commente-t-il en se croisant les doigts. Électricien de métier, il se félicite d’avoir installé une génératrice en cas d’urgence, puisqu’une panne qui a touché toute sa municipalité pendant 12 heures lui aurait fait perdre un baril sans son système d’appoint.  


Gracieuseté des Érablières du Nord
Gracieuseté des Érablières du Nord

Mathieu Toupin et Andréanne Guilbert, Mauricie

Nombre d’entailles : 22 000 entailles 
Fin de l’entaillage : 13 février
Rendement en date du 8 avril : 0,3 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

Les érables de Mathieu Toupin et de sa conjointe, Andréanne Guilbert, ont enfin offert de l’action à l’érablière de Trois-Rives. « Une coulée pendant trois jours, rien d’intense, des coups d’eau corrects sans plus. Ça voulait augmenter et je pensais avoir un gros coup d’eau, mais non, le froid est arrivé et tout a arrêté », exprime Mathieu. L’eau à 2,3 °Brix était particulièrement sucrée. « C’est la première fois que je vois ça », signale-t-il. En dépit du fait qu’il s’agisse d’une première vraie cuvée, le goût du sirop était excellent « avec un bon goût d’érable en partant », souligne celui qui avait particulièrement hâte de sortir ses premiers barils, puisque les commandes de bouteilles de sirop s’accumulaient à son commerce de vente au détail. Les prochaines semaines et ses prévisions météorologiques au-dessus du point de congélation le jour et sous le point de congélation la nuit seront décisives, assure-t-il, lui qui s’attend à de grands volumes d’eau d’érable.  


Gracieuseté de l’Érablière aux quatre saveurs
Gracieuseté de l’Érablière aux quatre saveurs

Maude Beaudoin, Montérégie

Nombre d’entailles : 2 500
Fin de l’entaillage : 19 février 
Première évaporation : 8 mars 
Rendement en date du 8 avril : 3,6 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

L’Érablière aux quatre saveurs a connu de bonnes coulées à la fin mars et au début d’avril, lesquelles ont accru considérablement la production. « Ça coulait surtout la nuit. On avait des enjeux de réserves; les bassins étaient pleins et il fallait se lever à
4 heures du matin pour osmoser », se remémore Maude Beaudoin. Des capteurs de niveau situés sur les bassins envoyaient une alarme sur les téléphones cellulaires lorsque les bassins atteignaient 80 % de leur capacité. « J’étais chanceuse, car vu que c’est ma mère la responsable de l’osmose, c’est elle qui se levait », rigole la jeune acéricultrice de Saint-Hugues. La chaleur prévue aura le dernier mot sur ses objectifs de rendements. « C’est la fin de la saison; ça va couler aujourd’hui et dans les trois ou quatre prochains jours, mais ils n’annoncent plus de gelées pour la nuit. Il y a même un 9 °C de prévus la nuit. Ça commence à être chaud pour le temps des sucres », constate-t-elle. Il ne lui manque que sept barils pour atteindre son objectif de 5 lb/entaille. « C’est possible, car depuis le 30 mars, on bouille pratiquement chaque jour, mais l’eau est moins sucrée depuis le 1er avril. Elle est passée de 2,5 à 1,6 °Brix. » Les températures qui se réchauffent nécessitent de porter une attention particulière à la qualité de l’eau d’érable. « Pour le moment, elle est vraiment belle et vu qu’il n’y a pas beaucoup d’ensoleillement, l’eau ne réchauffe pas dans les tuyaux. Il y a moins de dépôt comparativement à l’an dernier. »  


Gracieuseté de Weena Beaulieu
Gracieuseté de Weena Beaulieu

Weena Beaulieu, Bas-Saint-Laurent

Nombre d’entailles : 46 500
Fin de l’entaillage : 23 février
Première évaporation : 11 mars
Rendement en date du 8 avril : 0,2 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

Les Beaulieu ont connu une longue période d’inaction entre la fin mars et le début avril dans leur secteur de Biencourt. « On a bouilli une fois, le jour de Pâques, toute l’eau qu’on avait accumulée en une semaine et demie. Ça nous a donné cinq barils », indique Weena Beaulieu. En date du 8 avril, le couvert de neige était encore bien présent au sol, et il y avait eu des nuits particulièrement froides avec un mercure atteignant les -11 °C. Ce n’est rien pour dégourdir les érables, s’inquiète l’acéricultrice. Elle n’est pas la seule; des producteurs avoisinants manquent de sirop pour confectionner leurs produits de l’érable et pour vendre du sirop à leurs clients, rapporte Weena. « On est encore confiants, mais rendus au 8 avril, avec 0,20 lb/entaille, on sait qu’on a une semaine de perdue. On a un certain retard et un certain stress s’installe. Mais c’était notre dernière nuit très froide. À partir de demain, la saison commence, mais on s’attend à ce que la vraie saison parte », anticipe-t-elle, se doutant qu’il faudra peut-être attendre une bonne pluie pour dégeler le pourtour des arbres et lancer officiellement les coulées d’importance. Elle demeure optimiste, en se disant qu’il s’agit d’une météo propice et de quelques fortes coulées pour reprendre le retard.