Élevage 26 juin 2025

Monitorage des antibiotiques : les éleveurs de volaille craignent la redondance

Les Éleveurs de volailles du Québec (EVQ) demandent au gouvernement d’exempter leur secteur d’un nouveau système de monitorage des antibiotiques en voie d’implantation dans plusieurs filières agricoles. Une résolution en ce sens, proposée par les délégués du Plan conjoint des producteurs de volailles du Québec, a été adoptée à la majorité lors de l’assemblée générale annuelle d’avril.

Au cœur des préoccupations des producteurs : le risque de coûts supplémentaires, une lourdeur administrative perçue comme redondante et une perte de compétitivité pour le secteur.

Les discussions sont entamées entre les EVQ et le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), confirme Michaël Boulay, deuxième vice-président des EVQ et président du comité de production. 

Un système jugé redondant

Michaël Boulay

Le MAPAQ souhaite instaurer un programme provincial de surveillance des antibiotiques afin de mieux documenter leur utilisation en production animale. Or, en aviculture, la gestion des médicaments à la ferme fait déjà l’objet d’un suivi rigoureux depuis plus de 20 ans.

« Nous sommes parmi les chefs de file au Canada en matière de réduction des antibiotiques », affirme Michaël Boulay. Il rappelle que depuis 2014, les fermes avicoles québécoises ont volontairement retiré les antibiotiques de catégorie 1, puis ceux de catégorie 2 en 2019.

Par ailleurs, les producteurs sont audités chaque année dans le cadre du Programme de salubrité des aliments à la ferme (PSAF), reconnu par les autorités fédérales et provinciales.

Des données déjà accessibles

Pour les éleveurs, l’enjeu principal réside dans la duplication des obligations. « Toutes les données sanitaires sont consignées dans une fiche technique propre à chaque troupeau, accessible aux vétérinaires, au MAPAQ et aux abattoirs, explique Gaétan Phaneuf, de la Ferme Fatran, à Saint-Liboire. Sans cette fiche correctement remplie, les oiseaux ne sont même pas acceptés à l’abattoir, ce qui prouve l’efficacité du système actuel. »

Ce système imposerait des frais importants pour adapter les logiciels, transférer les données et former les éleveurs, estiment les EVQ. Ils déplorent également l’absence d’aides financières spécifiques pour accompagner les éleveurs dans cette nouvelle démarche.

On comprend l’objectif du programme, mais l’administration ne doit pas primer sur les soins aux animaux.

Gaétan Phaneuf

De plus, le Québec serait la première province à imposer de telles exigences, ce qui pourrait nuire à la compétitivité de la filière face aux produits importés. « Cela pourrait créer des désavantages concurrentiels alors que l’on parle de plus en plus d’ouvrir les frontières du commerce interprovincial, en réponse aux tensions commerciales avec les États-Unis », explique Michaël Boulay, qui est aussi propriétaire de la ferme Volailles aux grains dorés en Montérégie.

Il reconnaît que « le système de monitorage pourrait aider à mieux identifier les utilisateurs d’antibiotiques », mais souligne que « certaines données sont déjà accessibles à l’échelle provinciale, bien que moins détaillées par entreprise ». 

Un besoin de données publiques

Martine Boulianne. Patricia Blackburn/Archives TCN

Le système de monitorage du MAPAQ vise à combler un manque de données publiques sur l’usage des antibiotiques au Québec, explique Martine Boulianne, professeure titulaire à la Chaire en recherche avicole de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Le nouveau système permettrait de collecter des données plus exhaustives et de les rendre accessibles pour orienter les politiques publiques.

Martine Boulianne

Pour améliorer les élevages, elle mentionne que les recherches se poursuivent sur des solutions de rechange aux antibiotiques, comme des mélanges d’huiles essentielles et d’acides organiques. « L’objectif est d’offrir aux producteurs des solutions viables pour continuer à maîtriser les maladies tout en réduisant l’usage des antimicrobiens », dit-elle.

« Personne ne s’oppose à la réduction des antibiotiques, insiste Michaël Boulay. La question porte sur les moyens les plus efficaces pour y parvenir. »

Les discussions se poursuivent entre le MAPAQ et les représentants des producteurs. Le dossier reste donc à suivre.