Acériculture 4 avril 2025

Un temps des sucres qui joue avec les nerfs

Des journées calmes sans que les arbres ne coulent suivies de coulées extrêmes qui testent la capacité maximum des équipements (et celle de certains producteurs à ne pas dormir!), voilà le contexte des deux dernières semaines pour la majorité des cinq producteurs et productrices acéricoles suivis par La Terre.


Gracieuseté de Guillaume Pépin

Guillaume Pépin, Estrie
Nombre d’entailles : 41 500 entailles
Fin de l’entaillage : 13 mars
Première évaporation :  14 mars
Rendement en date du 2 avril : 1,86 lb/entaille
Objectif de rendement : 5 lb/entaille

« Le 31 mars, pendant un bon six ou sept heures, c’était du jamais vu. Une coulée vraiment exceptionnelle, surtout dans notre nouveau secteur, où ça rentrait à 3 800 litres d’eau à l’heure pour 5 500 entailles. C’était le fun à voir! Ça coulait autant qu’un secteur où nous avons 16 000 entailles. On était impressionnés. Notre gars qui transporte l’eau a fait des voyages back à back de 11 h à minuit », raconte Guillaume Pépin, copropriétaire de Brix Co, à Saint-Robert-Bellarmin. Par contre, la période précédant cette coulée lui a fait taper du pied. « Ça ne coulait pas du tout. Tout était gelé. » La saison se porte bien, analyse-t-il néanmoins. La concentration de l’eau et la filtration du sirop s’effectuent maintenant sans problème. « La seule chose, c’est que l’eau n’est pas sucrée, à 1,6 °Brix en moyenne. Parfois, on est proches de 2, parfois du 1,4 °Brix. Il y a beaucoup de variations. » Bien que le faible taux de sucre lui apporte un doute sur l’atteinte de ses objectifs de rendement, il regarde ses statistiques passées avec optimisme, car sa plus faible marque était de 3,2 livres à l’entaille pour tout un mois d’avril, chose qui est donc répétable, en plus des 1,86 lb déjà accumulées.  


 Gracieuseté de Benoît Quintal

Benoît Quintal, Centre-du-Québec
Nombre d’entailles : 9 000
Fin de l’entaillage : 2 mars
Première évaporation : 11 mars
Rendement en date du 2 avril :  2 lb/entaille
Objectif de rendement :  5 lb/entaille

« C’est sur la glace présentement. Cette année, c’est de même : ça coule parfois beaucoup et parfois, pas pantoute. C’est en alternance. On a hâte de prendre notre rythme », dépeint Benoît Quintal, copropriétaire de la Ferme Halifax. Ce ralentissement ne l’effraie pas. Il lui reste encore trois bonnes semaines de températures propices pour produire ses barils. « Quand on a de belles journées, ça coule énormément avec les équipements accotés bien dur et un litrage qui rentre autour de 4 500 litres à l’heure. C’est très bon. Si ça peut se mettre à couler régulièrement, on devrait être corrects. » Le taux de sucre ne monte jamais au-delà de 2 °Brix, nuance M. Quintal. L’hiver sans températures extrêmement froides n’a pas favorisé l’accumulation de sucre dans les racines, explique-t-il. Le sirop est cependant excellent, avec son goût d’érable vanillé. « On fait du doré qui s’en va sur le clair. On a de la très belle qualité. Ça va bien », commente l’acériculteur de Saint-Ferdinand. Sa conjointe, Stéphanie Ruel, meuble les temps morts à la cabane en lui envoyant des photos et vidéos par textos des arbres mal entaillés. « C’est toujours un petit challenge de savoir dans la gang c’est qui celui qui a entaillé un arbre mort ou qui a fait la pire erreur. On s’agace là-dessus! »  


Gracieuseté de Philippe Leroux

Philippe Leroux, Laurentides
Nombre d’entailles : 4 000
Fin de l’entaillage : 28 février
Première évaporation :   27 février
Rendement en date du 2 avril : 3,95 lb/entaille
Objectif de rendement : 6 lb/entaille

