Volailles 26 juin 2025

La concentration des élevages est-elle un enjeu à Saint-Félix-de-Valois?

Ce n’est pas un hasard si l’emblème de Saint-Félix-de-Valois est un coq. Avec 58 entreprises d’élevage de volailles réparties sur un peu moins de 90 km2, la municipalité de Lanaudière occupe le premier rang provincial en la matière, souligne le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Cette concentration devrait-elle entraîner des mesures particulières de biosécurité? C’est du moins ce que souhaiterait Jean-Pierre Vaillancourt, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Gyslain Loyer

Les mesures de biosécurité actuellement en place sont suffisantes pour protéger les différents élevages, d’autant plus qu’il revient à chaque producteur de les appliquer, soutient Gyslain Loyer, président des Producteurs d’œufs d’incubation du Québec, en entrevue avec La Terre.

« Le respect de ces mesures est la clé, indique-t-il. Dès qu’il y a un risque ou un événement sanitaire, on rehausse le niveau de biosécurité avec l’Équipe québécoise de contrôle des maladies avicoles [EQCMA]. »

On doit d’ailleurs à l’EQCMA les protocoles actuels qui font en sorte de réduire au minimum le risque de propagation des maladies avicoles, notamment en limitant ou en empêchant complètement les déplacements entre établissements. 

À ce moment-là, « on interagit le moins possible [entre éleveurs], explique M. Loyer, lui-même producteur à Saint-Félix-de-Valois. Quand il y a un événement, il faut éviter toute visite qui n’est pas nécessaire [dans l’établissement] ».

Même si le nombre d’élevages est plus grand à Saint-Félix-de-Valois qu’ailleurs au Québec, l’EQCMA préconise l’application des mêmes mesures et ne se prononce pas à savoir si des protocoles supplémentaires devraient être envisagés. « Il est très difficile d’évaluer le risque d’infection, et ce, peu importe la densité régionale », indique par courriel son directeur général Martin Pelletier. 

Plaidoyer pour une stratégie régionale

L’an dernier, un foyer d’éclosion de grippe aviaire a été détecté à Saint-Jean-de-Matha. Heureusement, la maladie ne s’est pas propagée. Cela fait dire au président de l’Organisation mondiale de biosécurité animale Jean-Pierre Vaillancourt que les éleveurs appliquent bien les mesures de biosécurité lorsqu’une menace est identifiée.

Jean-Pierre Vaillancourt

Le professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, également membre du Centre de recherche en infectiologie porcine et avicole et du Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique, croit toutefois que les producteurs de Saint-Félix-de-Valois gagneraient à se concerter et à développer un protocole de biosécurité régional, idée qu’il a présentée récemment à Barcelone dans le cadre d’un colloque.

J’aimerais qu’éventuellement, les éleveurs se rencontrent et discutent, de concert avec les équarrisseurs, les équipes de vaccination et celles qui vont chercher les attrapeurs, de la possibilité de coordonner leurs activités.

Jean-Pierre Vaillancourt

Des plans d’action qui gagneraient aussi à être élaborés en Montérégie et en Beauce, note le scientifique.

« Et il n’y a pas de meilleur moment qu’en temps de paix pour s’y mettre », renchérit le spécialiste, soulignant que d’autres régions dans le monde ont grandement souffert des épidémies aviaires. Une meilleure coordination permettrait aux éleveurs d’ici de mieux affronter un tel scénario.

M. Vaillancourt recommande de s’inspirer de la France, de l’Italie, de la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique, ou des États-Unis, notamment de la Caroline du Nord où la concentration des fermes avicoles est beaucoup plus élevée.

L’Agence canadienne d’inspection des Aliments (ACIA) a mis en place des mesures de biosécurité particulières dans la région de la vallée du Fraser, où est élevée près de 12 % de toute la volaille au pays. Lors d’une précédente épidémie de grippe aviaire, près de 40 % des cas avaient été recensés dans cette région, rapporte l’ACIA. 

« À défaut de mettre systématiquement quelque chose en place, il serait intéressant de voir si cette initiative a du succès », relève Jean-Pierre Vaillancourt.

« En Caroline du Nord, il n’y a plus de multi-âge sur les sites de production, ajoute-t-il. On fonctionne aussi avec du “tout plein tout vide”, et certaines compagnies, comme Tyson Foods, se fournissent auprès de toutes les fermes d’un secteur donné, ce qui crée un vide sanitaire. »

Et le climat?

« La grande différence entre nous et la vallée du Fraser, c’est que là-bas, il n’y a pas vraiment d’hiver, souligne Gyslain Loyer. Donc, les oiseaux migrateurs, il y en a tout le temps. On a beau ne pas trouver les hivers drôles au Québec, mais ça a ce côté positif. Ça nous sauve! »

Ce constat est partiellement vrai, mais les changements climatiques changent la donne, estime Jean-Pierre Vaillancourt.

« Oui, il y a une saisonnalité, mais auparavant, elle était telle qu’on observait des périodes sans aucune activité [virale], dit-il. Maintenant, il n’y a plus de temps mort. Depuis trois ans, il y a eu très peu de semaines au pays où il ne se passe absolument rien. »

« L’industrie devrait travailler en prévision du prochain foyer, en mettant plus automatiquement des mécanismes qui contrôleraient mieux le trafic avicole », ajoute-t-il.