Valérie Turcot estime que les travailleurs étrangers temporaires qu’elle emploie à la ferme, et qui reviennent travailler avec eux depuis plusieurs années, ont de bonnes conditions de travail et d’hébergement, comme dans la majorité des fermes du Québec. Photo : Gracieuseté de la Ferme Deaunier
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S'abonner maintenantLa position d’Amnistie internationale concernant les permis fermés des travailleurs étrangers temporaires (TET) au Canada déçoit une productrice agricole de Chaudière-Appalaches, qui avait l’habitude de donner à cet organisme.
Valérie Turcot exploite, avec son conjoint, une ferme de veaux de lait. Depuis vingt ans, elle fait des dons récurrents à Amnistie internationale, qui se voue à la défense des droits de la personne – une cause qui lui tient à cœur–, confie-t-elle, dans une entrevue accordée à La Terre.
Cette année, elle a été étonnée de recevoir un message d’Amnistie à ses donateurs s’amorçant avec le témoignage d’un homme qui déplore les conditions de travail difficiles et différents abus subis alors qu’il était employé dans le domaine de la construction dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires au Canada. L’organisme invite ensuite ses donateurs à signer une pétition réclamant l’abolition du régime des permis de travail fermés pour les travailleurs migrants au Canada, plaidant que c’est principalement cette catégorie de permis, qui lie les travailleurs à un seul employeur, qui ouvre la porte aux abus et à l’exploitation.
Ça m’a fait réagir vu qu’on est une ferme et qu’on embauche des TET. Je trouve qu’ils généralisent une situation qui n’est pas du tout générale. Et sans les permis fermés, on se retrouverait à payer des frais pour faire venir des travailleurs qui sont difficiles à trouver et qui pourraient ensuite partir du jour au lendemain. Ça n’a pas de bon sens.
Celle-ci reconnaît que des abus sont possibles, « comme dans tous les domaines », mais cela ne représente qu’une minorité d’employeurs, souligne-t-elle, et bien d’autres solutions pourraient être mises en place avant d’abolir les permis de travail fermés. « En s’assurant qu’il y a assez de recours en cas de problèmes et en informant mieux ces travailleurs de leurs droits », donne-t-elle en exemple.
La productrice a d’ailleurs pris le temps d’écrire à Amnistie internationale pour expliquer son point de vue d’agricultrice. Bien qu’elle se réjouisse qu’une porte-parole de l’organisme ait pris le temps de lui répondre, elle a néanmoins décidé de prendre une pause de don cette année, ne partageant pas la même vision que l’organisme sur la question des permis fermés.
Un problème systémique, selon Amnistie
Rappelons que le 30 janvier, Amnistie internationale a dévoilé un rapport de 82 pages intitulé Le Canada m’a détruite. Exploitation des travailleuses et travailleurs migrants au Canada,dans lequel d’anciens travailleurs migrants témoignent d’abus physiques et psychologiques qu’ils disent avoir subis alors qu’ils étaient employés dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires, notamment dans des fermes du Québec. Avec ce rapport, l’organisme veut faire pression sur le gouvernement fédéral pour que ce dernier mette fin à l’attribution des permis fermés.
Il est d’ailleurs récemment revenu à la charge en déplorant que le Canada n’en fait pas assez « pour mettre fin à l’exploitation des travailleurs étrangers temporaires admis avec des visas qui les lient à un seul employeur ». « Ce ne sont pas des exceptions. Il s’agit d’un problème intrinsèquement systémique, étroitement lié au système de visas », a affirmé Ketty Nivyabandi, secrétaire générale de la section anglophone de l’organisation, le 15 mai, lors d’un événement organisé par le commissaire aux droits de la personne de la Colombie-Britannique, a rapporté La Presse Canadienne.