Ma famille agricole 28 avril 2025

Un projet de vie réussi


SAINT-BRUNO — Sylvain Boily ne mesure pas la réussite par son nombre de vaches ni par la grandeur de ses terres. Pour ce producteur laitier du Lac-Saint-Jean, le succès passe par le plaisir de travailler chaque jour avec ses enfants, jumelé à la satisfaction de voir sa passion pour l’agriculture se propager aux générations suivantes.

Sylvain Boily a beau avoir construit, en 2024, avec deux de ses fils, un tout nouveau complexe laitier de plusieurs millions de dollars, c’est lorsqu’il voit ses petits-enfants s’amuser dans sa ferme qu’il se rappelle pourquoi il a choisi de gagner sa vie comme agriculteur.

« J’aurais pu choisir un autre métier », reconnaît cet ouvrier spécialisé en construction. « Mais ma passion, c’était la ferme, la nature, les animaux et les cultures. Tout ça était devant moi. Et ce projet-là allait de pair avec notre envie de fonder une famille et de pouvoir la voir grandir tous les jours, ce qu’on peut faire dans cet environnement. »

Sylvain Boily avait lui-même grandi dans cette ferme, fondée en 1933 par son grand-père, lui-même fils d’agriculteurs. Lorsqu’il en a fait l’acquisition avec sa conjointe, Chantale Bouchard, en 1992, elle comptait déjà une centaine de têtes pour une production d’une quarantaine de kilos par jour. « La ferme a toujours été un peu plus grosse que la moyenne », reconnaît-il.

La nouvelle étable peut abriter quelque 180 vaches en stabulation libre. Photo : Ferme Boily

Au fil des années, le couple de producteurs a profité des occasions pour augmenter son quota et agrandir ses installations. Il a notamment acheté la ferme voisine au tournant du millénaire pour la transformer en site d’élevage et agrandir ses terres de quelque 100 acres. Il a aussi vu deux de ses quatre enfants, Jean-Luc et Philippe, choisir de suivre leurs traces et de s’associer à eux avec détermination.

Leur fille Mylène a aussi hérité de la fibre agricole. Avec son conjoint, elle possède une ferme maraîchère à Saint-Gédéon, tout près du lac Saint-Jean. L’autre fils du couple, Marc-Olivier, a choisi la pharmacologie, ajoute le paternel avec fierté.

Aujourd’hui, la Ferme Boily possède un troupeau de 250 têtes qui produit près de 200 kg/jour. Elle cultive 300 hectares de terres, produisant du maïs ensilage, du maïs-grain, du soya, de l’orge, du blé de consommation humaine et les fourrages nécessaires à l’alimentation du troupeau.

Sa production laitière moyenne et la longévité de son troupeau lui ont valu le second rang régional au concours de l’Ordre national du mérite agricole en 2019. Et en février dernier, la Ferme Boily a également obtenu le titre ­d’Éleveur Élite Purina.

Le complexe laitier de la Ferme Boily est équipé de la nouvelle salle de traite DeLaval P500. Photo : Ferme Boily

Les forces de chacun

De toute évidence, le quatuor à la tête de l’entreprise forme une équipe soudée. Les parents sont responsables de l’administration de la ferme, en plus de s’impliquer activement dans les activités quotidiennes. L’aîné, Jean-Luc, s’occupe des jeunes animaux, des vêlages et des cultures. Philippe, pour sa part, a la charge de l’alimentation du troupeau et de la traite.

Ensemble, ils savent tirer parti des forces et des intérêts de chacun, croit Sylvain Boily.

Je le vois bien que mon expérience vient compléter les compétences de mes garçons depuis qu’on a construit le nouveau complexe laitier. Nous avons passé quatre ans à visiter d’autres fermes et à comparer différents systèmes. Maintenant, je leur laisse l’apprentissage et l’implantation des nouvelles technologies. Ça les intéresse et ils sont vraiment bons. Vraiment.

Sylvain Boily

Inaugurée en novembre dernier, la nouvelle étable de 180 places dotée d’une salle de traite DeLaval P500 double 12 est conçue pour être à la fois fonctionnelle et évolutive.

« Notre projet d’avenir, on a les deux pieds dedans présentement », s’amusent à dire Philippe et Jean-Luc. « On est très fiers d’avoir modernisé l’entreprise avec ce grand chantier, et on apprécie particulièrement la qualité de vie que nos nouvelles installations nous offrent, en plus d’améliorer le bien-être de nos animaux. » Les deux frères ont déjà de nouveaux projets : transformer ­l’ancienne étable en bed pack pour les vaches taries et les vaches en préparation au vêlage dans le but, notamment, d’améliorer les performances en début de lactation.

Sylvain Boily, lui, savoure chaque jour le succès de son projet de vie initial. « À mon âge, quand tu vois tes petits-enfants aimer aller à l’étable avec leur père, tu peux te dire que tu as réussi en ­agriculture », conclut-il.

La détection des mouvements de rumination se fait par des boucles à l’oreille des vaches. Photo : Équipements PFB

La détection des mouvements de rumination se fait par des boucles à l’oreille des vaches. Photo : Équipements PFB

Équipement techno

« Nous avons instauré dernièrement le système Sensehub dans le troupeau, et les résultats comblent toutes nos attentes. La détection des mouvements de rumination se fait par des boucles à l’oreille des vaches. Et la rumination, c’est un très bon indicateur de leur santé. Un animal qui arrête de ruminer, c’est signe qu’il ne feel pas. De plus, le système aide à améliorer l’efficacité de la reproduction, car il détecte précisément les chaleurs. Déjà, c’est plus facile de les repérer quand les vaches sont en stabulation libre. Mais le système te les indique aussi très clairement », affirme Sylvain Boily. 

Après quatre ans de planification, la construction du nouveau complexe laitier a démarré en 2024. Les nouvelles installations ont été inaugurées au mois de novembre, l’an dernier. Photo : Ferme Boily

Après quatre ans de planification, la construction du nouveau complexe laitier a démarré en 2024. Les nouvelles installations ont été inaugurées au mois de novembre, l’an dernier. Photo : Ferme Boily

Le bon coup de l’entreprise

« On s’est toujours organisés pour que l’entreprise ne perde pas les pédales », affirme Sylvain Boily pour illustrer l’expansion étudiée et le contrôle strict de l’administration de sa ferme. « C’est beau de devenir gros, mais tu risques de te perdre là-dedans. Nous avons toujours voulu le contrôle de nos affaires et de notre rentabilité. » C’est avec cette approche studieuse et patiente que les quatre propriétaires ont réalisé la construction de leur complexe laitier. « Cela faisait longtemps que l’on travaillait sur les plans, mais on a su attendre avant de se lancer pour laisser passer les années 2022 et 2023, qui ont été moins faciles sur le plan économique. Quand on s’est décidés en 2024, nous étions prêts », se félicite l’agriculteur.

Son approche méthodique lui a aussi permis une croissance sans sacrifier sa vie personnelle et familiale, ajoute-t-il. « Le problème en agriculture, c’est le risque d’essoufflement. Quand tu souffres de détresse psychologique, tu ne sais plus où donner de la tête. Comme je disais au début, nous ne voulions pas atteindre une grosseur où nous aurions perdu les pédales. » 

Fiche technique
Nom de la ferme

Ferme Boily

Spécialité

Vaches laitières

Année de fondation

1933

Noms des propriétaires

Sylvain Boily, Chantale Bouchard, Jean-Luc Boily, Philippe Boily

Nombre de générations

4

Superficie en culture

300 hectares

Cheptel

245 vaches