Forêts 8 septembre 2025

Nouveaux producteurs : tout pour faire soi-même ses travaux

Alors que le nombre de propriétaires forestiers a grimpé au Québec depuis 10 ans, plusieurs nouveaux venus dans le secteur pourraient être tentés de réaliser eux-mêmes les travaux d’aménagement de leur forêt. Mais comme un accident est si vite arrivé, il importe d’être bien équipé pour travailler de façon sécuritaire et efficace. Tour d’horizon.

Pour François Bourdoncle, technologue forestier à l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce (APBB) et formateur accrédité en abattage d’arbres, tout passe d’abord par l’achat – et le port – des équipements de protection individuelle (ÉPI) appropriés. 

Cette liste comprend entre autres, selon lui : un casque certifié, « flexible, avec les coquilles auditives et la visière », des gants de protection, de même que des pantalons et des bottes de sécurité, tous deux contre les coups de scie à chaîne. 

« Le port des équipements de protection individuelle est vraiment important, affirme François Bourdoncle. Et on le voit dans les rapports du coroner. Certains équipements sont négligés, comme le casque. Il y a une génération de producteurs qui ne le porte pas. Il y a pourtant beaucoup de chutes de branches. »

« Le port des équipements de protection individuelle est vraiment important », affirme François Bourdoncle, technologue forestier à l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce. Photo : Gracieuseté de l’APBB

« Le casque n’est pas infaillible, mais il peut faire dévier la branche et ça peut réduire les blessures au niveau du cou et du dos », ajoute le formateur accrédité.  

Selon ce dernier, certains travailleurs omettent également de porter les bottes de protection contre les coups de scie à chaîne. Les bottes avec embout en acier ne suffisent pas, rappelle M. Bourdoncle. 

Un producteur qui travaille seul en forêt doit s’assurer d’avoir un moyen de communication en cas d’urgence, souligne pour sa part l’agent de mise en marché au Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec, Christian Auclair. En l’absence de réseau cellulaire, un appareil de localisation satellite, de type SPOT, pourrait faciliter les interventions de secours, si nécessaire, dit-il.   

Le site de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est une bonne source d’information, affirme le conseiller senior en prévention chez Prévibois, Frédérick Villeneuve. Il est possible d’y visionner différentes capsules vidéo sur les ÉPI, et autres équipements et opérations liés au travail forestier. « Je pense qu’il faut être curieux, pour sa propre sécurité », dit-il. 

Quelle scie choisir?

Avant de procéder à l’achat d’une scie à chaîne, il importe par ailleurs de bien évaluer ses besoins, relève François Bourdoncle. 

« Si vous avez un boisé avec beaucoup de bois franc, on recommande des scies mécaniques de 60 cm3 et plus, avance-t-il. Ces scies travaillent très bien, mais, l’inconvénient, c’est qu’elles sont plus lourdes. On se fatigue davantage. »

« On les recommande donc pour l’abattage du gros bois, reprend-il. Pour l’ébranchage, on privilégie plutôt des scies, plus petites, de 50 cm3. Ce type de scie est aussi parfait pour les boisés avec beaucoup de résineux. »

Le producteur et ingénieur forestier à la retraite Jean-Luc Fafard est du même avis. Sa propriété de 160 hectares en Mauricie est composée en bonne partie de résineux.

J’ai deux scies : une 50 cm3 et une 62 cm3. Je prends surtout la première, parce qu’elle est plus légère.

Jean-Luc Fafard

Les scies à chaîne offertes par les grandes marques sont généralement fiables et performantes, assure François Bourdoncle. Selon lui, mieux vaut éviter de se tourner vers les plateformes de commerce en ligne quand vient le temps de s’équiper. Des scies aux allures de celles offertes par les fabricants reconnus y sont offertes, « mais ce sont des copies un peu bas de gamme », dit-il. 

Un producteur qui a l’intention de faire un usage intensif de l’équipement aurait en outre avantage à opter pour un modèle d’une série professionnelle. Fabriqué avec des alliages de magnésium et d’aluminium, il peut se révéler plus durable, souligne François Bourdoncle, de l’APBB.

Équipements de débardage

Le choix et les options ne manquent pas également pour le transport et le chargement du bois. À nouveau, une analyse des besoins s’impose. Quel est le relief de votre lot forestier? Est-il accidenté ou facile d’accès? Prévoyez-vous faire une utilisation soutenue des équipements ou bien travailler à temps perdu?

La force du moteur du véhicule qui traînera la remorque aura une influence sur la capacité de charge et le type de chargeuse nécessaire. Les marchands spécialisés peuvent être de bons conseils en la matière. 

Certains opteront pour un quatre roues ou un côte à côte, d’autres pour un tracteur, souvent de 40 à 60 forces, souligne François Bourdoncle.

« Quelqu’un qui veut faire son bois de chauffage n’aura pas de problème à le faire avec un quatre roues. Il y a de petites chargeuses pour ça, dit-il. Mais si la personne veut produire des billots de 12 à 16 pieds pour les scieries, elle verra rapidement les limites du quatre roues. »

Selon M. Bourdoncle, il faut prévoir environ 50 000 $ pour s’équiper d’un tracteur et d’une chargeuse usagés, en bon état. La facture peut grimper rapidement pour des équipements neufs, ajoute-t-il, mais la valeur de revente est bonne.  

Un plan pour mieux planifier

Avant d’entreprendre des travaux, les nouveaux propriétaires d’une forêt ont par ailleurs tout avantage à contacter un conseiller forestier pour obtenir la réalisation d’un plan d’aménagement, estime Ghislain Leblond, directeur du Syndicat des producteurs de bois du Centre-du-Québec et de la Mauricie, ainsi que du Syndicat des producteurs acéricoles du Centre-du-Québec. 

Selon lui, ce plan, signé par un ingénieur forestier, permet d’obtenir l’heure juste sur les travaux à effectuer sur un horizon de 10 ans. Souvent, les propriétaires n’ont pas l’expertise nécessaire pour prendre ce type de décision, estime le producteur Jean-Luc Fafard.

Autre avantage : le plan permet d’obtenir le statut de producteur forestier et de bénéficier de programmes gouvernementaux. 

Les conseillers forestiers peuvent œuvrer au sein d’un syndicat, d’une coopérative, d’un groupement ou d’une firme de consultants en foresterie. 

« Le plan permet à un propriétaire de savoir ce qu’il y a sur sa propriété; les essences, les peuplements, renchérit Christian Auclair, du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec. Ce qui est intéressant, c’est que le plan suggère les travaux à faire pour chaque peuplement, pour améliorer sa forêt. »

En plus d’être une source de judicieux conseils, les syndicats forestiers peuvent accompagner les producteurs forestiers pour la mise en marché de leur bois, rappelle M. Auclair.

Selon les données du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, le nombre de propriétaires forestiers au Québec est passé de 133 700, en 2014, à 162 900, en 2024.