Acériculture 17 avril 2025

Des objectifs de rendement en voie d’être atteints

La saison 2025 a donné la frousse à plusieurs acériculteurs avec des périodes sans coulées qui ont finalement été compensées par des déluges momentanés d’eau d’érable à certains endroits. Résultat : une récolte dans la moyenne pour bon nombre de producteurs, dont quelques-uns suivis par La Terre.


Photo : Gracieuseté de Nancy Lagacé

Nancy Lagacé, Bas-Saint-Laurent 
Nombre d’entailles : 27 000
Fin de l’entaillage : 10 mars
Première évaporation : 15 mars
Rendement en date du 15 avril :  1,5 lb/entaille
Objectif de rendement :  3,5 lb/entaille


« Cette année, il y a eu trois semaines sans que ça coule. C’est plutôt rare pour nous! Mais depuis quelques jours, c’est mieux. On fait cinq à six barils par jour. Ça coule même un peu plus aujourd’hui, et il pleut. C’est une belle nouvelle. Ça risque d’accélérer les choses, car il reste encore [45 cm] de neige dans le bois », décrit Nancy Lagacé, de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent. L’eau d’érable venait de passer à 2 °Brix lors de l’entrevue, le 15 avril, et la qualité du sirop est excellente. « La plupart du temps, c’est du beau doré, parfois ambré. » Si les sucres sont terminés dans certaines régions du Québec, chez elle, les érables n’ont pas encore entamé leur période de pointe. « On espère que les grosses coulées seront dans les prochains jours. La météo s’enligne vers ça. On devrait moins dormir. Tant mieux, car il faut faire des barils. C’est le temps qu’on fasse du sirop! » clame-t-elle, sachant que le compteur de dame Nature tourne.


Photo : Gracieuseté de Guillaume Pépin

Guillaume Pépin, Estrie
Nombre d’entailles : 41 500 entailles
Fin de l’entaillage : 13 mars
Première évaporation : 14 mars
Rendement en date du 15 avril: 3,46 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille


« On a eu de grosses coulées dans les derniers jours. On le voit sur les compteurs d’eau : [3,8 litres] à l’entaille par coulée. Et le sucre a monté à 2,4 °Brix. C’est bon pour le moral; on était vraiment contents. Aujourd’hui, ça coulait un peu moins. On vient de finir de tout laver. On ne sait pas quelle journée nous sommes, mais c’est comme vendredi. On s’en va prendre une bière chez le voisin! Parce que c’est de même ici. Ceux qui finissent en premier vont prendre une bière chez les autres », raconte Guillaume Pépin, copropriétaire de la Sucrerie Brix Co., à Saint-Robert-Bellarmin. La voix détendue, il mentionne avoir bon espoir d’atteindre son objectif de rendement en raison de l’eau plus sucrée des derniers jours et des prévisions météo favorables au prolongement de la saison. « J’ai un secteur plus chaud qui a déjà donné son 5 livres à l’entaille, mais ça sent la fin pour lui. Par contre, la moitié de l’érablière a encore pas mal de neige. Les employés mettent les raquettes pour faire les fuites. On devrait être bons jusqu’au début mai », anticipe-t-il. L’eau d’érable a rarement été belle et transparente sur une aussi longue période, observe-t-il. « Les petits gars s’en viennent fatigués », dit Guillaume en parlant de son frère et lui. « Mais on est encore bons pour une couple de batailles. Car le temps des sucres, ce n’est pas un coup à donner, comme disent certains; c’est une dizaine de gros coups à donner! »  


Photo : Gracieuseté de Benoît Quintal

Benoît Quintal, Centre-du-Québec 
Nombre d’entailles : 9 000
Fin de l’entaillage : 2 mars 
Première évaporation : 11 mars 
Rendement en date du 15 avril: 3,8 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille


