Ma famille agricole 24 avril 2025

« Nous trois, c’est le meilleur match qu’on pouvait avoir »

BIENCOURT – Les frères Hugo et Guillaume Caron travaillaient dans une grande usine, mais avaient le cœur ailleurs, car ils rêvaient de devenir acériculteurs. L’un de leurs oncles possédait déjà une érablière avec son propre frère, qui anticipait de vendre ses parts. « Je m’étais dit que s’ils venaient me voir à Pâques, je leur proposerais de devenir propriétaires avec moi », raconte l’oncle, Rémi Thériault. Par hasard, les neveux se sont dit, à Pâques, cette année-là, que Rémi était seul à travailler dans sa cabane à sucre pendant que le reste de la famille était en congé. Ils ont décidé de passer le voir…

Rémi Thériault arrivait à la croisée des chemins : soit il trouvait une relève, soit il vendait son érablière au plus offrant. « Mais l’argent n’est pas mon but principal. J’ai un attachement pour tout ça ici et j’aimais encore ça, le temps des sucres et travailler en forêt. Sauf que je travaillais toujours seul. [Mes neveux] étaient jeunes, vaillants et bons avec les nouvelles technologies. Quand j’ai pensé à eux, tout tombait bien. Aujourd’hui, je peux dire que nous trois, c’est le meilleur match qu’on pouvait avoir », exprime-t-il à propos du moment où ses neveux Hugo et Guillaume sont devenus ses ­partenaires d’affaires, en 2017. 

Une grosse cabane

L’Érablière LRT a été fondée par le père de Rémi, un producteur laitier qui récoltait l’eau de 1 000 entailles à la chaudière et bouillait le sirop des nuits de temps dans un immense chaudron sur feu de bois. « À l’époque, la cabane était en plein milieu du lot. Il fallait s’y rendre à pied. C’était long. Même ma mère marchait ça. Je me rappelle la voir laver les cannes de sirop à la main; tout était artisanal. C’était vraiment de l’ouvrage pour le petit peu que ça leur rapportait », se remémore Rémi. 

En prenant la relève avec son frère, ils ont fait des acquisitions de lots et sont passés d’une production artisanale à une entreprise acéricole de 39 000 entailles. En 2017, quand Hugo et Guillaume se sont joints à la partie, Rémi leur a dit : « On va se faire une plus grosse érablière, avec une plus grosse cabane! On n’a pas le choix si on veut en vivre les trois sans être obligés de travailler à l’extérieur. » Hugo et Guillaume, début trentaine, ­n’allaient pas dire non. 

De la chance

Le trio sait combien il est difficile d’entrer dans le cercle de l’érable sans payer un prix excessif. Même dans les jeunes années de Rémi, il fallait avoir de la chance.

L’un de mes voisins était venu cogner à ma porte pour me dire que son érablière de 20 000 entailles était à vendre. Je ne le remercierai jamais assez, car c’est le genre d’affaire qui ne se voit plus aujourd’hui.

Rémi Thériault

Plus récemment, les trois acériculteurs ont acheté une autre érablière de près de 20 000 entailles d’un membre de la famille élargie. « Il aurait peut-être obtenu plus cher s’il l’avait offert ailleurs, mais il voulait que ça reste dans la famille », salue Guillaume. 

Leur « bonne étoile », comme dirait Rémi, leur a permis de mettre la main sur d’autres lots, portant le total aujourd’hui à 680 hectares de forêt, dont 260 ha en érables et 65 000 entailles en production. 

La technologie

L’Érablière LRT a agrandi ses infrastructures cinq fois depuis 1998 et a investi près de 1,1 M$ en équipements au cours des cinq dernières années. Trois silos de 95 000 litres viennent d’être érigés pour contenir l’eau d’érable et le filtrat. Un déboursé de près de 140 000 $ qui vaut la peine, affirme Guillaume. « En 2024, ce fut un printemps record. On ne dormait pas [en raison de la capacité d’entreposage qui était dépassée par les coulées]. Aussitôt qu’on a eu fini la saison, on s’est dit qu’on ne revivrait pas ça… On a commandé des silos, mais aussi parce qu’on voulait garder le concentré plus frais. » 

Autre ajout en 2025 : un séparateur à osmose inversée entièrement automatisé. « Avant, on dormait quatre heures, mais dans ces quatre heures, il fallait parfois se lever pour laver l’osmose… C’était l’enfer! Asteure, tout est automatisé. Je pourrais le contrôler de chez moi par téléphone cellulaire », dit Hugo.

