Acériculture 6 mars 2026

De super érables à sucre retrouvés

Le chercheur Tim Rademacher se frotte les mains, lui qui a retrouvé des plantations d’érables à sucre oubliées depuis un demi-siècle : l’œuvre de chercheurs américains des années 1960, qui voulaient créer un super érable capable de produire une eau plus sucrée que la moyenne. « On a fouillé dans les archives, et, à l’époque, ils ont analysé 21 000 érables pour trouver ceux qui produisaient l’eau la plus sucrée. Ils en ont fait des clones et les ont plantés. Nous avons trouvé dans les archives les schémas de plantation et la localisation de sept de leurs plantations, qui comprennent 32 familles d’érables. Ce sont des érables qui n’ont jamais été entaillés. On a encore beaucoup de travail [sur la détermination des meilleurs taux de sucre et de leur génétique], mais ça pourrait devenir très intéressant comme résultats pour le milieu acéricole », anticipe M. Rademacher, directeur scientifique au Proctor Maple Research Center de l’Université du Vermont. Si la moyenne des érables à sucre produit une eau à 2 °Brix (l’unité de mesure de la concentration en sucre), certains produisent une eau à 7 et même 12 °Brix, observe le chercheur.

Imagine si on était capable d’augmenter les taux de sucre de façon substantielle. Si ton érablière a des arbres qui donnent 12 °Brix, tu ferais six fois ta production totale de sirop, mais avec les mêmes frais d’entaillage, etc.

Tim Rademacher

Tim Rademacher avance l’hypothèse que les Américains ont mis fin à leur programme de recherche sur la génétique des érables dans les années 1970, après la création des concentrateurs par osmose inversée, qui permettent de concentrer le sucre de l’eau d’érable, ce qui diminue les coûts et le temps requis pour produire le sirop, dont le taux de sucre est de 66 °Brix. N’empêche que lorsque les arbres génèrent à la base plus de sucre, ­l’érablière est plus rentable. 

Tim Rademacher
Tim Rademacher

Une question de génétique

Dans les recherches génétiques qu’il mène avec son équipe, Tim Rademacher aimerait identifier le ou les gènes de l’érable responsables du taux de sucre. Une tâche très complexe, avoue-t-il, mais qui pourrait un jour améliorer la génétique des érablières. Un autre aspect prometteur qu’il étudie avec ces plantations de super érables concerne l’environnement de l’arbre. Ces plantations sont situées dans différentes régions du nord-est des États-Unis et incluent des arbres peu performants, comme témoins. Le chercheur espère ainsi révéler si le taux de sucre d’un arbre appartient principalement à sa génétique ou plutôt à son environnement. Car, pour avoir effectué d’autres recherches au Québec auparavant, il sait que le taux de croissance d’un érable a un impact sur le rendement de sirop, que la croissance radiale des érables varie d’une région à l’autre et qu’elle varie à l’intérieur d’une même forêt. Mieux comprendre le lien entre l’environnement et l’arbre rendrait la production acéricole plus précise, dit-il. « En ce moment, on donne les mêmes conseils d’entaillage à tout le monde, mais si on en savait plus sur la croissance et l’impact des microclimats, on pourrait adapter nos conseils en fonction de l’environnement de l’arbre : entailler d’une telle façon s’il est situé sur une butte, dans un trou, près d’un tas de conifères, etc. »