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S'abonner maintenantLa saison 2026 se fait attendre avec des températures qui demeurent trop froides partout au Québec pour déclencher les coulées. Si les acériculteurs des régions plus nordiques y voient une situation tout simplement normale, ceux situés au sud du Québec comprennent qu’ils débuteront les sucres plus tard qu’à l’habitude et que les érables pourraient connaître une coulée foudroyante. « On s’attend à ce que ce soit intense, car ce n’est pas parce que tu commences plus tard les sucres que tu finis plus tard. Nous ici, en avril, les arbres changent vite. Les sucres ne dépassent pas la mi-avril », explique le producteur Frédéric Marinier, situé à Oka, dans les Laurentides. Bien qu’il débute habituellement la saison entre le 20 et le 25 février, il note seulement deux années où la première coulée est arrivée en mars. « En 2022 on avait commencé le 7 mars et on a fini le 14 avril. C’était une bonne saison pareil avec 5,44 livres à l’entaille (lb/ent). Mais en 2021 on a commencé le 1er mars et fini le 7 avril avec une moins bonne [récolte] de 3,5 lb/ent. Je regarde les prévisions et ça ne devrait pas commencer avant le 8 ou le 10 mars ici. Ce sera court et intense », indique celui qui fait partie des cinq acériculteurs que suivra La Terre tout au long de leur saison des sucres 2026. Cette première chronique s’attarde à la présentation de chaque entreprise.

Pierre-Luc Ferland, Estrie
Nombre d’entailles : 9 500
Fin de l’entaillage : 19 février
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
L’entreprise acéricole Ferland, située à Racine, est une érablière de 9 500 entailles à la fine pointe de la technologie. « Je suis la 4e génération. On a tout refait en 2023. On a un séparateur intelligent géré à distance, des caméras dans chaque station de pompage, des capteurs dans le bois, dont certains directement sur les tubes 5/16, et la [pompe] vacuum en direct aussi sur mon cell », dit Pierre-Luc Ferland, qui vit le temps des sucres avec son père. Leur évaporateur, qui était à l’huile, est maintenant au bois. « C’est plus d’ouvrage, mais j’aime ça. Ça nous permet d’utiliser le bois mort quand on aménage la forêt. On a 100 % de [casserole] plate. C’est réputé pour développer plus la saveur du sirop », explique celui qui est électricien de métier. Il entend perfectionner l’art de développer les saveurs d’érable en 2026, autant pour le sirop qu’il embouteille lui-même que pour celui qui est envoyé en barils à son acheteur. Par exemple, il testera le vieillissement de l’eau d’érable réfrigérée. Concernant ses objectifs de rendement, il garde un œil sur son record de 2024 de 6 lb/ent., mais se donne une cible de 5 lb/ent.

Maude Beaudoin, Montérégie
Nombre d’entailles : 2 500
Fin de l’entaillage : 19 janvier
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Celle qui détient un baccalauréat en gestion des ressources humaines et qui travaillait en attraction de talents à Montréal a fait un changement de carrière radical l’an dernier. Maude Beaudoin a rejoint ses parents à la ferme spécialisée en production animale et végétale, à Saint-Hugues, près de Saint-Hyacinthe, pour démarrer un projet acéricole. « Quand le projet d’érablière est arrivé, ça m’a interpellée et je me suis découvert une grande passion pour la production du sirop, faire les fuites dans le bois, transformer les produits, m’occuper du volet marketing, etc. », explique l’acéricultrice. Les deux peuplements d’érables sont séparés par une rue, dont un tuyau, situé au-dessus de la voie, amène l’eau à la cabane. La tubulure a été refaite à neuf sur un des lots. « C’était dans le mauvais sens de la pente et on voyait que l’eau restait dans le bois, elle ne montait pas », dit Maude, qui a suivi une formation en assainissement et, ensuite, en calibration du sirop afin de sortir un sirop précisément à 66 degrés Brix (°Bx). Les Beaudoin concentrent l’eau d’érable à près de 15 °Bx et l’évaporent dans un système alimenté à l’huile. Ils ont acheté l’érablière telle quelle, avec des bassins totalisant 5 000 litres, dont la capacité est un peu limite, dit Maude. Les exploitants de l’Érablière aux quatre saveurs attendent le lancement de la saison. « On est très fébriles, on a hâte de voir comment nos améliorations vont se concrétiser. On s’attend à des hausses de rendements et on aimerait au moins avoir notre 5 lb/ent. », dit la femme de 25 ans.

