Acériculture 6 mars 2026

Pourquoi les érables performent-ils différemment?

Les acériculteurs qui récoltent l’eau à la chaudière le savent : certains érables sont beaucoup plus généreux que d’autres, tandis que certains érables produisent une eau plus sucrée comparativement à leurs voisins immédiats. Pourtant, ces arbres bénéficient tous de la même température et du même sol. Pourquoi ­performent-ils différemment? Règle générale, les arbres avec beaucoup de branches, et des branches qui ont poussé dans le bas de l’arbre, produisent de plus grands volumes d’eau d’érable. Par contre, les arbres dont la cime est plus large, qui occupent beaucoup d’espace latéralement, sont ceux qui produisent le plus haut taux de sucre, résume Élise Bouchard, doctorante en biologie au Centre d’étude de la forêt de l’Université du Québec à Montréal. Elle a réalisé son étude sur une quarantaine d’arbres, dont l’entaille de chacun est dotée d’un capteur avant d’être ensuite reliée à un réseau de tubulures étanches. 

Modéliser les arbres

Le cœur de sa recherche mise sur la technologie LiDAR (Light Detection and Ranging), un système de télédétection utilisant des faisceaux laser pour mesurer des distances. Grâce à cette modélisation en trois dimensions de chaque arbre, elle a pu mesurer le volume de bois avec une grande précision. La technologie lui a également permis d’obtenir l’architecture de chaque arbre. Selon les données obtenues, la chercheuse en vient à la conclusion que l’architecture de l’arbre n’a pas un grand impact sur le rendement, en ce sens que le fait qu’un arbre soit incliné ou fourchu n’a pas d’incidence notable sur la production d’eau d’érable. C’est plutôt la physionomie de la cime qui s’est avérée le principal critère.

Avec le LiDAR terrestre, on cartographie tout l’arbre au complet, toutes les branches et même les ramilles. Contrairement au diamètre du tronc, la cime, c’est ce qui amène le plus de précision [dans les résultats], car la cime est corrélée avec le taux de croissance. Un arbre avec une cime plus volumineuse a une plus grande croissance.

Élise Bouchard

Les érables qu’elle a étudiés qui avaient des troncs plus larges ont parfois produit des volumes d’eau d’érable supérieurs à la moyenne, mais parfois moins. De surcroît, les érables au tronc plus large n’avaient pas l’eau la plus sucrée. « C’est un peu traître, le diamètre, pour juger de la production d’eau d’érable. Il y a beaucoup de variabilité dans les résultats, car il y a des arbres au tronc large qui peuvent pousser lentement [un faible taux de croissance entraîne un plus faible volume d’eau] », explique-t-elle, soulignant néanmoins la nécessité de pousser la recherche sur un plus grand échantillon que 40 arbres. 

Modifier l’aménagement des érablières?

Les résultats d’Élise Bouchard lui indiquent que les acériculteurs et les ingénieurs forestiers devront peut-être revoir leurs façons de faire. « En foresterie, on préconise une première bille de bois sans nœuds et donc, sans branches, mais on est en train de se rendre compte que ça semble très bénéfique sur la production d’eau d’érable d’avoir des branches! Il va peut-être falloir repenser l’aménagement afin de favoriser les branches de bas en haut et afin d’élargir la cime », selon elle.  

Eau rouge et membrane colmatée

Le processus de concentration de l’eau d’érable en fin de saison l’an dernier a causé de nombreux problèmes de colmatage des membranes aux acériculteurs. La chercheuse en microbiologie acéricole Mérilie Gagnon, du Centre ACER, tente de trouver une solution. Les eaux de lavage et les filtres ­devenaient rouges, en raison de la présence de manganèse, qui pourrait être plus disponible dans le sol en fin de saison lorsque les gelées s’avèrent moins fortes, apporte-t-elle comme hypothèse. Le colmatage des filtres pourrait aussi être causé en partie par la présence de microorganismes qui se développent lorsque la température augmente en fin de saison. Dans les deux cas, elle espère pouvoir proposer des solutions aux producteurs afin de diminuer l’impact du manganèse et/ou des ­microorganismes lors de la concentration.