Les capteurs disposés en forêt informent les propriétaires de la moindre fuite dans le réseau de collecte d’eau. Ils sont devenus des outils électroniques essentiels, fait remarquer Guillaume. « Ce n’est pas compliqué; si quelqu’un nous enlève ça, on arrête et on s’en va. Ce serait comme travailler à l’aveugle! » 

Son oncle renchérit avec un sourire. Il sait que la technologie dans les érablières est devenue un incontournable dont il aurait dû se passer sans ses neveux. « Je les regarde connecter toutes les affaires et je me dis que j’aime autant prendre ma scie mécanique et retourner dans le bois. Ils veulent continuer à faire progresser l’érablière, à l’améliorer, la perfectionner; c’est pour ça aussi que je répète que c’est un bon match avec eux », insiste Rémi. Guillaume renvoie le compliment au plus âgé des trois. « On a chacun nos forces. Comme opérer la débusqueuse, on laisse faire le pro! » 

Après les sucres, les acériculteurs redeviennent ainsi des forestiers qui aménagent leurs érablières. L’achat d’une multiabatteuse usagée illustre leur volonté d’effectuer davantage de travaux forestiers au cours des prochaines années afin d’optimiser les peuplements d’érable et de dégager des revenus supplémentaires avec la récolte des autres essences. « On ne peut pas dire que l’été, c’est mollo. En fait, ce n’est jamais mollo ici. Que ce soit d’installer de nouveaux bassins, la tubulure, construire les stations de pompage, on est toujours accotés depuis quatre ans », indique Guillaume. 

Les frères Caron empochent un salaire annuel moindre comparativement à ce qu’ils recevaient à l’usine, mais ils pratiquent un métier qui les passionne et ils sont reconnaissants d’être copropriétaires de l’Érablière LRT, qui vaut aujourd’hui, selon Rémi, près de 7 M$. 

Pour Rémi, le plaisir de voir où est rendue l’entreprise, entre les mains d’une relève familiale, vaut son pesant d’or et représente un accomplissement pour lui. « Mon père nous verrait et serait fier. Il serait impressionné aussi de voir qu’on produit en une heure ce qu’il faisait en une saison! Pareil pour ma mère. Surtout qu’elle aimait le sucre en cibole! »  

Les valves des silos extérieurs contenant l’eau d’érable et le filtrat sont accessibles de l’intérieur. La tuyauterie entièrement en acier inoxydable est de grade alimentaire.

Une qualité de vie améliorée

Chaque année, les acériculteurs ont investi afin d’améliorer leur entreprise. Les performances ont augmenté, permettant d’ajouter des entailles, mais la qualité de vie aussi s’est bonifiée. « On a toujours été contents de ce qu’on a fait pour s’améliorer. Si tu prends le séparateur automatisé, on ne fait pas plus de sirop, mais on sépare plus d’eau. Ça prend moins de temps pour bouillir. On utilise donc moins de granules, et il nous a amené une meilleure qualité de vie », explique Guillaume. Idem pour l’évaporateur à l’huile changé en 2020 pour un évaporateur aux granules de bois. « L’évaporateur prend pas mal moins d’heures pour bouillir. On fait cinq barils à l’heure comparativement à 2,5 barils avant. On sauve la moitié de temps, on sauve des coûts et le lavage [des casseroles] est beaucoup plus facile. Avant, il fallait toutes les démancher », précise Rémi.

Le nouveau séparateur automatisé augmente la capacité de production de l’érablière et offre une meilleure qualité de vie au trio d’acériculteurs.

Le bon coup de l’entreprise

L’une des forces de l’Érablière LRT demeure l’achat de lots forestiers. Rémi Thériault et ses associés se sont toujours tenus à l’affût des occasions pouvant s’offrir à eux.

Cependant, l’un des meilleurs coups, au fil des années, demeure un échange de terre. « On voyageait de l’eau et le voisin aussi. On se croisait dans le chemin avec nos camions! Sauf qu’on avait un lot que le tuyau passait devant sa cabane et lui avait un lot que son eau coulait au bout de l’un de nos tuyaux… Même si son lot avait 1 000 entailles, on a décidé de se les échanger. Ç’a fait le bonheur de tout le monde, et on a baissé nos coûts de transport », explique l’acériculteur. 

Plus récemment, les trois acériculteurs ont acheté une autre érablière de près de 20 000 entailles d’un membre de la famille élargie.
Fiche technique :
Nom de la ferme :

Érablière LRT

Spécialité :

Acériculture

Année de fondation :

Début des années 1960

Nombre de générations :

3

Noms des propriétaires :

Rémi Thériault, Guillaume Caron et Hugo Caron

Superficie en forêt :

680 hectares

Nombre d’entailles :

65 000

Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809


Ce portrait de famille est présenté par