Raphaël Lemire (à droite) se réjouit d’avoir troqué la production de fraises contre les grandes cultures biologiques. On le voit ici avec son grand-père paternel. Photos : Martin Ménard/TCN
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S'abonner maintenantYAMACHICHE – En 2024, les membres de la famille Héroux-Lemire, d’importants producteurs de fraises de Yamachiche, en Mauricie, ont surpris le milieu agricole en larguant ces petits fruits pour la production de grains. Ils ont ainsi augmenté considérablement leurs superficies cultivables, une décision qu’ils ne regrettent pas, même si le prix élevé des terres les a forcés à se tourner vers la régie biologique pour rentabiliser leur investissement.
« Quand on a acheté la ferme familiale du côté de ma mère [en 2020], le seul moyen qui faisait du sens pour qu’on puisse acheter les terres en grandes cultures, c’était d’aller en biologique. En conventionnel, on ne passait pas au financement. Pour avoir notre financement, il fallait opter pour le bio. Et un coup entamé, honnêtement, on a bien aimé le bio », dit Raphaël Lemire, qui prend la relève, avec sa sœur Maïka, de l’entreprise agricole dirigée par leur père, David, et leur mère, Francine.
Après s’être fait les dents en grandes cultures bio sur la terre familiale achetée en 2020, ils ont eu l’occasion de faire l’acquisition, trois ans plus tard, d’un lot de terre déjà en bio à Shawinigan, pour un total de 728 hectares en grandes cultures bio. C’est à ce moment qu’ils ont pris la décision de complètement délaisser les fraises. Une décision et un changement de production que ces agriculteurs savourent aujourd’hui.
« En grandes cultures, on est moins sur le gun que dans la production de fraises », affirme Raphaël, qui parle de leur virage vers les grandes cultures biologiques avec des étoiles dans les yeux.
On est rendus avec des caméras sur des sarcleurs et, avec le système GPS, on est précis au centimètre près dans le désherbage. En grandes cultures, la technologie se développe à la puissance 10. Ça va super vite, plus vite que dans la fraise. C’est vraiment intéressant!

Détenant une formation collégiale en agriculture et différents certificats universitaires en gestion, Raphaël Lemire se plaît à effectuer des tests dans ses champs bio. « On teste différentes techniques de désherbage mécanique et on fait des tests de cultivars. L’an passé, on a essayé, avec un drone, de pulvériser un biostimulant dans notre soya. Il y a plein de choses encore à tester et c’est ce qui rend ça super stimulant, surtout pour une relève comme moi. Il y a vraiment plein de possibilités en agriculture bio. Il y a de l’agronomie à faire », commente-t-il.
Son paternel, David Lemire, qui a consacré plus de vingt ans de sa vie à la production de fraises, a été agréablement surpris des résultats. « Nous avons eu de bons rendements en partant, dans le soya entre autres. Le monde nous disait que c’était un peu la chance du débutant, parce que les terres étaient en transition bio, mais les efforts compensent et la technologie est là pour nous permettre de sortir des bons rendements. Il y a juste dans le maïs que les rendements sont moindres, mais je pense que c’est nous autres qui ne sommes pas assez bons encore », mentionne celui qui pilotait le planteur à soya dans ses champs de Yamachiche, en Mauricie, lors du passage de La Terre.
Bye les fraises, merci les fraises
David Lemire, longtemps président de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, voit une grande différence entre le rythme d’une production de grandes cultures et celui des fraises.
Si on faisait encore des fraises, à ce temps-ci de l’année, on dormirait dans le pick-up pour être sûrs que ça ne gèle pas, et partir les gicleurs s’il le faut, parce que les fleurs de fraises, ça gèle à -0,5 °C.
Son fils Raphaël renchérit : « Dans les fraises, tout est de la microgestion. Il faut t’assurer que tout est parfait; l’irrigation, la fertilisation, la mise en marché, et qu’il n’y a aucune perte de temps nulle part. Tu as 50 employés. S’il y en a 25 qui prennent 5 minutes de plus de break, tu viens quasiment de perdre ton profit de la journée. Tandis qu’en grandes cultures, on a un peu plus de marge de manœuvre. »
Ces deux décennies en production de fraises s’avèrent la meilleure école pour les Lemire. « Dans la fraise, chaque différence que tu fais, tu as le résultat qui paye au bout. Si tu ne performes pas dans un seul endroit, tu n’es plus dans la game. Quand on applique ça à la grande culture, c’est vraiment le fun. Comme dans les semis présentement, on s’arrange pour que chacun soit à sa place pour être le plus performant et pour ne pas arrêter la nuit. La grande culture bio, c’est facile après avoir fait des fraises. Je pense d’ailleurs qu’on peut lever notre chapeau à tous les producteurs maraîchers du Québec. C’est du travail dans le maraîcher! » assure David. Ce dernier donne également le crédit à des conseillers de grandes cultures biologiques qui les ont aidés à peaufiner leur désherbage mécanique. Sans oublier Sylvain Raynault, le producteur bio qui leur a vendu les terres à Shawinigan et qui agit comme un mentor dans la commercialisation des grains, notamment.
Prochains projets
Pour Raphaël Lemire, le plan consiste à améliorer les performances au champ tout en se dotant d’une équipe autonome qui lui permettra de consacrer du temps à d’autres projets. « J’aimerais faire de l’agrotourisme. On fait déjà du maïs sucré et des bleuets, je viens de starter ma production d’ail, mais je regarde pour à peu près tout, faire des pommes, des truffes, etc. »