Marie-Pier Nadeau et Jean-Philippe Jolin avec leurs trois filles, Rosalie, Éloïse et Sara. Photos : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-GERVAIS – En misant toutes ses billes sur sa production de lait de chèvre pour privilégier le volume, la famille Jolin-Nadeau a développé un modèle de ferme caprine performant qui lui permet aujourd’hui de profiter d’un bel équilibre entre le travail et la vie de famille.
Pendant la semaine de relâche, en mars, les naissances des chevreaux se sont succédé à un rythme effréné à la ferme Caprijol. Autour des enclos se sont activés les propriétaires, Jean-Philippe Jolin et Marie-Pier Nadeau, assistés par une ribambelle d’enfants ainsi que des membres de leur famille et des amis, venus leur prêter main-forte pendant cette période plus occupée que d’habitude.
Avec un troupeau de 1 600 chèvres, dont 1 000 en lactation, c’est un boum de 500 naissances en deux semaines qui doit être encadré. Les trois filles du couple, Éloïse, 12 ans, Rosalie, 11 ans, et Sara, 9 ans, avec cousines et amis, ont donc été aux aguets pour alerter leurs parents dès qu’une chèvre était prête à mettre bas. Le clan est aguerri, malgré son jeune âge, puisqu’il s’implique depuis déjà plusieurs années à la ferme. « C’est toujours comme ça. On coordonne les saillies pour que le gros des naissances tombe pendant la semaine de relâche. Ça nous permet d’avoir de l’aide », indique M. Jolin. Cela permet « de rallier la famille et de changer l’atmosphère de travail », renchérit Mme Nadeau.
La ferme Caprijol compte aujourd’hui l’un des deux plus gros troupeaux caprins du Québec. Un projet d’agrandissement en cours augmentera d’ailleurs sa taille à 2 000 têtes prochainement. « La bâtisse est levée. Il reste à la remplir, mais d’ici deux ans, ça va être plein », affirme l’éleveur.
L’objectif n’est pas de grossir à l’infini, mais d’atteindre la taille optimale pour optimiser la production et les installations, expliquent les deux propriétaires, qui spécifient avoir choisi de se spécialiser dans la production plutôt que la transformation pour être plus efficaces. Après quelques voyages à l’étranger pour s’inspirer des meilleures pratiques, M. Jolin est maintenant satisfait de l’efficacité atteinte, qui repose entre autres sur une bonne gestion, souligne-t-il. Ce modèle leur permet de faire des économies d’échelle et de rentabiliser plus rapidement les équipements, l’achat d’intrants ou le transport du lait, qui n’est pas fédéré. « Le prix du transport peut facilement varier entre 3 cents le litre et 20 cents le litre, donc plus tu as un volume élevé, moins ça coûte cher », illustre-t-il.
La taille du troupeau permet des économies d’échelle qui nous donne une qualité de vie plus grande que quand on avait moins de chèvres. On continue donc dans cette voie.
Tombés sous le charme des chèvres
Jean-Philippe Jolin représente la deuxième génération à la tête de la ferme acquise en 1987 par ses parents, Louis Jolin et Micheline Larrivée. À l’époque, il s’agissait d’une petite ferme comptant 40 vaches laitières, qui a été convertie en élevage caprin dans les années 2000, après que ses propriétaires aient lu un article qui les a fait tomber sous le charme de cette production. Marie-Pier et lui ont pris la relève de l’entreprise progressivement de 2010 à 2018, période à partir de laquelle les projets d’agrandissement du troupeau laitier se sont enchaînés. « En 25 ans, on n’a jamais été plus de deux-trois ans sans réinvestir et grossir. Ça nous a permis d’engager deux employés guatémaltèques, ce qui nous donne aujourd’hui une qualité de vie plus grande que quand on avait moins de chèvres », explique l’éleveur. « Ça nous donne plus de temps pour nous, en famille, le soir, la fin de semaine », ajoute sa conjointe, qui insiste sur le fait que ce meilleur équilibre permet de moins s’épuiser au travail et de transmettre leur passion à une troisième génération.

La ferme Caprijol coordonne les saillies pour avoir deux vagues de mises bas d’environ 1 000 chevreaux au printemps et 1 000 autres à l’automne, afin de produire à l’année. Sa production, qui avoisine un million de litres annuellement, est vendue au transformateur Saputo, alors qu’une petite partie est transformée chez des collaborateurs.
M. Jolin indique qu’actuellement, l’industrie se porte bien et que la demande pour le lait de chèvre dépasse l’offre. « On est moins restreints que d’autres productions, pour le quota par exemple, donc ça nous permet de faire des projets et de grossir rapidement, souligne Mme Nadeau. En revanche, il y a toujours une incertitude parce que c’est un libre marché qui suit des vagues. Il faut toujours garder en tête que ça peut redescendre, donc on planifie en conséquence. »
Équipement techno
L’installation d’une salle de traite, en 2010, a fait une grande différence dans l’évolution de l’entreprise, selon son copropriétaire, Jean-Philippe Jolin. « C’est une double 30, à sortie rapide et à retrait automatique, qui est un équipement spécialisé qui vient de France. Quand on l’a acheté, on avait 600 chèvres [en lactation], et il sera encore adapté si on se rend à 1 400 », détaille-t-il. Sans être « exceptionnelle », cette installation facilite grandement la traite, en simplifiant son exécution. Les traites durent, selon la taille du troupeau, entre 2 h et 3 h par jour, deux fois par jour.

Le bon coup de l’entreprise
En plus d’accueillir famille et amis pendant la période des naissances des chevreaux, Jean-Philippe Jolin et Marie-Pier Nadeau s’impliquent dans leur communauté, autant pour le partage de leur expertise agricole que pour faire découvrir ce monde aux plus jeunes.
« Quand j’étais à l’école, c’est ce que j’aimais le plus, les visites de fermes. Je suis d’ailleurs resté curieux et je continue à m’inspirer de ce qui se fait ailleurs, même dans d’autres pays », raconte M. Jolin. Puisque d’autres lui ont ainsi ouvert leurs portes, il tient donc à rendre la pareille en ouvrant les siennes à la relève agricole. Chaque année, il accueille plusieurs groupes de différentes formations agricoles pour leur faire découvrir l’élevage caprin.
De la même manière, Mme Nadeau accueille des groupes d’élèves d’écoles primaires pour leur faire découvrir la vie à la ferme par l’intermédiaire du programme École-O-Champ. « On compte beaucoup sur l’aide et l’expertise des autres, alors on aime aussi redonner à notre communauté. C’est quelque chose qui nous démarque », souligne-t-elle.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Caprijol |
| Spécialité : | Lait de chèvre |
| Année de fondation : | 1987 |
| Noms des propriétaires : | Jean-Philippe Jolin et Marie-Pier Nadeau |
| Nombre de générations : | 2 |
| Superficie en culture : | Une soixantaine d’hectares en culture de foin pour le troupeau, dont 36 loués |
| Cheptel : | 1 600 chèvres, dont 1 000 en lactation |
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