La production forestière est importante pour l’agriculteur Marcel Blais, qui utilise les chevaux pour apporter les arbres à son lieu de chargement. Le faible coût de production de son chantier augmente ses marges de profit. Photo : Francis Blais
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenant« Mon père le disait, la pire erreur est de ne pas faire [du bois]. Oui, il y a des années où les prix sont meilleurs, mais quand tu fais du bois, tu réussis à tirer un revenu et tu améliores tes terrains. C’est comme un producteur de grains, même si les prix ne sont pas si bons, il sème quand même ses champs au printemps et il les récolte », indique Marcel Blais, qui détient 400 hectares de forêts, 300 hectares de terre cultivable et une ferme laitière comptant 90 vaches en lactation, à La Patrie, en Estrie.
Au moment de l’entrevue, il s’apprêtait à installer les harnais sur Flore et Belle, ses deux juments de race Percheron, avec lesquelles il récolte ses arbres. Ses deux collègues de travail à crinière et lui se dirigeront vers l’une de ses plantations d’épinettes, dans laquelle il prélève ces temps-ci une portion des arbres afin de permettre aux autres de croître plus rapidement; dans le jargon, une deuxième éclaircie commerciale. L’agriculteur livrera ainsi six camions-remorques de billots totalisant environ 270 mètres cubes destinés à l’industrie du sciage, c’est-à-dire des usines qui transforment les tiges en bois de construction. Il en tirera près de 40 000 $ cette année, lui qui prévoit être plus actif en forêt l’an prochain et d’en faire le double. En aménageant ses terres, elles prennent également de la valeur, souligne-t-il.
La forêt, c’est ça : tu ne t’en rends pas compte la première année, de l’impact de tes travaux, mais quand tu fais une coupe sélective, une coupe d’assainissement ou d’éclaircie, après cinq ou six ans, tu vois la différence; les arbres poussent plus. À l’inverse, si tu ne fais pas d’aménagement, ce n’est pas long qu’elle dépérit et perd de la productivité.
Marcel Blais a préféré limiter la croissance de son troupeau laitier pour conserver ses activités d’exploitation forestière. Les travaux en forêt lui offrent du travail l’hiver, de la flexibilité dans son horaire, et ce, sans le surcharger à la ferme. « Les arbres ne mourront pas si tu n’as pas le temps d’aller en forêt, ils vont t’attendre! Il y a des journées où on peut mettre plus d’heures ou moins d’heures en forêt selon le temps qu’on a. Tandis qu’en production laitière, tu dois t’occuper des animaux chaque jour. En forêt, je prends l’air, je suis dans la nature et je suis avec mes chevaux », tranche le forestier.
Stratégie de vente
Son bois est entièrement vendu par le biais de son groupement forestier. Il affirme que le groupement négocie avec les usines de grands volumes, ce qui lui permet d’obtenir de meilleurs prix en passant par cet organisme coopératif. « Ils ont aussi un camion pour transporter notre bois, c’est plus simple d’aller avec le groupement que de faire toutes les démarches moi-même », analyse-t-il, lui qui vérifie à l’occasion les prix qu’il obtiendrait s’il vendait directement ses chargements à l’usine, sans passer par le groupement. Une autre stratégie qu’il avait l’habitude de pratiquer avec son père et qu’il poursuit aujourd’hui consiste à mesurer tous les chargements qu’il envoie à l’usine. « Ce n’est pas tous les producteurs qui le font, mais c’est important de compter son bois. C’est arrivé à l’occasion où l’usine en a oublié; une erreur, j’imagine, mais on leur disait et il nous payait ce qui manquait », donne-t-il en exemple. Avant de commencer un chantier, il se tient informé des prix et des besoins des usines. Règle générale, couper les arbres en billots d’une longueur de 4,9 mètres (16 pieds) génère de meilleures recettes monétaires. Parfois, l’usine peut préférer des billots de 2,75 m (9 pieds). « Le nerf de la guerre, c’est de faire les longueurs les plus payantes. Si tu as plus d’argent pour des 16, et que tu peux faire deux 16, tu ne sors pas un 12 et deux 9. Avec le temps, on a l’œil; mon grand-père ne savait pas lire ni écrire, mais il savait mesurer un arbre, même debout, en se reculant à 45 degrés. Il ne faut pas juste se servir de l’intelligence artificielle aujourd’hui, il faut utiliser l’intelligence naturelle », blague le sympathique bûcheron.
L’importance des coûts de production
Les années où le prix est plus élevé l’incitent à prélever plus d’arbres, mais une clef de son succès demeure ses coûts de production. Ses chevaux, qu’il nourrit avec le foin de la ferme, ne lui coûtent pratiquement rien. Et sa chargeuse à bois est la même depuis des années. Il n’a pas de grosses machines performantes ni de paiement, estimant ses coûts de production inférieurs de 30 % à ceux d’un entrepreneur mieux équipé. Dans une année comme 2026, où les prix ont fléchi un peu, passant de 8 000 $ pour un plein camion-remorque d’épinette à près de 7 000 $, il fait quand même des profits en raison de ses coûts de production bas, dit-il.
La symbiose chevaline
Marcel Blais et ses juments, Flore et Belle, travaillent en parfaite symbiose. À condition de savoir prononcer les mots magiques. Pour que les chevaux amènent les billots et tournent vers la droite, il suffit de prononcer le son « J », le son « A » pour qu’ils tournent à gauche et, parce que les chevaux sont bilingues (!), il suffit de dire « back » pour qu’ils reculent. « C’est toujours le fun de travailler avec les chevaux. Quand tu as une bonne relation, ils sont affectueux et s’approchent de toi pour se faire gratter le front. Quand un arbre est en mauvaise posture ou pris dans un autre arbre, le cheval peut t’aider en le tirant, et [il se positionne autour de l’arbre dans différentes directions] beaucoup plus facilement qu’un tracteur.