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S'abonner maintenantSi la saison des sucres commence habituellement plus tôt dans le sud du Québec et plus tard dans l’est et le nord, cette fois, pratiquement tous les producteurs ont enregistré une première forte coulée simultanément. Voici le deuxième compte rendu des acériculteurs et acéricultrices suivis par La Terre en cette saison 2026.

Maude Beaudoin, Montérégie
Nombre d’entailles : 2 500
Fin de l’entaillage : 19 janvier
Première évaporation : 8 mars
Rendement en date du 11 mars : 0,3 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« Les érables ont coulé toute la nuit tranquillement, et avec le beau soleil, ça coule maintenant plus qu’on pensait. C’est la meilleure coulée jusqu’à date! » dit Maude Beaudoin, de l’Érablière aux quatre saveurs. L’eau est à 1,6 °Brix. Ses parents et elle avaient préalablement démarré l’évaporateur le 8 mars, pour produire 7,5 litres de sirop. « Je sais que ce n’est pas beaucoup, mais nous avions accumulé de l’eau d’érable. Nous ne voulions pas la gaspiller et nous voulions essayer la bouilleuse », raconte l’acéricultrice de Saint-Hugues, près de Saint-Hyacinthe. Un premier baril a été produit le 10 mars, avec un goût qui lui plaît. « Hier, on voyait déjà la qualité s’améliorer. Le sirop est bon! Surtout qu’on avait hâte de commencer à en produire. On dirait que le sirop qui vient juste d’être fait a toujours un goût particulier. » La neige a pratiquement disparu de son érablière et le calendrier avance, mais l’acéricultrice ne se décourage pas. « C’est certain que ça nous reste en tête, qu’on pourrait manquer de temps. Mais on regarde la météo pour la fin mars et ils annoncent de super belles journées avec du gel. On reste encouragés. On se dit que souvent, 80 % du sirop se fait en six à sept grosses journées. On n’a pas besoin de beaucoup de jours pour atteindre nos objectifs. »

Pierre-Luc Ferland, Estrie
Nombre d’entailles : 9 500
Fin de l’entaillage :19 février
Première évaporation : 8 mars
Rendement en date du 11 mars : 0,8 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« Ça part vraiment en force! Quand ce sont des coulées de nuit, et que ça ne lâche pas pendant 24 h, ça donne pas mal d’eau. On a vraiment de très belles coulées. Au lieu d’un baril par jour, on en fait au moins trois présentement. Ça valait la peine d’allumer », s’exclame Pierre-Luc Ferland. D’autant plus que l’eau est sucrée chez lui pour un début de saison, avec un taux de sucre de 2,1 °Brix contre 1,75 °Brix habituellement. Ces bons volumes d’eau sucrée ne laissent toutefois pas de place à l’erreur. « Il fallait être vraiment prêts. On a dû faire de petits ajustements de dernière minute, mais je ne crois pas qu’on ait perdu de l’eau », estime le copropriétaire de l’Entreprise acéricole Ferland, située à Racine. Il ajoute que de colmater les fuites de son réseau de tubulure est plus facile lorsqu’il fait près de 15 °C, ce qui lui vaut maintenant un réseau bien étanche. Peut-être trop! « On a tendance à pomper un peu fort au début quand ça ne coule pas; on ramasse beaucoup de manganèse. Les trois ou quatre premiers barils qu’on a faits, les filtres étaient rouges. C’était difficile de concentrer l’eau d’érable. Le sirop était un peu plus rouge aussi. Ce n’est pas la première année que je vois ça. Mais c’est déjà moins pire aujourd’hui [10 mars]. Le sirop a un bon goût d’érable. Habituellement, ce bon goût arrive plus tard en saison », décrit-il. Le froid annoncé pour les prochains jours le laisse toutefois songeur. « Nous aurons une longue pause. Parfois, ce sont des journées [de production] qui ne reviennent pas », s’inquiète-t-il.

