Les ravages de la tordeuse des bourgeons de l'épinette arrivent au mauvais moment alors que les producteurs veulent couper les arbres morts, mais ils n’ont plus de débouchés pour les vendre. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenant« On a une usine de panneaux qui prend du tremble, mais qui roule à la moitié de sa capacité, et on a perdu trois usines de sciage de résineux. C’est l’apocalypse ici! Il reste un marché pour du pin, et pour du feuillu, mais dans le Pontiac [une MRC de l’Outaouais], c’est encore pire : il n’y a plus d’usine, plus rien. C’est un genre de Val-Jalbert de la foresterie », témoigne Simon Forget Allaire, directeur de l’Alliance des propriétaires forestiers Laurentides-Outaouais. Même son de cloche chez Olivier Mainville, un producteur forestier qui possède des lots totalisant 108 hectares, à Aumond, dans La Vallée-de-la-Gatineau. La tordeuse des bourgeons de l’épinette a ravagé une quinzaine d’hectares chez lui. « Il y a une dizaine d’hectares que je n’ai pas eu le temps de bûcher avant que le moulin ferme. Sur les trois scieries qui achetaient du sapin et de l’épinette, aucune n’en prend de la forêt privée maintenant. Ce sont des arbres qui meurent et que je vais perdre », se désole le forestier. Il jongle avec l’idée de les couper pour les envoyer à l’industrie de la biomasse, dont le prix ne lui générerait aucun profit. Il aurait cependant la possibilité de replanter cette superficie et de garder sa forêt productive. L’autre option est de laisser le bois debout en se croisant les doigts qu’une scierie se remette rapidement à en acheter avant que ses arbres soient inutilisables.

Olivier Mainville travaille également à la Société sylvicole de la Haute-Gatineau comme directeur de la division forêt privée. Il signale que le manque de débouché stresse plusieurs producteurs de bois, surtout les plus âgés. « Des producteurs qui ont investi depuis des années dans leur forêt, c’était leur bas de laine pour la retraite, ils regardent les usines fermées et se demandent s’ils pourront vendre leur bois. Ils se ramassent avec l’imprévisibilité des marchés à court et moyen terme, amenant du découragement et des réflexions à savoir s’ils ne devraient pas plutôt vendre leur terre », remarque-t-il.
La compétition avec les forêts de l’État
L’autre problème dans ce coin de pays et ailleurs au Québec, c’est la compétition avec la forêt publique. Simon Forget Allaire affirme qu’en période de crise, comme c’est actuellement le cas en foresterie, le gouvernement offre des garanties d’approvisionnement aux usines et ces dernières prioriseront le bois moins dispendieux des forêts de l’État, plutôt que celui de la forêt privée.
Le dernier aspect qui fait mal, ce sont les taxes, dit-il. « Ces dernières années, les gens de Montréal, de Gatineau et d’Ottawa ont acheté des terres à bois pour leurs loisirs, ce qui a fait vraiment grimper la valeur. Les taxes ont ensuite doublé ou triplé », détaille-t-il.