À coeur ouvert 16 mai 2025

Et si on parlait de « devoir conjugal »

Avertissement : nous allons aborder le délicat sujet des relations sexuelles, sous pression, dans le couple. Il serait normal que cela vous fasse réagir. Lucie (*prénom fictif) se décrit comme une femme de ferme, mère de quatre enfants. Sollicitée en permanence. Fatiguée, physiquement et mentalement. Disons-le, même si elle décrit son homme agriculteur, qu’elle aime, comme bon et fort, le « devoir conjugal » lui pèse. Bien sûr, ça n’a pas été facile de nous écrire cela, d’oser le dire. « Mais j’ai besoin de le sortir, de le mettre en mots, parce que bien que je me sente seule avec ça, je sais que je ne suis pas la seule », témoigne-t-elle. 

Le désir sexuel, c’est vraiment complexe et influencé par tellement de facteurs (stress, conflits, fatigue, maladie, âge, angoisse de performance, etc.). Qu’en est-il lorsqu’au sein du couple, il y a un écart? Quand la pression s’installe, quelles peuvent être les conséquences? Comment retrouver l’équilibre? 

Lucie écrit : « Ses besoins à lui sont toujours là, insistants. Moi, j’ai la fatigue qui me pèse. Lui, jamais. Il a toujours l’énergie pour ça. Comme si c’était sa seule façon de souffler, son seul vrai moment de bien-être dans tout ce tourbillon. Alors, je ressens la pression. Pas parce qu’il me force, jamais. Mais parce que je sais que c’est important pour lui. Et puis, quand il n’y en a pas, je le vois. Il est moins heureux, plus irritable. Et c’est à ce moment-là que je comprends “qu’on est dus”. Et parfois… parfois, j’ai l’impression que son besoin est rendu trop grand. Je n’ai pas l’énergie pour m’investir dans notre intimité, alors je le laisse se masturber en moi. Je n’aime pas dire ça, mais c’est l’image que ça me fait. Que ce moment est plus pour lui que pour nous. »

L’impératif du « devoir conjugal », un legs religieux, a la couenne dure. De plus, porter le poids du « seul vrai moment de bien-être » que s’accorde son homme peut être très lourd sur des épaules déjà fragilisées. Ça peut conduire à s’oublier pour le satisfaire et pour sécuriser la relation conjugale. Toutefois, dans une relation sexuelle, le consentement devrait être libre. Lorsqu’on transgresse ses limites personnelles pour ne pas déplaire à la personne qu’on aime, ce n’est peut-être pas la définition même de la liberté de choix.

Comme conjoint, est-ce qu’on souhaite que notre partenaire ait de notre relation sexuelle l’image d’un « devoir »? Le conjoint de Lucie lui dit que c’est dans l’acte sexuel qu’il se sent connecté à elle, mais est-ce que la connexion d’un couple passe uniquement par là? Est-ce que parfois, on passe à côté de petits gestes d’affection qui assurent autant de connexion, avec moins de pression? Qui plus est, il arrive de se priver de toucher son partenaire, de peur qu’il associe ces touchers à un désir d’avoir une relation sexuelle. Plusieurs étoiles doivent être alignées pour arriver à se connecter à l’autre. Et il y a bien des manières de se connecter, outre que d’avoir une relation sexuelle avec quelqu’un qui ne veut pas à 100 %. Par exemple, les discussions profondes, les touchers sans attente, les différents langages de l’amour. Bref, nourrir les autres sphères de la relation est nécessaire. Connecter, c’est plus que juste baiser ensemble. Tout est équilibre. Vous l’aurez compris, quand on se pose toutes sortes de questions, quand il y a du stress ou que la charge mentale est trop grande, c’est un tue-libido.

Le « devoir conjugal », ce n’est pas de faire l’amour quand ça ne nous tente pas, c’est de mettre nos limites, même quand ce n’est pas facile.

C’est aussi, en tant que partenaire, de s’assurer d’avoir un vrai OUI, sincère et exempt de pression. Les professionnels de la santé sexuelle peuvent vous aider à rééquilibrer vos besoins respectifs et à trouver des façons d’avoir une connexion plus harmonieuse au sein de votre couple.  

Ginette Lafleur, Directrice à l’expertise et au contenu  d’Au cœur des familles agricoles

Martine Fraser, Travailleuse de rang pour Au cœur des familles agricoles en Mauricie


Besoin d’aide?

Si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Pour l’aide d’un travailleur de rang, contactez le 450 768-6995 ou par courriel [email protected]