Des acériculteurs de la Montérégie et de l’Estrie ont finalement atteint des rendements très intéressants grâce à une fin de saison généreuse, une finale que ceux des régions plus froides espéraient aussi, mais le miracle ne s’est pas produit. « On a eu trois journées de grosses chaleurs, à la fin avril, qui ont scrappé la fin de saison », résume Weena Beaulieu, du Bas-Saint-Laurent, l’une des cinq acéricultrices suivies par La Terre.
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S'abonner maintenantDes acériculteurs de la Montérégie et de l’Estrie ont finalement atteint des rendements très intéressants grâce à une fin de saison généreuse, une finale que ceux des régions plus froides espéraient aussi, mais le miracle ne s’est pas produit. « On a eu trois journées de grosses chaleurs, à la fin avril, qui ont scrappé la fin de saison », résume Weena Beaulieu, du Bas-Saint-Laurent, l’une des cinq acéricultrices suivies par La Terre.

Maude Beaudoin, Montérégie
Nombre d’entailles : 2 500
Fin de l’entaillage : 19 janvier
Première évaporation : 8 mars
Dernière évaporation : 14 avril
Rendement final : 5 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Après les sucres, le désentaillage et le nettoyage de l’érablière, Maude Beaudoin passe maintenant à l’étape de la vente de ses produits de l’érable dans différents événements et dans les marchés publics. « C’est le premier été où on va faire des marchés. On a sorti deux épices pour BBQ, un mélange à l’érable et aux trois poivres pour les viandes et les sauces, en plus d’un autre mélange d’épices à l’érable avec un léger goût de gingembre pour le poulet, les poissons, etc. On va vraiment les pousser dans les marchés », lance l’acéricultrice de Saint-Hugues. Revenant sur sa saison, elle se dit très satisfaite du rendement obtenu. « Mais on est encore débutants; il y a plein de places où on peut s’améliorer », affirme-t-elle. Des travaux d’aménagement seront entrepris dans une portion de la forêt et le diamètre des tuyaux de trois de ses lignes principales sera grossi, afin d’accroître la circulation de l’eau d’érable lors des grandes coulées. Comme projet futur, ses parents et elle envisagent d’ajouter 1 500 entailles dans un secteur non exploité, lequel entraînera des investissements, puisqu’il est éloigné du chemin et sans électricité.

Frédéric Marinier, Laurentides
Nombre d’entailles : 32 000
Fin de l’entaillage : 20 février
Première évaporation : 7 mars
Dernière évaporation : 17 avril
Rendement final : 5,6 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Dans les Laurentides, le temps des sucres est maintenant loin derrière. Frédéric Marinier était aux commandes du tracteur pour terminer les semis de ses champs lors de l’entrevue. Son record de production de sirop atteignant 5,6 lb/entaille et, surtout, le fait que ce rendement élevé ait été obtenu par l’entremise de quelques grosses coulées indiquent à l’acériculteur qu’il devra investir, durant la saison morte, dans de plus grandes capacités de stockage d’eau d’érable. « On s’en va sur des années comme ça, où ça ne coule pas si souvent, mais en fou », analyse-t-il. Dans son secteur, tout le monde semble satisfait de sa récolte d’eau d’érable. « Sans être tous des records, je crois que personne ne se prend la tête entre les deux mains pour se demander comme faire ses paiements », affirme-t-il. Il a dû cesser les travaux de désentaillage pour rentrer au champ et planter ses fraises, lui qui cultive 17 ha de fraises, 9 ha de vergers de pommes, 1,4 ha d’asperges et 25 ha de blé. « À partir du début des sucres jusqu’au début décembre, on n’arrête pas, car à l’automne, on doit abrier les fraises et aller dans le bois changer de la tubulure, etc. »

