Un vaste chantier est en cours pour mieux cerner l’empreinte carbone de la production d’œufs au Québec. Photo : Gracieuseté de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec
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S'abonner maintenantAtteindre la carboneutralité d’ici 2050 : tel est l’engagement pris par les Producteurs d’œufs du Canada. Au Québec, la Fédération a mandaté l’équipe d’Agriclimat pour tracer un portrait précis des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par la production d’œufs. Une trentaine de fermes ont été analysées jusqu’ici, et une seconde cohorte est en cours. « On veut d’abord établir un portrait rigoureux. Ensuite, on pourra cibler les meilleures pratiques à encourager », explique Sylvain Lapierre, président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec.
De premiers constats prometteurs

Selon les données préliminaires, l’empreinte moyenne québécoise serait de 1,3 kg d’équivalent CO₂ par douzaine d’œufs, une valeur légèrement inférieure à la moyenne canadienne. Une bonne nouvelle, en partie due aux rations alimentaires utilisées ici. « L’alimentation représente environ 75 % des émissions d’un œuf. Or, au Québec, nos rations contiennent davantage de maïs, dont l’empreinte carbone est plus faible que celle des céréales », explique Sylvestre Delmotte, consultant pour Agriclimat.
Autre facteur distinctif : la nature des sous-produits utilisés dans la moulée. « Au Québec, on utilise davantage de sous-produits issus du porc et de la volaille, qui génèrent moins de GES que ceux issus des ruminants, plus communs ailleurs au pays. » La gestion du chauffage joue également un rôle : les bâtiments qui misent sur l’électricité profitent du mix énergétique québécois presque entièrement renouvelable. « Tout cela contribue à faire pencher la balance en faveur du Québec », résume-t-il.
Une deuxième phase de l’étude est déjà amorcée, avec une autre trentaine de fermes. Elle permettra d’approfondir certains éléments, comme le type de logement (cage enrichie versus liberté) et l’impact de l’allongement du cycle de ponte. L’objectif est aussi de confirmer les tendances observées dans la première cohorte.
Miser sur la durée

Un levier d’amélioration suscite particulièrement l’intérêt : l’allongement du cycle de ponte. Alors que les élevages sont généralement calés sur 51 semaines de production, certains producteurs québécois expérimentent des cycles de 64 semaines. « En gardant la poule plus longtemps, on dilue les émissions associées à l’élevage initial des poulettes sur un plus grand nombre d’œufs », résume le professeur Maurice Doyon, de l’Université Laval.
Cette hypothèse est au cœur des travaux que son équipe mène, en collaboration avec des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique, afin de compiler des données pancanadiennes pour mieux modéliser les impacts.
Nos premières analyses indiquent que la productivité alimentaire des poules reste stable, même avec un cycle allongé. Ce fait milite vers un résultat favorable également sur le plan de l’empreinte carbone.
Entre rigueur et ambition
Les données, encore en cours de traitement, devront être croisées avec des variables économiques et logistiques. « Ce n’est pas une petite décision. L’enjeu, c’est aussi l’ajustement de toute la filière : approvisionnement en poulettes, planification des livraisons, qualité de la coquille… » explique M. Doyon. L’objectif : identifier la durée optimale qui maximise à la fois la rentabilité et la performance environnementale.
Pour Sylvain Lapierre, l’étude menée par Agriclimat s’inscrit dans une volonté constante d’amélioration. « Le but, ce n’est pas juste de faire bien, c’est de faire toujours mieux. »