L’entrée des chevaux dans l’arène fait monter l’adrénaline des conducteurs. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantSAINT-HYACINTHE – Accoté sur la stalle de son cheval vedette, à l’Expo agricole de Saint-Hyacinthe, Maxime Poirier parle avec intérêt de ce renouveau qui anime l’univers des chevaux qui compétitionnent dans les expositions.
« Il y a une nouvelle énergie. Je dirais même un nouveau regain pour les élevages. Je le vois; il y a vraiment une meilleure qualité de chevaux et une plus grande attention aux petits détails dans les soins des chevaux. Il y a aussi un retour des jeunes. La tranche d’âge des 25-35 ans est plus présente. La roue a tourné. Nous sommes dans un nouveau cycle; les jeunes veulent participer et faire la différence », dit le jeune éleveur, qui est maréchal-ferrant de profession.

Celui qui a participé, en 2019, aux « olympiques » réunissant les meilleurs maréchaux-ferrants estime que le désir des éleveurs de mieux performer en pousse plusieurs à adopter des pratiques d’élevage jadis réservées à l’élite ou, du moins, aux écuries les plus fortunées. « Avant, tu en avais plusieurs qui n’avaient pas de cédule pour leurs ferrages et qui portaient moins attention aux détails. Maintenant, on en voit plusieurs qui s’équipent même de couvertures spécialisées pour faire mieux circuler le sang, régénérer les muscles et préparer les ligaments des chevaux. L’amélioration face au soin des chevaux est beaucoup plus poussée aujourd’hui qu’il y a cinq ans et la classe moyenne [des éleveurs] embarque dans ça », atteste le copropriétaire de la ferme South Mountain, située à Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie.
Une figure montante
Dans la catégorie des chevaux lourds, Jason Taylor, 33 ans, de Sawyerville, en Estrie, est montré du doigt comme une figure montante. Entouré de ses Percherons géants, il était un brin nerveux, lors du passage de La Terre, juste avant la deuxième compétition des attelages à six, le 27 juillet.
« On espère toujours gagner, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. C’est parfois une question de secondes; tu prends mal un virage, un guide coince ou un cheval a peur de quelque chose. Tout peut arriver », commente celui qui allait finalement être sacré grand gagnant de la compétition avec sa conjointe, Émilie Bernier. Le couple a deux jeunes enfants, qu’il trimbale dans les expositions.

Les compétitions sont onéreuses et les sacrifices, importants. Jason travaille dans une entreprise de piliers de béton, en plus de s’occuper de la production de sapins de Noël qui appartient au couple.
Cette passion commune pour les chevaux et la vie en campagne nourrit ces partenaires de vie, qui sont récompensés à l’occasion par des victoires.
« L’année passée nous avons été en Ontario, et on a gagné les deux compétitions en attelage de six. Le règlement là-bas, si tu gagnes les deux six, tu remportes le jackpot de 5 000 $. On était très chanceux et très contents », raconte-t-il.

Dans le mix américain
Quand on lui demande de se situer parmi les autres éleveurs de Percherons qui s’inscrivent dans les concours d’attelage, Jason Taylor dit humblement qu’il fait partie des meilleurs au Canada. Aux États-Unis, par contre, la marche est plus haute. « On ne serait pas de calibre pour être dans le top aux USA, mais on pourrait être dans le mix », dit-il, faisant référence à cette fameuse expression au hockey selon laquelle une équipe fait partie du groupe qui pourrait lutter pour une place en série.
Les éleveurs de chevaux du Québec prennent du galon, assure-t-il. « On est plusieurs à vouloir s’améliorer, à essayer d’aller chercher toujours les pièces [chevaux] qui te manquent pour te rendre meilleur. Puis je dirais que les jeunes qui prennent la relève, ils sont moins dans les vieilles façons de faire, ils ouvrent leurs œillères pour aller voir ailleurs. »

En guise de comparaison, il soutient que le calibre des éleveurs de chevaux lourds du Québec est meilleur que celui d’autres provinces, mais égal avec l’Ontario. Il importe de profiter des progrès de la génétique, signale-t-il, indiquant que plusieurs efforts sont consentis sur l’amélioration de la race afin de créer le cheval parfait. « Les chevaux sont plus modernes, les corps plus longs, les cous plus longs et plus élégants, et la stature plus imposante. L’action naturelle des chevaux, des pieds est aussi meilleure. N’importe qui qui connaît les chevaux voit une bonne différence. Au Québec, on n’est pas aussi avancés qu’aux États-Unis, mais on n’est pas si loin que ça derrière, parce qu’il y a du monde ici qui vont aux États, qui achètent des chevaux et qui ramènent ça ici pour essayer. »
L’entrevue est interrompue par l’arrivée d’un gaillard du nom d’Allen George. Il est le copropriétaire d’une autre écurie de chevaux lourds en compétition à Saint-Hyacinthe. Les deux hommes se connaissent bien, très bien, même. Jason a découvert le monde des chevaux lourds à 14 ans lorsqu’il travaillait pour M. George. Quand il est question d’évolution des attelages, ce dernier abonde dans le même sens. « Ça fait quarante ans passés que je suis là-dedans et la compétition est bien plus forte aujourd’hui. On ne va pas à l’Expo pour avoir du fun, on va à l’Expo pour essayer de gagner. Les chevaux sont plus beaux, plus hauts et mieux préparés. La génétique, tu as des animaux avec le dos plus arqué, qui se tiennent la tête haute. Depuis dix ou quinze ans, les animaux sont plus grands d’une main et demie [15 cm], ils lèvent les pieds plus haut et sont plus forts », énumère l’éleveur d’expérience.

Selon lui, l’entraînement s’est aussi peaufiné et intensifié, de concert avec une alimentation évoluée. « Avant, tu soignais avec de l’avoine et du foin. Aujourd’hui, on donne beaucoup de minéraux et plus de protéine, comme de la moulée à 20 % de protéine et de la pulpe de betterave », donne en exemple le propriétaire de l’écurie George’s Clydesdales, située à Dudswell, en Estrie.
Avant la compétition, comment Allen George évaluait-il ses chances de l’emporter? « Je n’ai pas de bonnes chances. Je suis content de voir où Jason est rendu, mais il a un meilleur attelage que le mien et d’autres aussi. Si je gagne un ruban aujourd’hui, ça va être correct pour moi », affirme le sympathique éleveur, qui a finalement terminé quatrième en finale.