Mathieu Toupin et Andréanne Guilbert, Mauricie
Nombre d’entailles : 22 000 entailles
Fin de l’entaillage : 13 février
Première évaporation : 11 mars
Dernière évaporation : 28 avril
Rendement final : 4,4 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« On a fini à 4,4 lb/entaille. On n’a pas réussi à atteindre notre objectif de 5 lb/entaille, mais avec l’équipe, on est bien contents. On a vécu des périodes où il rentrait au-
dessus de [11 000 litres] d’eau d’érable à l’heure. Pour 22 000 entailles, c’est excellent », affirme Mathieu Toupin. La chaleur de la fin avril a mis abruptement fin à sa saison. « La chaleur a pogné, il n’y avait plus de gelée pendant trois ou quatre jours, et rendu au 28 avril, le sirop est tombé filant [une texture qui s’étire comme de la gomme à mâcher] », décrit-il. Avec les températures plus froides qui ont suivi, des producteurs environnants ont poursuivi la saison en produisant du sirop destiné à l’industrie de la transformation et vendu moins cher. Cela n’intéresse toutefois pas Mathieu Toupin et sa conjointe, Andréanne Guilbert, puisque l’érablière du couple est uniquement alimentée en électricité par des génératrices, ce qui augmente les coûts, dit Mathieu. Les ventes au détail du sirop des Érablières du Nord sont excellentes, signifie l’acériculteur. « On est à 70 % de notre objectif de vendre 10 000 bouteilles de 500 ml au milieu corporatif. Il y a une grosse compagnie de Montréal qui nous a pris 1 000 bouteilles pour leurs employés. Je crois qu’avec les ventes du temps des Fêtes, on va atteindre 12 000 bouteilles cette année », estime-t-il. L’érablière sera fort probablement agrandie de 10 000 entailles prochainement, ce qui nécessitera des investissements pour améliorer le concentrateur et la capacité de réserve en eau d’érable.

Pierre-Luc Ferland, Estrie
Nombre d’entailles : 9 500
Fin de l’entaillage : 19 février
Première évaporation : 8 mars
Dernière évaporation : 20 avril
Rendement final : 5,54 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
Pierre-Luc Ferland avait une voix souriante lors de sa dernière entrevue avec La Terre, porté par son rendement finalement au-dessus de son objectif de 5 lb/entaille, mais aussi par le fait qu’il lui restait encore deux semaines de congé à travailler dans son érablière. « J’ai dit à mon boss que je prenais tout le mois de mai. On bûche près de [9 hectares] par année pour faire du ménage dans l’érablière et pour épandre de la chaux. On installe aussi de la tubulure », décrit cet électricien de métier, dont l’érablière est située à Racine. L’aménagement forestier des dernières années porte déjà ses fruits, dit celui qui constate l’apparition de branches plus près du sol en raison de la lumière supplémentaire qui atteint ses érables. Ayant la passion des sucres bien en lui, il aimerait accroître davantage son nombre d’entailles.

Weena Beaulieu, Bas-Saint-Laurent
Nombre d’entailles : 46 500
Fin de l’entaillage : 23 février
Première évaporation : 11 mars
Dernière évaporation : 2 mai
Rendement final : 3,78 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille
« La saison a pris du temps à commencer et elle s’est terminée vraiment plus tôt qu’on pensait. Le pire, c’est qu’on était dans une super saveur d’érable. Le sirop était très bon, mais du 25 au 28 avril, on a eu des températures au-dessus de 20 °C. Le processus des arbres s’est activé; ensuite, le goût de sève est arrivé. Habituellement, on fait plusieurs jours dans le goût de sève, mais la saveur du sirop s’est plutôt dégradée super vite, avec des notes d’ail, d’oignon et une légère saveur âcre métallique », détaille Weena Beaulieu. « En plus, il fallait mettre full de poudre dans la presse pour réussir à filtrer le sirop correctement », ajoute l’acéricultrice. Sans surprise, Weena et son frère Yvan ont décidé d’arrêter les pompes et de déclarer la saison terminée. « Comme plusieurs dans la région, on a connu une saison bien moyenne sans pouvoir faire notre contingent. On est déçus, c’est certain », dit celle qui se console toutefois par la qualité du sirop. « Cette année, le sirop était vraiment très bon. Le beurre et tous les produits seront excellents », précise-t-elle. La faible récolte de sirop limitera les projets d’investissement de son entreprise acéricole. Surtout que les revenus habituels provenant de l’exploitation de ses forêts sont incertains, puisque les usines n’achètent pas autant de volume de bois qu’à l’habitude et que la hausse du prix du carburant s’additionne à la baisse du prix du bois, déplore-t-elle.