Mathieu Toupin et Andréanne Guilbert, Mauricie
Nombre d’entailles : 22 000
Fin de l’entaillage : 13 février
Première évaporation : 13 mars
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« Ça vient de décoller! On est plus au nord, et plus froid, alors on avait juste ramassé de l’eau sans bouillir. C’est qu’on a encore deux pieds de neige, et même s’il a fait beau et très chaud, les arbres n’étaient pas détourés; ils étaient gelés, mais là, ils viennent de décoller. L’eau est à 1,5 °Brix », décrit Mathieu Toupin, copropriétaire avec sa conjointe, Andréanne Guilbert, des Érablières du Nord. Il a allumé son évaporateur le 13 mars et prévoit produire trois barils avant que son érablière soit replongée dans le froid. Son réseau de tubulure est maintenant étanche, après avoir été malmené par des morsures d’ours, notamment. Même si les prévisions météo n’y semblent pas propices, il aimerait produire une livre à l’entaille de sirop en mars. « Les années où on sort de bons rendements, on fait une livre en mars. Ça ne semble pas parti pour ça cette année. Mais j’ai appris à bien vivre avec ça. On laisse aller la nature et on prend ce qu’elle nous donne. Il faut juste s’arranger pour être prêts quand la nature est prête », affirme l’acériculteur de Trois-Rives.

Frédéric Marinier, Laurentides
Nombre d’entailles : 32 000
Fin de l’entaillage : 20 février
Première évaporation : 7 mars
Rendement en date du 11 mars : 0,7 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« On est accotés. J’ai dormi six ou sept heures en trois jours. Ici, c’est lavage par-dessus lavage. L’eau a du mal à passer à travers les membranes [du concentrateur], même pour la filtration du sirop. On a une presse de 20 pouces et ça bouche plus vite qu’à l’habitude », raconte Frédéric Marinier, qui possède deux sites acéricoles avec sa conjointe, Vanessa Bowes; l’un à Oka, comptant 22 000 entailles, et l’autre à Mirabel, de 10 000 entailles. Son concentrateur par osmose inversée est en panne au site de Mirabel, l’obligeant à transporter l’eau d’érable non concentrée par camion. Cela nécessite de transporter beaucoup plus de volume d’eau et vient surtaxer le concentrateur principal de l’érablière à Oka. « L’osmose travaille 24 heures sur 24. Toutes les six heures, il faut le nettoyer. On doit jongler continuellement pour diriger l’eau vers tel bassin ou tel endroit. À date, on n’a pas perdu d’eau, sauf une fois pendant 30 minutes lorsqu’on lavait l’osmose. C’est un dur début de saison », témoigne M. Marinier. Malgré les conditions, la production de sirop progresse avec de bonnes coulées. L’eau est plus sucrée, dit-il. « On est partis de 1,6 °Brix à pratiquement 2 °Brix. Et le sirop est bon. Au début, il avait un goût d’écorce qui s’est vite replacé. » La pause que provoquera le temps froid lui donnera au moins le temps de finir la réparation de son système de concentration à Mirabel. « On espère juste qu’après le temps froid, l’eau sera plus facile à concentrer », mentionne-t-il en se croisant les doigts.

Weena Beaulieu, Bas-Saint-Laurent
Nombre d’entailles : 46 500
Fin de l’entaillage : 23 février
Première évaporation : 12 mars
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Weena Beaulieu et son frère Yvan ont eu droit à une forte coulée pour démarrer leur saison. « Les arbres ont coulé toute la nuit et n’ont pas arrêté, car on n’a pas eu de gelée. Un 36 heures où les pompes marchent sans arrêt. Ça part un peu en fou, mais on est quand même contents », commente l’acéricultrice. Seule ombre au tableau : l’eau n’est pas sucrée, c’est-à-dire moins de 1 °Brix. « Si l’eau était sucrée, ce serait une méchante journée! Mais on va voir ce que ça va donner. Nous arriverons peut-être à faire quelques barils quand même », espère-t-elle. Chose certaine, les propriétaires du Domaine de Beaufor profitent de ce réveil de la nature pour mettre leurs équipements à niveau. « On vient d’installer un nouveau secteur, et tout n’était pas encore prêt. Avec cette coulée, on a été un peu parachutés. On fait le tour, on répare les petites choses et tout sera top notch », assure-t-elle.