C’est fini pour la Boucherie Des Praz. Les producteurs bovins Christel Groux et Sylvain Fleurant ont cessé d’exploiter l’abattoir de proximité qu’ils avaient racheté en 2017 afin de pouvoir commercialiser leur viande dans la région. Photo : Caroline Morneau/Archives TCN
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S'abonner maintenantLe seul abattoir de l’Abitibi-Témiscamingue a fermé définitivement ses portes, forçant les producteurs bovins à parcourir plus d’un millier de kilomètres s’ils veulent pouvoir commercialiser leur viande sur le marché local. Mais alors que les relations commerciales houleuses entre le Canada et les États-Unis relancent les discussions entourant l’harmonisation des règles de commerce entre les provinces, une option pourrait se dessiner du côté de l’Ontario.
C’est fini pour la Boucherie Des Praz. Les producteurs bovins Christel Groux et Sylvain Fleurant ont cessé d’exploiter l’abattoir de proximité qu’ils avaient racheté en 2017 afin de pouvoir commercialiser leur viande dans la région. Mis en vente il y a un peu plus d’un an, l’abattoir n’a pas trouvé preneur. Rappelons que la boutique du centre-ville avait déjà été fermée à l’été 2024.
Épuisés par leurs nombreuses tentatives de moderniser les infrastructures du quartier Évain de Rouyn-Noranda, de ficeler un projet tout neuf en vue d’obtenir un permis d’abattoir sous inspection provinciale, les agriculteurs souhaitent dorénavant se concentrer sur les activités de la ferme, située dans le Témiscamingue, à près de 70 kilomètres de l’abattoir.
S’ils refusent de commenter la fermeture en raison des douloureux souvenirs quant au temps et, surtout, à l’argent investis dans le projet, ils espèrent tout de même voir une voie de sortie se dessiner du côté de l’Ontario. Parce qu’ironiquement, l’abattoir de Belle-Vallée, situé plus près de leur ferme, soit à un peu plus d’une quarantaine de kilomètres de Rémigny, pourrait devenir une option pour les producteurs de l’Abitibi-Témiscamingue.
Un projet pilote à Belle-Vallée?
Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), son équivalent ontarien (OMAFRA) ainsi que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) confirment que des discussions sont en cours en vue d’un éventuel projet pilote qui permettrait aux producteurs du Québec d’aller faire abattre leurs animaux dans la province voisine et de commercialiser la viande ce côté-ci de la frontière.
Par courriel, le MAPAQ soutient qu’il travaille « à offrir davantage de flexibilité dans le secteur de l’abattage, notamment dans le contexte où certaines régions sont peu ou pas desservies ». Il confirme que les « discussions se poursuivent avec l’Ontario et l’ACIA afin, notamment, d’identifier des conditions acceptables pour un éventuel projet pilote qui aurait pour effet de favoriser le commerce de viande au Québec », rappelant que la responsabilité du « commerce interprovincial d’aliments » revient à l’ACIA.
De ce côté, on dit être « au fait des difficultés auxquelles font face les éleveurs de bétail en Abitibi-Témiscamingue ». L’ACIA confirme aussi la tenue de discussions en vue d’un « projet pilote relatif à l’accès interprovincial aux abattoirs du Québec et de l’Ontario afin de définir la portée des activités pilotes et de faire progresser les prochaines étapes », sans toutefois préciser d’échéancier pour la mise en œuvre.
L’UPA espère une mesure transitoire
Même si un projet pilote devait être réalisé à Belle-Vallée, le président régional de l’Union des producteurs agricoles (UPA) en Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault, est d’avis qu’il est grand temps de régler ce dossier de manière définitive et de doter sa région d’infrastructures d’abattage permanentes, puisque la situation actuelle constitue un frein au développement de l’industrie agroalimentaire.
« Ça nous prend une usine de transformation des viandes, lance-t-il. Et on sait que ça ne sera jamais une usine rentable parce qu’il y a tellement de gros joueurs au Canada et aux États-Unis. Mais je pense qu’on doit se mettre en tête qu’il faut soutenir une industrie de même dans une région comme la nôtre et on doit partir sur des bases différentes que les quatre abattoirs que j’ai vus ouvrir et fermer au fil des ans. Après, c’est tout l’écosystème agricole qui peut se développer autour », plaide celui qui considère ainsi que la solution de Belle-Vallée devrait être une « option à court terme ».
On est une région bovine, une région fourragère, il faut pouvoir transformer notre viande.
Selon lui, il est « inconcevable », à l’heure où les gouvernements légifèrent pour l’amélioration du bien-être animal, d’entasser le bétail dans des remorques sur d’aussi grandes distances. Il croit par ailleurs qu’un abattoir multiespèces pourrait faire émerger de nouvelles filières de production, notamment celle de l’agneau, qui a déjà été très présente dans la région.
« On a beaucoup de bâtisses qui étaient adaptées pour les vaches à lait qui sont vides. Je pense que ces bâtisses pourraient servir à une belle production d’agneaux. La production de lapins pourrait aussi se développer », suggère-t-il.