« On réussit à dormir un peu. On a eu des coulées impressionnantes », dit Philippe Leroux, qui venait de se lever inutilement à 4 h du matin pour démarrer son concentrateur, puisqu’au moment de l’entrevue, les arbres étaient muets de sève. Cette saison en dents de scie a apporté son lot de stress. « Les prédictions météo sur nos cellulaires, c’est vraiment n’importe quoi cette année. Ça marque 5 °C et il fait -2 °C, ou ça dit qu’il va geler à
-2 °C dans deux heures et il fait plutôt 4 °C et ça coule encore au bout. C’est vraiment spécial. Il faut arrêter de regarder nos applications météo pour gérer nos bassins et repartir les pompes. On s’est fait pogner une couple de fois. On était mieux de prendre nos données avec les thermomètres dans le bois et de lire La Terre de chez nous en papier. Fini le téléphone! » témoigne-t-il. Des nuits surprises, sans gel, lors desquelles les arbres ont coulé à vive allure, ont tenu en haleine son frère et lui. « Habituellement, on se dit qu’on va être capables d’attendre au lendemain pour bouillir, mais comme lundi dernier [31 mars], quand on voyait que ça ne gelait pas finalement et à la vitesse où l’eau rentrait, on ne pouvait pas attendre. Il fallait concentrer et bouillir pendant la nuit. » Le copropriétaire de la Ferme S. P., à Saint-Placide, doute d’atteindre son objectif de 6 lb/entaille et serait maintenant satisfait d’un rendement de 5 lb/entaille. Le sirop de couleur ambré est très bon, mais ses barils qui offraient un goût parfait d’érable pur sont derrière lui, juge-t-il, soulignant qu’il s’agit d’un autre signe que la saison avance.


Gracieuseté de Bénédicte Doré

Bénédicte Doré, Capitale-Nationale
Nombre d’entailles : 29 000
Fin de l’entaillage : 15 février
Première évaporation : 16 mars
Rendement en date du 2 avril : 1,8 lb/entaille
Objectif de rendement : 4,5 lb/entaille

« Il fait frette! » répond du tac au tac Bénédicte Doré lorsqu’on lui demande de commenter l’avancement de sa saison acéricole. « Hier, presque rien, aujourd’hui non plus. Mais le 27 mars, nous avons eu une coulée record. On a fait 0,35 lb/entaille en une journée! Il faisait quand même froid, mais le soleil a fait la différence. Si on se fiait juste à la météo, on ne se serait pas attendu à ça », dit la résidente de Saint-Ubalde. L’un des conduits souterrains amenant l’eau d’érable était gelé, les obligeant à aller chercher le précieux liquide en camion-­citerne à une station plus éloignée. « C’était toute une aventure! Il fallait presque prendre un chemin de quatre-roues », commente-t-elle. Le 2 avril, les prévisions météo la laissaient croire que la saison prendrait son vrai rythme de croisière dans les jours suivants. Et selon ses statistiques colligées depuis 2018, les volumes de sirop produit sont légèrement au-dessus de sa moyenne jusqu’à maintenant. « Concernant la qualité, le goût est là et la couleur est exceptionnellement claire pour un évaporateur au bois comme nous », dit-elle.  


Nancy Lagacé, Bas-Saint-Laurent
Nombre d’entailles : 27 000
Fin de l’entaillage : 10 mars
Première évaporation : 15 mars
Rendement en date du 2 avril :  0,8 lb/entaille
Objectif de rendement :   3,5 lb/entaille

« C’est très tranquille pour nous autres. Nous n’avons presque pas eu de coulées. On a fait environ quatre barils en deux semaines… Il y a encore deux pieds de neige. Il fait -13 °C la nuit et on se promène encore en motoneige. Ce n’est pas assez chaud pour que ça coule », décrit Nancy Lagacé. Au moins, les 47 barils produits principalement à la mi-mars représentent une forme de bonus pour son érablière située dans le « pays de la neige », comme elle dit. « Nous ne sommes pas représentatifs de l’Est, car plus loin, vers Cabano et Biencourt, il a fait plus chaud et je connais des gens qui ont eu de bonnes coulées là-bas. Ici, on a hâte que ça décolle pour vrai. On se dit que le temps avance. Je pense que plus on fait du sirop, plus on apprend qu’on n’a pas de pouvoir là-dessus. C’est dame Nature qui décide! » L’eau d’érable qu’elle recueillait était peu sucrée, entre 1,6 et 2 °Brix, dit ­l’acéricultrice de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent.