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Même si, chaque année, ils jonglent avec l’idée d’imposer un coût d’entrée, les propriétaires du Centre d’interprétation de la courge à Saint-Joseph-du-Lac, dans les Laurentides, finissent par conserver l’accès gratuit au site.

Même si, chaque année, ils jonglent avec l’idée d’imposer un coût d’entrée, les propriétaires du Centre d’interprétation de la courge à Saint-Joseph-du-Lac, dans les Laurentides, finissent par conserver l’accès gratuit au site.

Le dilemme d’imposer un coût d’entrée

Certaines fermes offrant l’autocueillette choisissent d’imposer un coût d’entrée pour financer des investissements destinés à améliorer l’expérience client. La formule n’est toutefois pas encore très répandue au Québec.

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« Ce n’est pas une pratique qu’on voit beaucoup », affirme Jennifer Crawford, de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (APFFQ). Il y a une dizaine d’années, la Ferme Quinn a commencé à fixer un coût d’entrée de 5 $ par personne. « Les visiteurs sont parfois choqués du prix, mais on n’est pas riches », se défend la copropriétaire Stéphanie Quinn. Cette décision d’affaires lui a notamment permis de moderniser les salles de bain et d’avoir plus d’employés pour accueillir et informer les gens, précise-t-elle.

Aux dires de la présidente de l’Association nord-américaine des agriculteurs en marketing direct, il existe encore une mentalité au Québec selon laquelle les producteurs vont s’en mettre « plein les poches » s’ils exigent un prix d’entrée. Et cela les freine à adopter cette formule, contrairement à d’autres provinces canadiennes ou aux États-Unis où c’est devenu la norme, observe-t-elle.

Un pensez-y-bien

Chaque année, les propriétaires du Centre d’interprétation de la courge à Saint-Joseph-du-Lac, dans les Laurentides, y réfléchissent, mais choisissent de conserver l’accès gratuit au site. Ils estiment cette option plus rentable. « La famille va peut-être réduire sa facture de plus de 20 $ [si elle paye 5 $ par personne]. Si ça ne lui coûte rien pour l’entrée, elle peut faire des provisions pour l’hiver et monter une brouette de courges pour 60 $ », explique Alexandra Lauzon, directrice des communications et du marketing. Son choix d’affaires serait peut-être différent si les gens venaient surtout pour prendre des photos au champ, comme c’est le cas à la Maison Lavande, de Saint-Eustache, cite-t-elle en exemple. Au-delà des considérations économiques, Mme Lauzon motive également la décision de l’entreprise familiale de maintenir la gratuité au site par une volonté d’offrir à la population un accès à la terre. 

Au verger Labonté de la pomme, qui offre l’accès gratuit à son site et à un labyrinthe, on envisage d’imposer un prix d’entrée avec la toute récente culture des tournesols. « On a remarqué que les gens ne viennent pas pour acheter des fleurs, mais seulement pour les photos. […] Si on décide d’investir davantage dans les tournesols, il va falloir penser à un coup d’entrée », soutient Nathalie Labonté.

Couvrir les pertes

Pour sa part, Stéphanie Quinn fait valoir que les coûts d’entrée dans le milieu agrotouristique permettent d’absorber les pertes causées par le passage des nombreux visiteurs. Selon elle, la moitié des récoltes au champ sont sacrifiées par le piétinement et la cueillette non sélective des fruits. « Notre
5 $ permet de couvrir ça », justifie l’entrepreneure.

La consultante Audrey Simard, de Papilles développement, fait justement remarquer que des agriculteurs vont limiter l’accès à certains champs pour mieux encadrer leur production. Elle insiste sur le fait que l’autocueillette a un coût. « Ça abîme les champs et ça prend du personnel. [Les producteurs] ne sont pas toujours conscients de l’ampleur de ces coûts », précise-t-elle.

Contre les incivilités

Année après année, des gestes déplacés tels que fumer ou arracher des plants continuent d’être commis dans les champs. Des avertissements écrits doivent donc être affichés pour tenter de mettre fin à ces pratiques. Tout récemment, l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (APFFQ) a produit le Guide du cueilleur responsable. On invite entre autres les touristes à goûter aux fruits sans en ingurgiter de trop grandes quantités. L’affiche a été créée avec des illustrations sympathiques afin de bien faire passer le message auprès d’une clientèle qui n’est pas habituée à visiter des exploitations, fait valoir Jennifer Crawford, de l’APFFQ.

Témoins d’une grande déconnexion

Il n’est pas rare que les employés de la Ferme Quinn reçoivent des appels de potentiels clients qui veulent venir cueillir des fruits… en plein hiver.

Pour la copropriétaire Stéphanie Quinn, cela va plus loin que la croyance enfantine selon laquelle le lait au chocolat provient des vaches brunes. « Il y a 10 ans, on recevait un appel [de ce genre] par hiver et on trouvait ça drôle. Maintenant, c’est toutes les semaines », dit-elle, d’un ton découragé.

« On a des Québécois [de souche] qui appellent et cherchent du maïs. […] Vu qu’à l’épicerie on a tout, tout le temps, les gens commencent à oublier la saison des récoltes », regrette Mme Quinn. Pour l’entrepreneure, cela témoigne de la méconnaissance du public concernant les réalités agricoles, mais renforce l’importance du volet éducation des fermes agrotouristiques.

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