Le phénomène de résistance aux antibiotiques est en hausse partout dans le monde. Photo : PBQ
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S'abonner maintenantPhénomène en croissance partout dans le monde, la résistance aux antibiotiques pose plusieurs défis aux productions animales avec son lot de conséquences potentielles pour la santé humaine. Afin de vous aider à y voir plus clair, voici des réponses aux questions les plus courantes sur le sujet.
Qu’est-ce que l’antibiorésistance?
L’antibiorésistance est la capacité pour une bactérie de devenir résistante à l’effet d’un antibiotique. Les antibiotiques ne parviennent donc plus à tuer ces bactéries résistantes ou à ralentir leur croissance. Certaines bactéries peuvent résister à plusieurs classes d’antibiotiques en même temps. Celles-ci sont qualifiées de bactéries multirésistantes.
La résistance aux antimicrobiens n’est pas un phénomène qu’on retrouve seulement chez les bactéries. Les champignons, les virus et les parasites peuvent également devenir résistants aux antimicrobiens. Ce problème s’observe partout : en médecine humaine et vétérinaire, dans les productions animales et végétales, dans l’eau, dans l’air et dans l’environnement.
Pourquoi se développe-t-elle?
Les bactéries peuvent produire naturellement des antibiotiques. Il s’agit d’un mécanisme utilisé pour compétitionner avec d’autres bactéries dans leur environnement afin d’obtenir un espace pour s’installer et croître, mais aussi pour obtenir des nutriments nécessaires à leur survie. Afin de se défendre contre les antibiotiques, les bactéries ont développé plusieurs mécanismes pour survivre en leur présence. La résistance aux antibiotiques chez les bactéries peut être naturelle ou peut s’acquérir, et ce, de plusieurs façons, notamment à la suite d’une mutation dans leur ADN, par l’acquisition de matériel génétique extérieur (provenant de l’environnement ou d’une autre bactérie) ou par la modification de leur structure physique.
L’utilisation d’antibiotiques favorise l’apparition et l’acquisition de la résistance en créant une pression de survie sur les bactéries, les forçant à s’adapter. Le phénomène de résistance aux antibiotiques n’est pas nouveau; toutefois, l’utilisation massive des antibiotiques au cours du siècle dernier, que ce soit de façon appropriée ou non, a accéléré le développement et la propagation des bactéries résistantes.
Quelles sont les conséquences pour la ferme et pour l’industrie?
L’augmentation de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries peut compliquer le traitement d’une infection chez les animaux. À la ferme, cela peut avoir plusieurs conséquences :
• Une perte d’efficacité partielle ou totale des antibiotiques, ce qui peut mener à des traitements plus longs et plus coûteux;
• Une prolongation de la durée de la maladie chez les animaux et à la ferme, ainsi qu’une diminution du bien-être animal;
• Une augmentation des risques de propagation de bactéries résistantes entre les animaux dans le bâtiment ou à d’autres bâtiments;
• Une augmentation des risques de transfert de bactéries résistantes des animaux aux humains en contact avec eux ainsi qu’à leur famille (producteurs, travailleurs de ferme, transporteurs, etc.). Ces bactéries qui se transfèrent des animaux à l’humain s’appellent des zoonoses et peuvent causer des infections graves, surtout si elles sont causées par des bactéries résistantes;
• Un risque de mortalité plus élevé dans les troupeaux affectés en raison de l’incapacité à traiter les infections;
• Pertes financières (traitements plus longs, perte d’animaux, biosécurité accrue durant l’éclosion, etc.).
Qu’est-ce qu’on observe sur le terrain?
Le phénomène de résistance aux antibiotiques est en hausse autant en médecine humaine qu’en médecine vétérinaire, et ce, partout dans le monde. Au niveau vétérinaire, une augmentation de la résistance à certains antibiotiques de haute importance en médecine humaine a été observée depuis les cinq dernières années chez certaines bactéries au Canada. En médecine humaine, dans les dernières années, on a observé dans les hôpitaux canadiens, et un peu partout dans le monde, une augmentation des cas d’infections dues à des bactéries multirésistantes ou résistantes à des antibiotiques de dernier ressort. Ces antibiotiques de dernier ressort, de très haute importance en médecine humaine, sont souvent le dernier espoir de traitement dans les cas d’infections dues à des bactéries multirésistantes.
Il existe plusieurs outils à notre disposition afin de nous aider à ralentir la propagation de bactéries résistantes, dont la mise en place de bonnes pratiques d’utilisation des antibiotiques ainsi que de bonnes pratiques d’hygiène et de biosécurité. Le fait d’avoir un bon système de surveillance permet également de mettre en place rapidement de nouvelles mesures lors de l’apparition de nouvelles résistances.
Quels sont les risques pour l’humain?
Les bactéries résistantes peuvent se transmettre entre les humains ou entre les animaux et les humains (zoonoses). Elles peuvent se transmettre également par les aliments ou par l’environnement. Une infection causée par une bactérie multirésistante est problématique, car les choix d’antibiotiques permettant de traiter l’infection sont alors limités. En plus de la difficulté de traitement, on peut également observer une perte d’efficacité des antibiotiques, une prolongation de la durée de la maladie ou une augmentation de la sévérité de l’infection, une hospitalisation qui peut se prolonger ainsi qu’un risque de mortalité plus élevé.
L’augmentation de la résistance aux antibiotiques n’a pas seulement un effet sur le traitement des infections, mais aussi sur d’autres procédures médicales où des antibiotiques sont utilisés en prévention, comme la chimiothérapie, les césariennes, les transplantations d’organes ou autres chirurgies. Avec l’émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques de dernier ressort, il y a un risque d’augmentation des infections qui ne pourront pas être traitées. Il est donc important de conserver l’efficacité des antibiotiques que nous avons à notre disposition en ce moment.