Des blagues ou des gestes déplacés, de même que des sextos envoyés aux travailleuses de rang ont conduit l’organisme Au cœur des ramilles agricoles à sensibiliser le milieu agricole à ce sujet.
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S'abonner maintenantL’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA), un réseau d’aide psychosociale qui soutient gratuitement les agriculteurs et agricultrices, a récemment effectué une sortie publique sur les réseaux sociaux afin de signaler les comportements déplacés de certains agriculteurs envers leurs intervenantes.
Blagues à connotation sexuelle, contacts physiques inappropriés et photos osées envoyées sur le cellulaire de leur travailleuse de rang sont quelques exemples énumérés par la nouvelle directrice d’ACFA, Jessica Chouinard. Elle désire sensibiliser la communauté agricole à ce sujet et accroître la sécurité des travailleuses de rang.

« J’ai eu des échos de mes employées. Je vais faire une enquête plus sérieuse de la situation, mais c’est quelque chose de présent qu’il faut recadrer », indique-t-elle, en précisant qu’il s’agit seulement d’une minorité de producteurs qui dépassent les limites.
On ne veut pas en faire un plat plus gros que ce qu’il en est, mais on ne veut pas ignorer ces comportements. Il faut sortir de ce tabou-là.
Mesures de protection
La directrice d’ACFA souligne que des mesures de protection ont été mises en place. Par exemple, une application sera installée sur le téléphone de chacune des travailleuses de rang afin qu’elle puisse contacter les services d’urgence si elles se sentent menacées. « C’est l’équivalent d’un bouton panique », dit la directrice. Ce dispositif sera géoréférencé de sorte que, même dans les milieux ruraux reculés, il sera possible de les localiser.
Jessica Chouinard indique que tous les cas ne sont pas extrêmes, et les travailleuses de rang utilisent l’humour, au départ, pour signifier à l’autre personne qu’un commentaire est un peu déplacé.
La blague selon laquelle le métier de travailleuse de rang pourrait évoluer vers celui d’une travailleuse du sexe ne passe plus, insiste-t-elle. Lorsqu’on leur signale un geste ou une parole inappropriés, certains producteurs vont répondre : « C’était juste une joke. Vous n’avez pas le sens de l’humour? » Mme Chouinard mentionne que les agriculteurs sont à l’image de la société et des réseaux sociaux; certains comprennent et arrêtent leur comportement, mais il y en a « d’autres pour qui c’est plus difficile ».
Pour ce qui est des rares individus qui persistent dans leurs agissements, ACFA demande à ses travailleuses de rang de ne plus se rendre à leur domicile. Elles poursuivront le service d’aide dans un endroit neutre, sécurisé et confidentiel.
D’autres femmes se confient
Les « jokes de mononc » ou des « mains tendancieuses » perturbent plus que les travailleuses de rang, fait remarquer Jessica Chouinard. Elle rapporte que des femmes ont témoigné dernièrement être mal à l’aise lorsqu’elles participent à des soirées agricoles, car elles se font parfois approcher de façon inappropriée, notamment lorsque de l’alcool est consommé.
ACFA évalue la possibilité d’embaucher une sexologue qui pourrait mieux soutenir ceux qui ont des écarts de comportement.
Des gens trouvent qu’on exagère quand on parle de ça, mais il est temps qu’on l’aborde et qu’on arrive en 2025.
Jessica Chouinard s’inquiète quelque peu de la montée du masculinisme, selon lequel les valeurs traditionnelles confèrent moins de respect à la femme. « Parmi les femmes qui se sont confiées, la question du devoir conjugal est aussi ressortie. Le devoir conjugal, la montée du masculinisme s’en sert pour justifier des écarts de conduite. Ce sont des principes qu’on pensait avoir irradiés ou désamorcés et qui reviennent », s’attriste-t-elle.
Situation revenue à la normale chez ACFA
L’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA) a vécu une période d’instabilité au sein de sa direction. « Deux codirecteurs ont quitté. Cela amène souvent du mouvement dans l’administration. On est en train de reconstruire l’administration, mais tout va bien maintenant. Chez nos travailleuses de rang, c’est très stable », détaille la nouvelle directrice, Jessica Chouinard, qui est en poste depuis le 1er mai. Elle précise que des divergences d’opinions ont créé des tensions au sein du conseil d’administration. Un débat entourant la rémunération de l’ancienne présidente et l’ingérence politique quant à la gestion des budgets est désormais de l’histoire ancienne. « Nous avons maintenant des gens en place qui sont engagés, dévoués et prêts à aller de l’avant avec ACFA », affirme Mme Chouinard.