« Ça tire sur la fin! » commente d’emblée Benoît Quintal, copropriétaire de la Ferme Halifax, à Saint-Ferdinand. « Ça commence à ralentir, on manque un peu de gelées, les coulées baissent et baissent. Mais ça coule toujours un peu », précise-t-il. Les températures plus chaudes l’obligent à bouillir tous les jours. « Autrement, il y a trop de risques. L’eau a commencé à blanchir. Elle se dégrade plus rapidement. On est en train de lâcher le sirop ambré pour s’en aller vers le foncé avec un goût plus prononcé. On n’est pas encore dans le goût de sève, mais c’est une question de jours », croit-il. Anecdote du jour : il dit que le lutin est passé cette semaine. « Il y a toujours une journée dans les sucres où le petit lutin du printemps vient faire son tour. J’arrive le matin et je n’ai pas de vacuum. Je vais voir le relâcheur où une petite douille est tombée et il ne fonctionne plus. Plus loin, le lutin a décidé de geler le tuyau sur la station de pompage. Ensuite, il a cassé la pompe haute pression du séparateur. Je répare tout ça et je me rends compte que le lutin a été joué avec la pompe; elle coule. Pas de farce, on dirait chaque année que tout va bien, et oups! il y a une journée où il se produit plein de problèmes en rafale comme si un maudit lutin venait de passer partout! »  


Photo : Gracieuseté de Philippe Leroux

Philippe Leroux, Laurentides
Nombre d’entailles : 4 000
Fin de l’entaillage : 28 février
Première évaporation : 27 février
Rendement en date du 15 avril :  5,6 lb/entaille 
Objectif de rendement : 6 lb/entaille


« La dernière semaine a coulé pratiquement non-stop. On s’est même fait encore avoir en pensant que ça ne coulerait pas trop dans la nuit et, le matin, on est arrivés et les bassins étaient bien pleins. On a été en rattrapage toute la journée, et il fallait être efficaces pour ne pas perdre de l’eau. Mais là, c’est fini. On a abdiqué aujourd’hui à 15 h », annonce Philippe Leroux, de la Ferme S.P. Leroux, à Saint-Placide. Le 15 avril, il a éteint son évaporateur pour la dernière fois en 2025. « On a bouilli aujourd’hui, mais le sirop était difficile à presser. Le goût commençait à vouloir être tout croche. C’est normal; les arbres avancent. Les plus longues journées, ça paraît. Quand le soleil sort, ça se réchauffe extrêmement rapidement. » La saison s’est fait attendre chez lui et l’eau n’était pas sucrée. « Mon plus haut a été 2,3 °Brix. Elle a redescendu en bas de 2, et même à 1,5. Hé boy! C’est long de faire du sirop avec ça! » Son frère et lui se sont cependant rattrapés avec plusieurs « coulées extraordinaires », dit-il, et avec une très bonne qualité de sirop. « On est bien contents de notre saison. C’est une année extrêmement uniforme pour le goût du sirop. Pas mal toujours un bon goût d’érable pur. C’est assez exceptionnel. On a amplement le choix entre les barils pour le sirop qu’on va vendre directement », assure M. Leroux.


Photo : Gracieuseté de Bénédicte Doré

Bénédicte Doré, Capitale-Nationale
Nombre d’entailles : 29 000
Fin de l’entaillage : 15 février 
Première évaporation : 16 mars 
Rendement en date du 15 avril: 3,9 lb/entaille
Objectif de rendement : 4,5 lb/entaille


« On vient de faire une belle grosse semaine. Des coulées constantes avec 17 barils par jour. Une livre à l’entaille en quatre jours, c’est bon. Et le sirop est encore super beau et super bon! » s’exclame Bénédicte Doré, de Saint-Ubalde. Son nouveau séparateur lui permet de concentrer à près de 26 °Brix comparativement à 22 °Brix. « Tu te poses la question quand tu achètes un équipement, mais pour vrai, ça paraît. L’eau reste moins longtemps sur le feu. Le sirop est plus pâle et on passe moins de bois », remarque-t-elle. Après avoir monté à 2,5 °Brix, le taux de sucre a diminué à 2,1. « C’est correct. Au moins, l’eau est belle. Mais avec le réchauffement des températures, on lave les relâcheurs et les bassins tous les jours pour éviter les bactéries et le sirop filant. » Dans le même ordre d’idées, il n’est plus question d’accumuler de l’eau d’érable qui stagnerait dans les bassins, dit-elle. « On appelle ça le shift de nuit qui commence. On bouille la nuit l’eau qui est entrée le jour. J’aime ça, cette ambiance-là. Le calme de la nuit. Il n’y a personne, pas de travailleurs, pas de famille. Aussi, le stress du début est tombé. On s’en va vers la fin; c’est le fun! » Considérant les prévisions météo, elle estime que la production se poursuivra jusqu’au 22 avril. Il lui manque moins d’une livre à l’entaille pour atteindre son objectif de rendement. « J’ai confiance de l’atteindre. Je pense que sans être une saison record, nous serons dans nos bonnes moyennes. »