Mathieu Toupin et Andréanne Guilbert, Mauricie
Nombre d’entailles : 22 000
Fin de l’entaillage : 13 février
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« On est partis de A à Z en 2018, en terre publique, avec 13 000 entailles. Aujourd’hui, on est rendus à 22 000 et on a des possibilités d’agrandissement pour atteindre près de 30 000 entailles. On est en terrain montagneux, orienté sud, et à 98 %, c’est de l’érable à sucre », détaille celui qui est situé à La Tuque. Son évaporateur est alimenté au mazout, lequel est couplé à un concentrateur automatisé qui fait monter le taux de sucre à 25 °Bx. Comme particularité, la cabane n’est pas connectée au réseau électrique; tout provient d’une génératrice, et cela implique des coûts de production plus élevés. « La première année, par manque d’expérience, on a fait 2 lb/ent. Ce fut catastrophique, il a fallu trouver des solutions! » Les améliorations de régie ont fait grimper les rendements, permettant d’atteindre deux fois les 6 lb/ent. L’objectif 2026 est de 5 lb/ent. Sa conjointe, Andréanne Guilbert, se spécialise notamment dans la transformation de leur sirop, qu’elle effectue à Trois-Rivières. Elle vend les bouteilles au milieu corporatif en y ajoutant le logo de leurs clients. Par exemple, le concessionnaire automobile Paillé offre, pendant le temps des sucres, une bouteille de sirop au nouveau propriétaire de chaque camion. Les Érablières du Nord ont l’intention d’augmenter, cette année, les ventes en milieu corporatif, avec l’objectif d’atteindre 10 000 bouteilles.

Frédéric Marinier, Laurentides
Nombre d’entailles : 32 000
Fin de l’entaillage : 20 février
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Frédéric Marinier possède, avec sa conjointe, Vanessa Bowes, une entreprise acéricole composée de deux sites, l’un à Oka, comptant 22 000 entailles, et l’autre à Mirabel, de 10 000 entailles. « À Oka, je suis la 4e génération de Marinier sur place, et c’est pratiquement de l’érable à sucre à 100 %. On a acheté Mirabel en 2023. C’est une érablière qui compte 40 % d’érables rouges. On concentre l’eau à 15 °Bx et le transport prend 18 minutes [vers Oka] », explique l’acériculteur. Au moment de l’entrevue, l’entaillage venait tout juste d’être terminé et les pompes avaient été démarrées pour tester les fuites. « On a fait le tour de tout, et quand on tournera la switch pour vrai, nous ne devrions pas avoir de surprises », dit-il. Le couple, qui possède un évaporateur à l’huile 4 x 16, a l’habitude de concentrer l’eau d’érable à près de 24 °Bx. Le réservoir de 50 000 litres sur le site principal et de 2 800 L de concentré est suffisant, sans offrir une immense marge de manœuvre. « Quand ça coule beaucoup, il ne faut pas de bad luck, ni que rien ne casse! » assure-t-il. Chose certaine, le couple est prêt et attend les premières coulées. Leur moyenne des dernières années tourne autour de 4,5 lb/ent. et ils et visent cette année un rendement de 5 lb/ent.

Weena Beaulieu, Bas-Saint-Laurent
Nombre d’entailles : 46 500
Fin de l’entaillage : 23 février
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Weena Beaulieu et son frère Yvan viennent de prendre la relève de leurs parents, qui étaient des forestiers et acériculteurs notoires. Ils sont maintenant à la barre du Domaine de Beaufor, qui possède 1 200 hectares de forêt et une érablière de 46 500 entailles. Weena détient un baccalauréat en nutrition, et après avoir rencontré son conjoint à Montréal – alors que ce dernier était originaire du village voisin de ses parents – ils sont revenus dans leur région natale. Elle travaille depuis 2016 à temps plein dans l’entreprise forestière et acéricole située à Biencourt et utilise ses notions en nutrition pour développer des produits de l’érable qu’elle vend à l’année dans différents endroits, comme les marchés publics. L’entreprise concentre l’eau à 28 °Bx et mise sur un évaporateur aux granules 6 x 16. L’eau d’environ 26 000 entailles arrive directement à la cabane alors que le reste est concentré sur place, entreposé dans un silo de 11 300 litres et transporté par camion. La régie biologique ne vise pas seulement à obtenir une prime monétaire pour les Beaulieu. « On fait vraiment des efforts pour l’environnement. Par exemple, on n’utilise pas de peinture pour marquer l’emplacement des entailles sur les érables, car on se disait que d’utiliser des centaines de cannes de peinture en aérosol annuellement, ça ne faisait pas de sens en bio », plaide-t-elle. Un souci particulier est porté sur le développement de la saveur d’érable. Concernant les rendements, les deux dernières années ont permis de franchir le cap des 5 lb/ent. « Pour cette année, avoir 5 lb/ent., ce serait hot », dit Weena.