Mis sur pied par le gouvernement du Québec, un projet pilote de gestion active des prélèvements d’eau dans le Centre-du-Québec auquel participent des producteurs de canneberges et d’autres grands utilisateurs d’eau de différents secteurs, doit se déployer jusqu’en 2028. Photos : Archives/TCN
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S'abonner maintenantBien accueillie par plusieurs acteurs du milieu agricole, la mise en place par le gouvernement du Québec d’un projet pilote de gestion active des prélèvements d’eau dans le Centre-du-Québec représente un pas de plus vers une meilleure gestion de l’eau. Les défis à relever demeurent toutefois nombreux sur plusieurs fronts, notamment en matière de réglementation.
Le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Martin Caron, cible d’emblée la lourdeur administrative qui entoure l’entretien des cours d’eau au Québec.

« L’entretien et l’aménagement des cours d’eau sont très coûteux au Québec, laisse-t-il tomber. Les producteurs dépensent beaucoup en plans et devis. Il est grand temps qu’on modifie (la réglementation) et qu’on mette l’argent à la bonne place, par exemple dans des pratiques agricoles ou des aménagements aux abords de cours d’eau, plutôt que dans des papiers. »
Martin Caron plaide depuis longtemps pour que les travaux soient réalisés en vertu d’un protocole à respecter, plutôt que les demandes soient traitées à la pièce, ce qui entraîne des coûts et des délais indus.
Un comité composé notamment de représentants de l’UPA, ainsi que des ministères des Affaires municipales, de l’Agriculture et de l’Environnement, s’est penché sur la question à l’automne 2025. « On est en attente d’une réglementation pour corriger le tir », affirme Martin Caron.
Le président de l’UPA dénonce du même souffle les délais qui accompagnent les demandes de nouveaux prélèvements d’eau. « Il y a des producteurs que ça leur a pris deux ans pour essayer d’avoir le droit de créer un nouveau puits, illustre-t-il. Il faut que nos gouvernements et ministères soient aptes à prendre des décisions. » À cet effet, la réglementation doit être adaptée à la « réalité du terrain » et une plus grande « prévisibilité » est souhaitée, laisse-t-il tomber.
Travailler ensemble
Cela dit, Martin Caron dit voir d’un bon œil le projet pilote de gestion active des prélèvements d’eau annoncé par le gouvernement du Québec, dans la région du Centre-du-Québec. Ce projet, auquel participent des producteurs de canneberges et d’autres grands utilisateurs d’eau de différents secteurs, doit se déployer jusqu’en 2028. Selon le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), l’initiative « vise à évaluer des moyens concrets de mieux encadrer et optimiser l’utilisation de l’eau lors d’épisodes de sécheresse, dans une perspective de gestion durable et équitable de la ressource ».
« On peut travailler ensemble sur des choses pour optimiser la gestion de l’eau, opine le président de l’UPA. Il est grand temps qu’on ait plus une approche (collaborative) comme ça. »
En 2026, le projet veillera entre autres à identifier les moyens d’optimiser l’utilisation de l’eau en période de restriction, selon les secteurs d’activités, ainsi qu’à élaborer des moyens de communication, souligne par courriel le MELCCFP.
« Certaines approches seront par exemple testées auprès des préleveurs afin d’évaluer leur efficacité pour le déclenchement de mesures d’atténuation lors des périodes de sécheresse », laisse savoir le ministère.
Selon ce dernier, aucun autre projet pilote de gestion de l’eau n’est, pour le moment, officiellement prévu dans d’autres régions du Québec. Les efforts seront concentrés dans le Centre-du-Québec et permettront d’orienter le ministère dans ses prochaines actions.
Règles formalisées
S’ils sont favorables au projet pilote, les producteurs de canneberges n’en sont toutefois pas à leurs premières actions en matière de gestion de l’eau, rappelle le président de l’Association des producteurs de canneberges du Québec, Vincent Godin.

« C’était déjà comme ça qu’on fonctionnait, souligne celui qui est également à la tête de la cannebergière Pampev et copropriétaire du transformateur Emblème Canneberge. Nos permis de pompage dans les cours d’eau sont déjà encadrés par des débits minimums en deçà desquels on n’a pas le droit de pomper. » Selon lui, le projet pilote « formalise » cependant les règles pour l’ensemble des préleveurs des cours d’eau de cette région.
Priorités
Le ministère de l’Environnement dit en outre vouloir poursuivre la mise en œuvre de mesures visant à répondre aux priorités identifiées.
Parmi celles-ci : favoriser une meilleure gestion des matières résiduelles et des eaux usées générées par les activités agricoles, de même que réduire les apports de phosphore, de nutriments et de sédiments dans les plans d’eau.
Selon Martin Caron, l’importance de la gestion de l’eau fait sans contredit consensus parmi les producteurs, mais ceux-ci veulent s’assurer d’être bien outillés. Les projets de recherche et de développement, ainsi que le soutien aux producteurs, demeurent prioritaires. « Je pense qu’il reste beaucoup de choses à faire », affirme le président de l’UPA.
« Des fois, le monde agricole est ciblé, mais, si on consomme de l’eau, c’est pour nourrir notre monde. Il ne faut jamais oublier ça », ajoute-t-il en rappelant que le développement urbain exerce également une pression importante sur les sources d’eau.
En France, un débat oppose depuis quelques années partisans et opposants des « mégabassines » destinées à l’irrigation.
« Guerre de l’eau » en France
Sous l’effet des changements climatiques, la gestion de l’eau est devenue un enjeu brûlant dans plusieurs régions du monde, notamment en France, où les épisodes de sécheresse se multiplient. Le récent dépôt d’une loi d’urgence agricole est venu raviver le débat qui oppose depuis quelques années partisans et opposants des « mégabassines » destinées à l’irrigation.
Ces immenses réservoirs, qui puisent l’eau des nappes phréatiques durant l’hiver afin de la stocker pour une utilisation estivale, alimentent une véritable « guerre de l’eau ». D’un côté, les agriculteurs jugent ces infrastructures essentielles à leurs récoltes, et d’un autre, leurs détracteurs dénoncent une appropriation de la ressource au service d’une agriculture intensive.
Le débat pourrait s’intensifier avec la loi d’urgence agricole, qui devait faire l’objet d’un vote au début juin, car celle-ci vise, entre autres mesures, à faciliter l’aménagement d’ouvrages de retenues d’eau. Bref, l’été s’annonce chaud dans l’Hexagone.